Au-delà des scandales

Que restera-t-il, l’an prochain à la même date, des moments charnières du printemps politique 2013 ?


Parlera-t-on encore vraiment des frasques du Sénat ?


L’effet Trudeau aura-t-il survécu à quatre autres saisons ?


Le gouvernement minoritaire de Pauline Marois ou encore, en Ontario, celui de la première ministre Kathleen Wynne, seront-ils choses du passé ?


L’inénarrable saga dont le maire de Toronto Rob Ford est la vedette aura-t-elle connu un dénouement ?


De tous les rebondissements des derniers mois, les plus spectaculaires ne sont pas nécessairement les plus susceptibles de survivre à l’épreuve du temps. Dans tous les scénarios, en voici trois qui sont assurés d’une place durable sur l’écran radar politique.


Le débat sur les soins de fin de vie : avec la présentation à l’Assemblée nationale d’un projet de loi à ce sujet, ce qui s’annonce comme le prochain grand débat existentiel au Canada s’est rapproché d’encore un pas du Parlement fédéral.


Aucun projet de loi québécois de mouture récente n’est promis à une aussi grande diffusion que celui de la ministre Véronique Hivon. Il est destiné à circuler dans les officines politiques de toutes les capitales provinciales. Aucun parti fédéral ne peut se permettre d’en ignorer l’existence, d’autant qu’il est d’inspiration consensuelle.


C’est une discussion pour laquelle les principaux partis fédéraux ont encore moins d’appétit que pour celles qui ont entouré le droit à l’avortement et le mariage entre conjoints de même sexe. Mais tout indique qu’ils ne pourront pas s’y soustraire éternellement.


En Colombie-Britannique, une cause qui remet en question l’interdit qui frappe le suicide assisté au Canada fait son chemin dans les tribunaux. La Cour suprême pourrait être appelée à nuancer ou à confirmer sa propre opposition à la pratique dans un horizon d’un ou deux ans.


La réforme du système électoral : au moment où le débat s’est essoufflé dans les provinces et à Ottawa, voilà que la Ville de Toronto pourrait lui donner un nouveau souffle. En partie sous l’impulsion des déboires du maire Ford, le conseil municipal a adopté la semaine dernière un plan préconisant que le maire de la plus grande ville au Canada soit désormais choisi par voie de vote préférentiel.


En vertu de ce système, les Torontois seraient appelés à classer les candidats à la mairie en fonction de leur préférence (1, 2, 3). Pour l’emporter, un aspirant devrait non plus terminer la course en tête de peloton, mais plutôt rallier plus de 50 % d’appuis. Pour y arriver, les candidats en lice auraient un intérêt certain à s’imposer comme le deuxième choix de ceux des électeurs qui appuient leurs rivaux.


Ce n’est pas le système proportionnel auquel aspirent bien des militants de la réforme électorale, mais c’est un changement qui pourrait faire boule de neige et relancer la discussion. Dans un premier temps, Queen’s Park a fait bon accueil à la demande de changement de la Ville de Toronto.


Décence politique


L’assainissement des moeurs au Parlement fédéral : de toutes les assemblées législatives au Canada, la Chambre des Communes est celle où la qualité des débats s’est le plus détériorée ces dernières années.


Il fut un temps où l’opposition à Ottawa avait un quasi-monopole sur les abus de langage et les déclarations incendiaires. Le « Rat Pack » libéral, du temps où Brian Mulroney était au pouvoir pendant les années 80, ne laissait pas sa place. Le Bloc québécois, à l’époque du scandale des commandites, non plus.


Mais depuis quelques années, la palme revient aux députés du gouvernement. Chaque jour, des élus conservateurs se font une fierté de se lever en Chambre pour dire du mal de leurs adversaires. La vérité ou même la plus élémentaire décence politique n’ont pas souvent leur place dans le discours que privilégient les gérants d’estrade du gouvernement. Et l’exemple vient souvent de haut - du premier ministre ou de membres de premier plan du cabinet.


Pendant longtemps, chroniqueurs et analystes parlementaires ont déploré cette dérive qui transforme régulièrement la période des questions fédérale en spectacle dégradant pour la politique au sens noble du mot. Plus récemment, des émissions comme le panel auquel je participe à la CBC ont pris l’habitude de présenter plus souvent certaines des moins glorieuses performances des élus conservateurs aux Communes.


Est-ce parce qu’ils savent que leurs familles et leurs amis risquent de plus en plus de les voir, en différé, se distinguer dans le mauvais sens du mot à la période des questions ? Toujours est-il que la pratique de diffuser plus régulièrement ce genre de moments dans la vie du Parlement à des heures de grande écoute a coïncidé avec une baisse marquée de l’enthousiasme des députés du pouvoir pour le rôle de chien savant.


Sur ce, bon été, on se reparle en septembre.


 

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

3 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 17 juin 2013 07 h 21

    À hauteur de compassion et d'humanité

    «Aucun projet de loi québécois de mouture récente n’est promis à une aussi grande diffusion que celui de la ministre Véronique Hivon. Il est destiné à circuler dans les officines politiques de toutes les capitales provinciales. Aucun parti fédéral ne peut se permettre d’en ignorer l’existence, d’autant qu’il est d’inspiration consensuelle.»

    Ce projet de loi a déjà fait le tour du monde, m'a souligné un américain en faveur du libre-choix en fin de vie; on en parle déjà beaucoup en Europe. Même plus, il est permis de croire que chaque ministère provincial de la Santé s'intéresse déjà grandement à ce Projet de loi sur les soins de fin de vie.

    Bien plus, la population québécoise à près de 85% est en faveur de l'aide médicale à mourir, balisée et contrôlée, incluse dans le processus de la continuité des soins; dans la Loi de la Santé et des Services sociaux du Québec.

    Les députés québécois ont abordé cette question du mourir dans la dignité; ils l'ont fait avec hauteur de compassion et d'humanité. Les députés fédéraux sauront faire de même et être à cette hauteur d'humanité et de compassion.

    Enfin, j'aime bien la position et la pensée de l'ex-député libéral, monsieur Christos Sirros, exprimées au Club de ex-RC, le 13 juin dernier. Il a passé 8 années en Belgique... On devrait lui donner+++ la parole. Et les quelques dirigeants médecins farouchement opposés à cette aide médicale à mourir devraient avoir le courage et la sagesse de le rencontrer.

    Merci madame Hébert pour cet article. Invitation : une entrevue avec M. Sirros svp.

  • Gilbert Talbot - Inscrit 17 juin 2013 10 h 52

    Bon été vous dîtes ?

    La température a frôlé le zéro cette nuit. En me levant, j'apprend que le maire de Montréal vient d'être arrêté. La construction québécoise est tombée en grève cette nuit. Et pendant que je vous écris j'entends le jovial Denis Coderre qui présente ses nouveaux candidats, sans réaction précise sur l'arrestation de Michael Applebaum. Oui l'été s'annonce bien.

  • Lise St-Laurent - Inscrite 17 juin 2013 14 h 40

    Bon été à vous aussi

    Si été il y a. On a parfois l'impression que le printemps politique continuera jusqu'à l'automne et débouchera sur un je ne sais trop quoi. Merci de vos commentaires et bon été à vous aussi.