De la fluidité du vin

Curious Beasts Blood Wine : un rouge séducteur qui fera un petit malheur chez cette jeune génération de consommateurs qui troque enfin les coolers pour un bon verre de vin.
Photo: Jean Aubry Curious Beasts Blood Wine : un rouge séducteur qui fera un petit malheur chez cette jeune génération de consommateurs qui troque enfin les coolers pour un bon verre de vin.

La fluidité même coule de source. Comme s’il y avait empressement à laisser filer chez elle tout ce qui aurait, de près ou de loin, l’ambition d’en ralentir le rythme ou d’en interdire le mouvement. Plus gracile que fluette, la fluidité flue sans gêne ni courbettes, libre mais surtout très fière de cet aérodynamisme naturel qui lui colle à la peau pour mieux mouler l’élasticité de ses eaux. Et puis, il y a cette sonorité du mot fluidité, espèce de gazouillis liquide qui tintinnabule comme un mantra dont la soif n’est plus que l’ultime expression.

Soif? Nous y voilà! L’évoquer, c’est déjà parler vins blancs. Ont-ils pour autant l’apanage de la fluidité ? Hormis ces rouges légers et pauvres en tanins, les vins blancs se démarquent non seulement par leur fluidité, mais aussi par leur sapidité. Mais pas tous ! Encore faut-il que leur teneur réduite en alcool couplée à leur franche acidité leur assure cette dynamique aérienne qui fait qu’un verre en appelle un autre. Mais attention, il ne faut pas pour autant confondre fluidité et dilution. Oubliez donc ces gros chardonnays beurrés-boisés bons à vous bonifier les badigoinces de bonheur et coupez dans le « gras ». C’est l’été qui veut ça. Oui mais encore ?


Plusieurs types de blancs fluides, sapides et d’une « palatabilité » à vous agacer gentiment les gencives me viennent à l’esprit. Le muscadet, par exemple. Digne, enjoué et volubile, on a l’impression qu’il vous cause avec des cailloux plein la bouche ! Il y a bien sûr La Sablette 2011 (15,45 $ - 00134445 - (5) **), Chéreau-Carré 2011 (14,30 $ - 00365890 - (5) **1/2), Domaine Haut Bourg 2010 (16,70 $ - 11639141 - (5) ***) et autres Château de la Ragotière 2011 (19,15 $ - 11095616 - (5) ***), mais diable ! Que se passe-t-il avec les grands muscadets de Frédéric Niger Van Herck au Domaine de l’Écu, dont les Expressions de Granite, de Gneiss et d’Orthogneiss souffrent, comment dire, d’une intolérable absence en tablettes ? « Bizarre, bizarre, vous avez dit bizarre ? Comme c’est étrange […] », aurait dit Louis Jouvet à un Michel Simon plus médusé que lui dans le film Drôle de drame de Marcel Carné.


Je pourrais aussi citer le chablis. Voilà encore Aubry et son chablis, je sais, mais est-il permis de se lasser, même pendant une nanoseconde, d’un chardonnay à ce point abonné à la filière minérale que l’on ne sait qui de la roche ou du fluide triomphera en bouche ? Il y en a plus d’une centaine en tablettes, toujours légers sur la forme mais vivaces et impérieux de caractère, accrochant bien haut leurs dentelles minérales aux fenêtres du palais. Nommons, entre autres, ces petits chablis 2011 de Louis Moreau (18,25 $ - 11035479 - (5) ***), du Domaine d’Élise (18,45 $ - 110947735 - (5) ***), du Domaine Laroche (19,95 $ - 11094815 - (5) ***) ; ces chablis 2010 d’Isabelle et Denis Pommier (23,75 $ - 11890900 - (5) ***) et 2012 Terroirs de Chablis de Patrick Piuze (23,75 $ - 11180334 - (5 +) *** ©) ou encore ce remarquable 1er Cru Fourneaux 2008 de Corinne et Jean-Pierre Grossot (29,90 $ - 11822190 - (5 +) *** 1/2 ©) qui module à la fois le chaud et le froid, la lumière et l’ombre.


Côté Portugal, sapides et croquants vinho verde Quinta do Minho Loureiro 2011 (15,25 $ - 10371438 - (5) **1/2) et Muros Antigos 2011 de chez Anselmo Mendes (19,30 $ - 11612555 - (5) ***), un alvarinho qui agace, titille et sait ce que se faire boire veut dire. Autre blanc de caractère mais vendu en quantité limitée, ce Riserva Quinta de Pellada 2011 Alvaro Castro du Dao (22,20 $ - 11895364) qui allie puissance fine, énergie et dynamique de bouche délicieusement minérale. Un petit bijou (5 +) ***1/2. Encore soif ? D’Autriche cette fois, ce truculent Gruner Veltliner 2012 Stadt Krems (13,60 $ - 00532440 - (5) **1/2) précédera le Riesling 2011 du Domäne Wachau Federspiel (18,55 $ - 11034775 - (5) ***) sur ce mode de légèreté et de scintillement propres aux vins de la région.


La liste est encore longue. Notons ce Mâcon-Chardonnay 2011 des Bret Brothers (27,20 $ - 11900098), un blanc sec qui réussit, avec une maturité optimale, à préserver ce tranchant, ce coupant, ce fil constamment tendu entre minéral et fruité, le tout porté avec cette maîtrise, ce savoir-faire personnalisé du désormais célèbre tandem. Dans la foulée des Bachelder, Mantenet, Guffens et autres Stéphane Aladame (5 +) ***1/2 ©. La Grèce ? Là, vous me tendez la perche ! Trois autres blancs à réveiller le dieu qui sommeille en vous : Argyros Atlantis 2012 (17,25 $ - 11097477 - (5) ***), Mantinia 2012 du Domaine Tselepos (17,85 $ - 11097485 - (5) ***) ou encore, mon préféré de l’heure, ce cépage malagousia vieille vigne 2011 mis en verve au Domaine Gerovassiliou (21,95 $ - 11901120), un blanc sec, hautement aromatique, aussi substantiel que précis tout en demeurant d’une rare sapidité. Faites vite, les quantités fondent rapidement ! (5) ***1/2.


Je vous laisse sur deux rouges, diamétralement opposés certes, mais qui se rejoignent tout de même curieusement sur le plan de la fluidité. Cette mondeuse savoyarde 2011 du Domaine Jean Perrier Fils d’abord (15,30 $ - 11208430), à la trame souple et finement poivrée qui ne fera qu’une bouchée de votre aligot maison (5) ***, ou encore ce curieux Curious Beasts Blood Wine 2011 de la Californie (18,95 $ - 12109986), où merlot, zinfandel, cabernet franc, syrah et petite sirah réunis - telle une bande de vieux copains devant une côte de boeuf saignante d’un kilo - ont de concert aplani la moindre aspérité qui pouvait se dresser devant eux. Un rouge séducteur qui fera un petit malheur chez cette jeune génération de consommateurs qui troque enfin les coolers pour un bon verre de vin. Servir autour de 15 degrés Celsius. (5) **1/2.


Festival des vins de Saguenay


Personne ne vous avait mis la puce à l’oreille concernant le Festival des vins de Saguenay ? Même le Bureau fédéral d’investigation (FBI) et l’Agence nationale de sécurité (NSA) savent de quoi il retourne ! Je parie même qu’ils connaissent chacune des étapes qui vous mènera à Chicoutimi les 12 et 13 juillet prochain pour la 7e édition de ce festival qui demeure, selon mes sources propres, le plus festif de notre belle grande province de Québec. Le FBI comme la NSA savent aussi que le porte-parole Philippe Lapeyrie y sera, qu’il y aura plein de vignerons sympathiques et que la France sera à l’honneur. Bref, un festival très décontracté qui a inventé le mot « convivial » bien avant que quelqu’un y ait même songé. On se retrouve là-bas ? Zut ! Moi qui pensais m’en tirer incognito. 

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