On vit une époque opaque

Loin de moi l’idée de vous convaincre ce matin que le monde va bien. Ou qu’il va mal d’ailleurs. Le monde, me semble-t-il, va comme il est toujours allé, n’importe comment, victime de ses rêves de grandeur et de richesse, mais aussi de toutes ses autres turpitudes qu’il n’arrive jamais à maîtriser complètement. Depuis des mois - dans certains cas, il s’agit plutôt de longues années -, chaque fois que nous soulevons un coin du voile, nous étouffons tellement il n’y a plus d’air frais à respirer. Le ciel est gris. Et il traîne à terre.

Cette semaine a été particulièrement douloureuse. La moindre nouvelle nous allait droit au coeur et faisait des ravages dans les derniers espoirs que nous entretenions sur la nature humaine. Des exemples ? Il y en a plein.


Vous écoutez les nouvelles un matin et vous apprenez qu’un feu de forêt au Labrador risque de vous étouffer beaucoup plus au sud, à cause de la fumée qu’il pousse tout le long du fleuve Saint-Laurent pendant des jours et peut-être même davantage. Vous découvrez les images des inondations en Alberta, des quantités de maisons qu’on va devoir détruire, de ces pauvres riches albertains qui ne savent plus où se réfugier et vous vous demandez s’ils préféreraient être victimes de l’eau ou du pétrole des sables bitumineux.


Il paraît qu’un Américain se cherche un pays d’adoption, car le sien lui a claqué la porte au nez depuis qu’il a alerté le monde entier sur le fait que les É.-U. gardaient des petits renseignements secrets sur plein d’individus qui étaient convaincus de vivre dans un pays libre. Le pauvre a juste dit tout haut ce que tout le monde savait tout bas. Depuis, il est devenu un Américain errant.


Pendant ce temps-là, le Brésil est sorti dans la rue pour autre chose que danser. Le Brésil réclame, il exige, il secoue sa samba. L’Égypte, elle, avait à peine terminé de nettoyer la place Tahrir que le peuple en a repris possession et exige le départ d’un président qu’il a pourtant élu il y a un an. Mais les élections… Au Québec nous sommes bien placés pour savoir comment ça se gagne, non ?


Le président de la Corée du Nord doit être en vacances dans un autre pays que le sien, car tout semble tranquille chez lui pour le moment.


Le grand Nelson Mandela a attendu si patiemment qu’on le laisse mourir en paix que sa fin de vie deviendra un autre chapitre de sa légende qu’on racontera aux petits enfants africains.


La Sainte Trinité, composée de Régis Labeaume, de Pierre Karl Péladeau et de Marcel Aubut, n’aura pas réussi à ébranler le temple du hockey. Les Coyotes vont continuer à faire vibrer leurs partisans à Phoenix et non pas à Québec comme ces grands manitous l’avaient souhaité. Le deuil va durer longtemps pour ceux qui croyaient que les Nordiques allaient ressusciter.


Les miracles, c’est à Rome qu’ils vont peut-être se produire dans les mois à venir. Il y aurait, disent les mauvaises langues, de la corruption au Vatican, et on prétend que ça ne daterait pas d’hier.


Maintenant que le cas Berlusconi est bien connu de tous, le pape François souhaiterait qu’on entreprenne le ménage au Vatican. Un cardinal (ou est-ce un évêque) aurait été pris en flagrant délit de blanchiment d’une petite somme de 26 millions de dollars récemment. L’affaire se serait ébruitée alors qu’on préfère habituellement, partout dans le monde, ne pas trop s’étendre sur ces petits secrets. Le pape François, avec sa réputation d’être près des pauvres de l’Amérique du Sud, n’a pas dû la trouver drôle. Il aurait donné à ses enquêteurs l’ordre d’aller au fond des choses. Un Vatican sans collusion, sans corruption, sans richesses étalées au grand jour, sans dorures et sans pierres précieuses… Histoire à suivre.


Plus près de nous, les couloirs qui conduisent aux prisons sont déjà pleins de ces « chevaliers sans peur et sans reproche » qui attendent de savoir ce qu’on va faire d’eux. Ils sont tous bien vêtus, chics dans des costumes bien taillés, ils ont fière allure et parfois le verbe haut, mais quand vous grattez la surface, vous retrouvez tous les clients de la commission Charbonneau, plus les têtes d’affiche du monde des affaires, du monde politique, du monde des petits amis. Il faudrait peut-être commander des « escortes » pour leur remonter le moral.


Le monde ce matin va comme il va d’habitude. Il tourne. Il s’inquiète de sa santé en général. Il sait qu’il est vieux et qu’il n’a plus la splendeur de sa jeunesse. Le monde sait qu’il ressemble de plus en plus à une immense poubelle. Ce sont ceux et celles qui tournent avec lui qui ont mal au coeur. Il nous faudrait une loi spéciale du grand ménage.

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