Aston Martin Rapide S - 007, Madame et les enfants

La Rapide S est une superbe voiture, sans doute la plus belle des quatre portes à l’heure actuelle ; et surtout, c’est une Aston Martin.
Photo: Philippe Laguë La Rapide S est une superbe voiture, sans doute la plus belle des quatre portes à l’heure actuelle ; et surtout, c’est une Aston Martin.

Aston Martin et James Bond sont indisso- ciables. Ce petit constructeur de voitures sport avait déjà acquis un certain prestige, notamment en remportant les 24 Heures du Mans en 1959, mais il a grandement bénéficié de la notoriété du plus célèbre agent secret de l’Empire britannique. Dans Goldfinger, le troisième opus de la série des aventures cinématographiques de l’agent 007, la voiture mise à sa disposition, une Aston Martin DB5 munie de multiples gadgets, joue un rôle de premier plan. Les producteurs du film, Saltzmann et Broccoli, ont fait du placement de produit avant même que le concept existe!

Dans un autre des films de la série, Au service secret de Sa Majesté, James Bond se marie, mais à peine convole-t-il en justes noces que son épouse est assassinée par son ennemi juré, l’infâme Blofeld. Restons dans la fiction et imaginons que Mme Bond est toujours de ce monde. Ou que James s’est remarié. Et que le couple a deux enfants. On n’imagine quand même pas la famille Bond se déplacer en minifourgonnette, eût-elle été modifiée par Q…


Que conduirait James Bond-le-père-de-famille ? Une Aston Martin Rapide, bien sûr ! Parce qu’elle a quatre portes, parce qu’elle porte bien son nom, aussi ; mais d’abord, parce que c’est une Aston Martin.


Effet boomerang


Pour l’année-modèle 2014, la Rapide subit ses premières modifications d’importance, mais il serait nettement exagéré de parler de refonte. La carrosserie reste essentiellement la même, mais la garde au sol a été rabaissée et la calandre a été redessinée.


Parlons-en, de la calandre… Tout le monde l’a dit, la nouvelle Fusion ressemble à une Aston Martin, Ford ayant copié ladite calandre sans gêne ni retenue. Le problème, maintenant, c’est qu’on dit que l’Aston Martin ressemble à une Fusion, ce qui est probablement la dernière chose que veut entendre celui ou celle qui vient de dépenser plus de 200 000 dollars pour une berline de prestige. On a beau dire que l’imitation est une sorte d’hommage, il y a aussi un effet boomerang, surtout quand une roturière copie une aristocrate.


Sur une note moins superficielle, la Rapide est une volumineuse berline de près de 2 tonnes - 1990 kilos, plus précisément. C’est moins que les titanesques Bentley Flying Spur et Mulsanne (plus de 2500 kilos sur la balance) et presque pile avec la Porsche Panamera Turbo S (1995). Bref, il n’y a pas de gazelle dans le lot ; on est dans la catégorie poids lourds, ici.


Quatre portes, quatre places et peu d’espace


Le grand patron, le Dr Ulrich Bez, est teuton, ne l’oublions pas, et on retrouve cette rigueur toute germanique dans l’exécution de l’assemblage, irréprochable, combiné au cachet des anglaises - le côté vieillot en moins, le carbone et l’aluminium ayant remplacé les traditionnelles appliques de bois. Et même s’il s’agit d’une berline, c’est quand même une Aston Martin, ce qui implique certaines aptitudes athlétiques. Le cuir perforé, les coutures de la sellerie et le pédalier en aluminium se chargent de l’ambiance sportive.


Les sièges y contribuent aussi : on est plus près des baquets d’une voiture de course que des fauteuils d’une limousine. Il faut dire que la Rapide joue la carte du coupé quatre places, un concept dont la paternité revient à Mercedes, avec sa CLS, repris ensuite par Audi (A7), Porsche (Panamera) et BMW (Série 6 Gran Coupé). Il y a quatre portes et quatre places, chaque occupant ayant son propre baquet, avec une large console au milieu. Pour l’ambiance et le look, c’est très réussi ; par contre, l’espace a été sacrifié sur l’autel du style.


Le dégagement, pour la tête comme pour les jambes, est ridicule pour une voiture aussi longue. C’est d’autant plus regrettable que cet espace restreint ne permet pas de profiter pleinement des superbes sièges. De plus, l’accès aux places arrière est difficile en raison de l’ouverture étroite des portes. La Rapide est aussi chiche pour le rangement : la boîte à gants est exiguë, celle de la console centrale encore plus et l’espace cargo dans le coffre est celui d’une voiture sport, pas d’une berline.


Les commandes sont bien placées, faciles à manipuler et la panoplie électronique est infiniment moins compliquée que dans les rivales allemandes de la Rapide, ce qui est une bonne nouvelle pour ceux qui n’ont pas la fibre techno ou un diplôme d’ingénieur. Une surprise : l’absence de levier sélecteur pour la transmission automatique. On change les rapports en pressant des boutons, comme dans la Valiant de mon grand-père…


Le chant du V12


La bien-nommée Rapide reprend l’imposant V12 de 6 litres de la DB9. La puissance grimpe toutefois de près d’une centaine de chevaux : 550 contre 470 l’année dernière. Les chiffres, comme dirait Gérald Filion : 0-100 kilomètres-heure en moins de 5 secondes et plus de 300 kilomètres-heure en pointe. Vous ne serez pas à la traîne sur l’Autobahn.


Les Britanniques, c’est bien connu, ont la fibre musicale : Londres n’est pas l’épicentre du rock et de la pop pour rien ! Et ils savent transposer ce talent dans leurs moteurs : les V12 Aston Martin chantent, et fort bien. Si vous avez vu les trois derniers James Bond, vous savez de quoi je parle.


Ayant encore en mémoire le son du V8 Ferrari et du V6 biturbo de la Maserati, j’ai trouvé le V12 plus guttural, plus rauque. Chose certaine, si vous avez une sensibilité mécanique, le V12 vous donnera des frissons. Ce que vous entendez dans Casino Royale ou Skyfall n’a pas été modifié en studio, je le confirme.


Lors du lancement de la Rapide S, la semaine dernière, à Atlanta, j’ai entendu des collègues se demander pourquoi Aston Martin n’avait pas greffé un turbo ou un compresseur au V12. Franchement ! Ce V12 a un couple sans fin et des accélérations de fauve. Il y en a qui se plaignent le ventre plein…


La boîte automatique n’a que six rapports, contrairement aux sept ou huit de la concurrence, mais elle a le mérite d’être à la fois robuste et éprouvée, tout en ayant la fluidité requise pour jouer dans les hautes sphères du luxe. Des palettes de chaque côté du volant permettent de changer les rapports manuellement, comme c’est désormais la norme. Même si nous n’avons pu la mesurer parce que l’essai s’est déroulé uniquement sur circuit, la consommation s’annonce pharaonique : la moyenne se situait au-dessus de 16 litres au 100 kilomètres pour l’ancien V12 et encore, ce sont les données (souvent optimistes) du constructeur.


Une GT quatre portes


Pour vérifier les promesses de ce coupé quatre portes qui a des prétentions sportives, le circuit est l’endroit idéal. Là s’arrête la pertinence de l’exercice : aussi douée soit-elle, la Rapide n’est pas une rivale des Ferrari. Ça, c’est le boulot des DB9 et Vanquish. Mais bon, puisque nous avions une piste à notre disposition, aussi bien en profiter. Première constatation : l’adhérence et la motricité défient presque les lois de la physique. Parce qu’une Rapide, dois-je le répéter, c’est lourd. Le plus gros défi auquel doivent faire face les ingénieurs est là : la clientèle cible veut du luxe et du confort, donc une panoplie d’accessoires qui alourdissent une voiture ; mais elle veut aussi des performances et une tenue de route de GT. Grosse commande.


L’aluminium a deux vertus : il est plus léger que l’acier, mais aussi plus rigide, ce dont bénéficie grandement le châssis de la Rapide S. La répartition de poids apporte aussi sa contribution : 51 % à l’avant, 49 % à l’arrière et 85 % du poids total du véhicule entre les deux essieux. Tout ça lui confère un comportement athlétique : le sous-virage est inexistant et pour faire décrocher l’arrière, il faut commettre une grosse faute, ou le faire exprès. La direction, parfaitement dosée, brille par sa rapidité d’exécution et sa grande précision. Sur la piste, on plaçait cette grosse voiture au doigt et à l’oeil, sans ressentir (ou si peu), son poids.


Cela dit, un circuit, pour vérifier la douceur de roulement, ça ne vaut rien : toutes les voitures sont confortables sur le revêtement lisse d’une piste. Disons tout de même que ça se présente bien : l’empattement long, les gros pneus de 20 pouces et le mode « Normal » de la suspension adaptative ADS devraient permettre de rouler dans le plus grand confort. Il n’en demeure pas moins qu’un essai sur nos routes demeure la seule façon fiable de vérifier tout ça.

 

Conclusion


La Rapide S est une GT à quatre portes et non une berline de luxe. La nuance est importante. Dans ce créneau ultra-sélect, elle affronte une concurrence relevée. C’est la plus chère du lot - et de beaucoup -, mais c’est aussi la plus exclusive, et de loin. Côté prestige, il n’y a rien qui puisse se comparer : qui se retourne au passage d’une Audi, une BMW ou une Mercedes ? Quant à la Panamera, elle est handicapée par son physique ingrat. La Rapide S est une superbe voiture, sans doute la plus belle des quatre portes à l’heure actuelle ; et surtout, c’est une Aston Martin. Que dire de plus ?

À voir en vidéo