Vos placements - Est-ce une erreur d’encaisser tous ses REER d’un seul trait?

Cher monsieur,


Je suis devant un petit dilemme et vos conseils seraient bien appréciés. J’ai 67 ans et mon épouse, 64.


Plus jeune, je me suis vraiment saigné pour cotiser à un REER. Je crois que je le regrette présentement, car j’ai cotisé, dans mon REER et celui de mon épouse, quand j’avais peu d’argent et beaucoup d’obligations (quatre enfants, une épouse au foyer) afin de payer moins d’impôt.


Or les choses se sont améliorées avec le temps, surtout à la fin de ma carrière. Je suis présentement à la retraite, avec une très bonne pension. Ce revenu de pension (environ 150 000 $) est partagé avec mon épouse aux fins d’impôt (elle a aussi une petite pension de 2600 $). La valeur de mon REER est de 156 000 $; celui de mon épouse, de 38 700 $.


Nous devrons bientôt faire quelque chose avec ces REER (encaisser, contracter un FERR). Or j’ai l’impression que je me suis serré la ceinture quand j’étais dans une fourchette d’imposition assez basse et que maintenant je vais puiser dans ces REER quand je suis dans une fourchette très élevée. En somme, en perdant sur les deux tableaux…


Comme nous avons encore des dettes (une hypothèque de 60 000 $, un prêt d’auto) et comme étaler les retraits des REER (soit en les encaissant, soit en les prenant sous forme de FERR) ne changera rien à ce taux d’imposition élevé, et va même nous rendre sujets à une taxe santé élevée pour la durée de ces retraits (si j’ai bien compris), j’ai tendance à penser que je devrais encaisser tout d’un coup, « manger ma claque » une seule fois, prendre ce qui restera (environ 50 %), régler les dettes et ne plus y penser.


Suis-je dans le « champ de patates » avec ce genre de raisonnement ? Existe-t-il une meilleure stratégie ?


Je vous remercie, à la fois pour votre chronique, fort intéressante, et pour vos conseils éventuels.


R. M.

 

Le REER est là avant tout pour fournir un revenu d’appoint, revenu qui, pour plusieurs, permettra de soutenir un niveau de vie convenable le plus tard possible durant leur retraite. Le REER constitue également une réserve de liquidités qui peut être utilisée en cas d’urgence ou autres impératifs financiers (comme rembourser des dettes), ce qui pourrait vraisemblablement être votre cas.


En effet, vous dites avoir encore une hypothèque ainsi qu’un prêt automobile. Peut-être pourriez-vous effectuer des ponctions de vos REER pour accélérer le remboursement de ces prêts. Et, au premier chef, le prêt automobile, dont le taux d’intérêt est probablement plus élevé que celui de votre hypothèque. Certains prêts-automobile comportent un taux d’intérêt annuel de 8 % ou plus. Si tel est votre cas, rembourser le plus rapidement possible ce prêt équivaut à obtenir un rendement annuel (dû aux frais d’intérêt économisés) de 8 % sur le capital investi. De surcroît, il s’agit d’un rendement équivalent après impôt. Or, en présumant que votre taux marginal d’impôt est de 47 % environ, les frais d’intérêt économisés en remboursant le prêt automobile équivalent à un rendement annuel avant impôt de 15 % sur le capital investi. Donc, dans ce cas précis, retirer des sommes de son REER pour rembourser le prêt se justifie.


L’avantage de cette stratégie est cependant moins évident dans le cas d’une hypothèque étant donné que les taux d’intérêt exigés sont actuellement très faibles. Cela est encore plus vrai si ladite hypothèque porte sur un immeuble à revenus. Dans un tel cas, les intérêts seront déductibles en tout ou en partie si vous occupez l’un des logements à titre de résidence principale. Dans le cas des immeubles à revenus, accélérer le remboursement de l’hypothèque n’est donc pas nécessaire, ni très rentable.


Cela dit, je ne crois pas que vous deviez encaisser d’un seul trait la valeur globale de vos REER. La facture fiscale serait particulièrement salée, à près de 98 000 $. Il vaut mieux conserver ces liquidités et les faire fructifier à l’abri du fisc, et ce, le plus longtemps possible durant votre retraite. À votre 71e anniversaire, vous verrez à convertir vos REER en FERR, vous contentant d’en retirer les montants minimums exigés par le fisc.


Vu que vos revenus de retraite sont très élevés, vous devriez canaliser les sommes de vos REER (et éventuellement FERR) dans les actions de grandes sociétés versant de bons dividendes. Vous êtes en mesure de supporter un tel risque, sur le plan financier du moins. Évidemment, si vous optez pour l’achat d’actions, il est important que vous le fassiez en étant bien informé. Pour ce faire, je vous suggère de vous abonner à une bonne lettre financière parfaitement objective.


Par ailleurs, si vous avez des enfants, vous pourriez aussi effectuer des ponctions de vos REER pour les aider à construire leur propre avoir. En aidant financièrement vos enfants, ceux-ci pourront pleinement cotiser à leur REER et/ou acquérir le plus tôt possible pendant leur vie active une petite propriété à revenus, voire leur première résidence principale. Ce faisant, ils profiteront tôt dans leur vie de l’effet de levier propre à l’investissement immobilier pour s’enrichir.


Attention aux obligations à long terme


Bonjour monsieur Chiasson,


Je vais bientôt disposer d’une somme importante (environ 400 000 $) pour une durée de cinq à six mois dans le cadre d’une transaction immobilière.


La banque offre à peine 1 % d’intérêts sur ce montant, car il ne peut faire l’objet d’un placement à terme. Est-ce que les fonds négociés en Bourse (FNB) d’obligations sont une bonne solution dans cette situation ? Sont-ils suffisamment sûrs pour protéger le capital, notamment en cas d’augmentation des taux d’intérêt ?


Merci de vos conseils toujours judicieux.


N. T.


Non, les fonds négociés en Bourse (FNB) liés au rendement des obligations ne sont pas en mesure de protéger à 100 % votre capital en cas de hausse des taux.


Comme vous le savez, la valeur marchande des obligations varie inversement au mouvement des taux d’intérêt. Si ces derniers grimpent, la valeur marchande des obligations recule, et vice-versa.


Par ailleurs, plus la durée de vie de l’obligation est longue et plus son coupon d’intérêt annuel est faible, plus la variation de sa valeur marchande sera élevée pour un changement donné des taux d’intérêt. Autrement dit, la valeur marchande d’une obligation d’une échéance de 30 ans fluctuera sensiblement plus que celle d’une obligation de deux ans.


Cela dit, le contexte actuel des titres à revenus fixes incite à la prudence. En effet, la tendance actuelle des taux d’intérêt est nettement à la hausse au sud de notre frontière. Une hausse qui s’est produite en quelques mois tout au plus. C’est ainsi que le rendement des obligations du Trésor américain de dix ans est passé de 1,7 % il y a trois mois environ à 2,20 % récemment, atteignant même une pointe de 2,26 %. Certes, les taux demeurent à des niveaux historiquement très faibles. Mais il reste que la hausse, en pourcentage, à 29 %, est substantielle. Une telle hausse appliquée à une obligation d’une échéance de 20 ans se traduirait par un recul de près de 8 % de sa valeur marchande. Un montant de 400 000 $ investi dans de telles obligations se serait donc soldé par un recul de près de 32 000 $ de la valeur de votre pactole au cours des deux ou trois derniers mois.


Comme vous pouvez le constater, investir dans les obligations par le truchement des fonds négociés en Bourse ne protège absolument pas votre capital contre des pertes possibles dues à une hausse des taux d’intérêt.


Vous pouvez cependant limiter ces pertes potentielles en concentrant vos achats dans les unités de FNB liées au rendement des obligations de courte échéance. Il en existe dont le rendement est lié aux obligations gouvernementales de deux ans et demi environ. Mais, même là, perte il en résultera advenant que les taux d’intérêt poursuivent leur ascension. Pour une hausse de 29 % des taux d’intérêt, une obligation négociable de deux ans et demi verra sa valeur marchande reculer d’environ 0,005 %. Si sa valeur marchande était au départ de 1000 $, celle-ci ne serait plus que de 995 $ à la suite d’une hausse de 29 % des taux d’intérêt à court terme. Notez que la perte sera sensiblement moindre que celle subie dans de telles circonstances avec une obligation de 20 ans.


Tout cela pour dire que les obligations négociables ou les unités de FNB liées au rendement de celles-ci ne peuvent garantir intégralement votre capital dans un contexte où la tendance des taux d’intérêt est à la hausse. Et je pense que cette nouvelle tendance amorcée aux États-Unis pourrait bien être l’amorce d’un nouveau cycle à la hausse des taux d’intérêt pour les prochaines années. Car la hausse des taux survenue au cours des derniers mois n’a rien à voir avec un resserrement de la politique monétaire. Bien au contraire, cette dernière demeure extrêmement stimulante. Cela signifie que la hausse récente des taux est simplement le reflet d’une activité économique plus forte aux États-Unis, en particulier dans le secteur immobilier.


Conclusion : je me contenterais dans votre cas de parquer mes sous dans les dépôts à terme de très courte durée comme ceux offerts par votre banquier au taux de 1 % l’an.


 

cchiasson@proplacement.qc.ca

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