La liberté inc.

Le sujet m’énerve. Au début, je n’avais pas très envie d’écrire là-dessus. Parce que cela m’obligerait à me répéter. Parce que j’en ai plus qu’assez d’y revenir.

Puis, je m’en suis lentement approché, mon dédain ne me permettant que d’y toucher de loin. Comme un enfant qui tapoche mollement, du bout d’un bâton, le corps d’un raton laveur étendu au bord de la route. Par curiosité morbide.


Je tourne donc autour de la chose. Mais désormais, c’est surtout pour trouver le bon bout par lequel prendre cette histoire sans trop me salir.


Commençons donc par celui, pas trop dégueulasse, sur lequel tout le monde s’entend : Jean-François Jacob a été, pendant un temps, l’un des administrateurs d’une page Facebook intitulée « Québec s’excuse pour ses radios-poubelles ». Les membres y ajoutaient des extraits d’émissions diffusées à CHOI ou à Radio X Montréal. De même qu’un chapelet des innombrables perles de sagesse auxquelles ont droit les auditeurs de Sylvain Bouchard au FM-93. On y exposait le ridicule des propos des animateurs et on y démontait leurs arguments.


Puis sont apparus des liens sur cette page provenant d’un site appelé La Coalition pour sortir les poubelles qui, en plus de lui aussi colliger ce genre d’extraits, invite les citoyens à faire pression sur les clients de ces radios pour leur faire connaître leurs responsabilités. En gros, ça disait : si t’achètes chez eux, tu cautionnes ce qu’on y dit. Et si c’est le cas, nous n’irons plus chez vous.


Cette coalition a mis sur pied une campagne de boycottage, avec une liste complète des annonceurs et leurs coordonnées. Histoire de mettre la pression sur ceux qui financent la radio du prêt-à-penser.


Mais ne cherchez rien de tout cela sur la page Facebook « Québec s’excuse… ». Du moins, pas si vous n’en consultez que les publications les plus récentes. Parce que, désormais, tout ce qu’on y trouve, ou presque, ce sont des articles en lien avec la poursuite intentée par CHOI Radio X contre Jean-François Jacob. Et des messages de soutien.


C’est le bout visqueux et gluant par lequel m’est arrivée cette histoire : CHOI poursuit le jeune homme en dommages pour 250 000 $, puisqu’on lui reproche d’être l’auteur anonyme de cette campagne de boycottage. Dans le libellé de la poursuite, comme par hasard, on mentionne le nom de l’employeur de M. Jacob : Desjardins, où il est agent d’assurances.


Le vendredi 14 juin, Desjardins a licencié son employé, sous prétexte d’une mauvaise utilisation des réseaux sociaux ayant nui à l’image de la compagnie, sans en dire plus, et même si M. Jacob affirme n’avoir jamais volé du temps à son employeur ni s’être servi de son nom.


Notez bien qu’on ignore ce qui peut être exactement reproché à M. Jacob. J’entends par là que c’est sa parole contre celle de Demers, le patron de CHOI. J’ignore s’il est vrai que M. Demers a aussi appelé les patrons de M. Jacob - avec insistance, m’a-t-on dit - pour leur demander « ce qu’ils allaient faire avec ça ». J’ignore s’il est vrai que des auditeurs de CHOI ont partagé l’adresse personnelle de M. Jacob, et si ce sont eux qui ont, la semaine dernière, lancé des boules de billard dans ses fenêtres.


C’est peut-être un hasard. Peut-être pas non plus.


J’ignore aussi si M. Jacob dit la vérité lorsqu’il prétend qu’il n’avait, jusqu’à tout récemment, jamais même communiqué avec les auteurs de la campagne de boycottage et qu’il n’y est donc nullement associé. Parce que je n’ai pas les moyens de connaître la vérité.


Mais je m’en fiche. Et je ne serais pas surpris que la demande en arrêt des procédures par la défense pour poursuite abusive soit entendue. Parce que ça pue, justement, le bon vieux slap pour faire taire ceux qui s’attaquent à la seule chose qui intéresse vraiment cette radio : son fric.


S’il n’y avait pas de victime, ce serait presque drôle d’entendre soudainement brailler ceux qui étalent leur vindicte sur les toasts de leurs auditeurs tous les matins, parce qu’on s’attaque à leurs annonceurs en leur rappelant que leur argent finance cette culture du mépris.


Mais non contents de chialer, ils foncent sur le premier venu. Sans doute pour faire taire le groupe.


Je disais que le sujet me répugne, parce que je n’en peux plus de l’hypocrisie de ces radios, que j’ai dénoncée mille fois du temps où je sévissais à Voir. Parce que j’en ai plus qu’assez de répéter les mêmes choses : que la liberté d’expression, à CHOI, n’est pas une valeur. Mais que pour eux, elle en a une. Et que c’est de là que provient mon dégoût.


Jean-François Jacob, lui, a marché pour soutenir CHOI, en 2004, quand le CRTC menaçait de fermer la station. Pas parce qu’il aimait ce qu’on y disait. Mais par principe.


Il ignorait encore que, dans ce média, la liberté est une marque de commerce. Instantanément soluble lorsqu’elle franchit la porte du service des ventes.

27 commentaires
  • Maxime Dion - Inscrit 22 juin 2013 01 h 39

    <<Libarté !>>

    << Jean-François Jacob, lui, a marché pour soutenir CHOI, en 2004, quand le CRTC menaçait de fermer la station. Pas parce qu’il aimait ce qu’on y disait. Mais par principe. >>

    Parce que les médisances qu’on y colportait participaient à la mise en forme malsaine de l’opinion publique, je crois qu’à l’époque M. Jacop aurait dû être un peu plus conséquent avec la liberté d’expression, et ainsi n’accorder aucun crédit au choix nauséabond que gerbaient sur les ondes Jean-François Fillion et consort.

    • Luc Fortin - Inscrit 22 juin 2013 10 h 54

      On pouvait être contre la fermeture la fermeture de la station (le moyen de sanctionner les médisances) sans appuyer le discours qui y était diffusé. C'était ma position à l'époque et croyez moi avec ce qu'on infligeait à certaines personnes à l'époque ça m'a demandé tout mon petit change d'adopter cette position par principe.

      Tenter de faire croire qu'être contre la fermeture de la station implique que l'on appuie le discours diffamatoire et vexatoire relève du paralogisme. Je vais laisser ce genre de tactique à ceux qui sévissent à la radio-poubelle de Québec.

      Patrice Demers ayant démontré que sa "Libarté" est à géométrie variable, j'avouerai volontier que j'éprouve un peu de regret de l'avoir appuyé à l'époque.

    • Luc Fortin - Inscrit 22 juin 2013 12 h 36

      Oups!

      "On pouvait être contre la fermeture de la station [...]"

  • Jacques Boulanger - Inscrit 22 juin 2013 06 h 52

    Desjardins ...

    On pourrait tout aussi bien dire qu'avec le congédiement de Jean-François Jacob, Desjardins soutient les radios-poubelles.

    • Serge Labossiere - Inscrit 25 juin 2013 09 h 06

      Tout à fait juste...
      Mais celà se comprend dans la logique des dirigeants actuels de cette coopérative sous un "coup" dont les administrateurs et plusieurs employés grassement payés en passant (la finance c'est impressionnant comme c'est payant) et qui tous ensemble contribuent à supprimer l'esprit et la mission du mouvement et rêvent et travaillent à détruire le mot et l'esprit coopératif pour convertir Desjardins en banque à charte sous juridiction fédérales et ainsi prendre davantage de controle et remplir leurs poches et celles de leurs obscurs amis...

  • François Dugal - Inscrit 22 juin 2013 07 h 55

    Une fable

    «La raison du plus fort est toujours la meilleure»
    - Jean de la Fontaine

  • Pierre Lesage - Inscrit 22 juin 2013 08 h 32

    Desjardins et les radios poubelles

    Il faudrait lancer un boycot contre Desjardins qui préfère la radio poubelle à son employé!
    À la poubelle eux aussi!

  • Jean Alfred Renaud - Inscrit 22 juin 2013 09 h 01

    Slap?

    David, je vous suggère l'expression "poursuite-baillon" très évocative, plutôt que l'obscur "slap" - en anglais, on trouve SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Parcitipation).

    Et merci d'avoir su vaincre votre répugnance, pour sensibiliser les lecteurs du Devoir au "tout au fric".