C'est du sport! - La diplomatie du panier

Pour du sain divertissement de qualité totale sans briser son linge, sans obligation de votre part et avec l’assurance qu’aucun représentant n’ira chez vous, on peut en tout temps se tourner du côté de Dennis Rodman, l’ex-basketteur aux tatouages multiples, aux piercings à l’avenant et à la coiffure de couleur insaisissable. Nous eûmes encore tout récemment l’occasion de renouer avec le spécimen alors qu’il effectua il y a peu une visite plutôt médiatisée en République populaire démocratique de Corée, celle du Nord pour être précis.


Or, chaque année, le magazine Sports Illustrated publie un numéro spécial sur le thème « Que sont-ils devenus ? », des interviews avec d’anciens athlètes relativement disparus de la circulation. Cette fois, c’est Rodman qui fait les frais de la page frontispice, et on se demande un peu pourquoi puisque tout le monde sait ce qu’il est devenu. Mais on apprend tout de même des choses intéressantes qui nous fournissent une excellente perspective sur la vie internationale.


On rappelle ainsi que l’un des frères du Grand Leader Infaillible Kim Jong-un, Kim Jong-chul, a fréquenté dans sa jeunesse une école en Suisse et que, féru de basketball, il portait fréquemment un maillot des Bulls de Chicago au nom de Rodman. Et on révèle qu’après avoir assisté ensemble à une joute de basket mettant en vedette les Harlem Globetrotters, les deux hommes ont participé à une réception privée au cours de laquelle Rodman a chanté My Way au Guide Suprême. C’est après cette petite fête que l’ancien joueur a déclaré qu’Un était « un gars vraiment formidable » et « un ami pour la vie ». Sports Illustrated souligne que le quotidien britannique Daily Mirror avait évoqué la chose en titrant « The Basketball Ace and the Basketcase », qu’on pourrait rendre par « L’as de basketball et le cinglé ».


Rodman indique ensuite qu’avant de se rendre en Corée populaire démocratique républicaine, il n’aurait pu faire la différence entre Kim Jong-un et la rappeuse Lil’Kim. « Je ne savais pas quel pays il dirige ni ce qui se passait dans le pays qu’il dirige », dit-il.


« La réalité, enchaîne Rodman, est qu’il n’a encore envoyé aucune bombe sur les endroits où il a menacé de le faire. Ni sur la Corée du Sud, ni sur Hawaï, ni sur rien d’autre. Les gens disent qu’il est le pire gars au monde. Tout ce que je sais, c’est que Kim m’a dit qu’il ne veut pas entrer en guerre avec les États-Unis. Tout ce qu’il désire, c’est parler de basketball avec Obama. Malheureusement, Obama ne veut rien savoir de lui. Je lui demande donc, M. le président, quel mal y aurait-il à faire un simple appel téléphonique ? Allez, Obama, tends-lui la main et deviens son ami. »


Voyez ? La marche de l’humanité vers la concorde universelle ne se révélerait pas si compliquée si on cessait de tataouiner et qu’on se mettait à se livrer à des exercices sensés, comme jaser tranquillement de basket. Et il y a plus.


« Ma mission consiste à briser la glace entre deux pays ennemis, explique Rodman. Pourquoi revient-il à moi de faciliter leurs relations ? Je n’en sais rien. Dennis Rodman, entre tous. Assurer notre sécurité n’est pourtant pas mon travail : c’est celui du “black guy” [Obama]. Mais je vais vous dire une chose : si je ne finis pas parmi les trois premiers candidats au prochain prix Nobel de la paix, c’est que quelque chose fera franchement défaut. »


Sur ces excellentes paroles, soulignons que la prochaine fois nous verrons que, si la meilleure manière de tuer un homme consiste à le payer à ne rien faire, comme le prétendait le poète (faussement, du reste), le gardien Rick DiPietro, dont le ridicule contrat de 15 saisons a été racheté mercredi par les Islanders de New York après qu’il eut disputé un grand total de 50 joutes en cinq ans, sera extrêmement décédé pendant un sacré bout de temps puisqu’il touchera 1,5 million par saison jusqu’en 2028-2029, et que logiquement il devrait être un sérieux candidat au prix Nobel de la paie.

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