En mode dessous

Les photos sont tirées de Caleçons Culottes Compagnie, de Brigitte Govignon (La Martinière).
Photo: Les photos sont tirées de Caleçons Culottes Compagnie, de Brigitte Govignon (La Martinière).

Moi, vous savez, je n’ai pas demandé à vivre, ni à l’ombre ni au grand soleil. On me fait jouer beaucoup de rôles, dont celui de protéger les vertus, si petites soient-elles ; enfin, on fait ce qu’on peut… je ne suis qu’une bande de tissu en bien fâcheuse position.


Culotte, slip, caleçon et même bobettes sont entrés dans Le Petit Robert 2013. On m’a déjà dit que j’étais culottée, mais jamais autant que ces fils dentaires qui prétendent faire partie de la famille, strings brésiliens du plus mauvais goût sur une anatomie autre que… brésilienne. Car il faut un fessier d’enfer ou de joueuse de tennis (elles ne se gênent pas pour les faire voir, sous la jupette) pour que le thong en question valorise plutôt que n’embue la vision.


Bref, j’ai mon utilité, j’en cache un peu, je montre ce qu’il faut et j’ai constaté qu’avec les années, les forêts se sont dégarnies. L’aménagement paysager n’est plus le même, pourrait-on avancer, quand ce n’est pas la déforestation tout court. J’en parlais justement avec mon gynéco. Enfin, pas le mien, le sien !


Moi, je ne suis qu’une culotte, de jour ou de nuit, de coton ou de dentelle, souple et mortelle. Un peu timide malgré moi et carrément honteuse lorsque je suis défraîchie. Même pas bonne à donner ni à recycler en torchon, je finis à la poubelle.


En attendant, je fais de la géographie à temps perdu. Voyez, je délimite la frontière entre la chair et la pudeur sociale, un rien de r’quin-ben. Géographie mouvante, j’en conviens, chair de poule à l’occasion, culotte de cheval pour la plupart, région assiégée parfois, mais on tient mordicus à ses balises même si elles fluctuent constamment, comme le gouvernement avance et recule. Dernier rivage de la concupiscence, tous sexes confondus (et ils le sont), la « petite » culotte a toutes les raisons de se voir grande. Elle comble un flou artistique, se tient sur la ligne de front, une fine raie qui départage le goût du risque et le remords, ou le rêve de la désillusion.


Cache-sexe ou ceinture de chasteté?


Une culotte ? C’est une anse secrète, un interdit qui dit peut-être, le dernier rivage où s’échouer. Certains y voient un empêchement, mais je dirais que de nos jours, je tiens davantage de l’invitation, m’exhibant à tous vents alors qu’autrefois on me séchait au grand vent sur la corde à linge. Ça tenait lieu de sexualité à bien des gamins de dix ans. De tout temps, il y a eu des culottes destinées à être portées et d’autres à être enlevées.


On apprend dans le fabuleux ouvrage historique de Brigitte Govignon, Caleçons Culottes Compagnie, que les hommes n’ont pas enfilé de culottes avant l’Ancien Régime (du XVIe au XVIIIe siècle). Et que Catherine de Médicis a essayé en vain d’en faire porter à ses semblables, mais elles étaient mal vues, plutôt l’apanage des femmes de mauvaise vie. Ce n’est qu’au XIXe siècle, avec les crinolines, qu’elles revêtiront la culotte bouffante.


Il faut voir sur certains sites de fabricants de lingerie comme la gaine-culotte revient en force cet été ! On la croyait morte avec le crochet, les bigoudis et le gâteau des anges. La voici ressuscitée chez Marlies Deckkers (marliesdekkers.com), icône de la lingerie néerlandais qui fait fureur grâce à son magazine virtuel saisonnier. Si on aime la mannequin dégarnie de partout, même du pilou-pilou, c’est l’endroit. Nous sommes loin du modèle américain plus pulpeux de Victoria’s Secret.


La grand-mère de Mimi arrachait les pages de sous-vêtements des catalogues en décrétant : « Les enfants ont pas demandé à voir ça ! » Depuis longtemps, bien avant Internet, le catalogue de sous-vêtements et de petites culottes a eu son effet sur le moral des troupes et l’éducation des enfants. Et j’en connais qui sont abonnés à celui de Marlies, de la porno douce qui leur convient mieux qu’une vidéo explicite. L’homme aime déballer ses cadeaux et les convoiter un temps. Et l’imaginaire lui tient lieu de principale zone érogène, c’est bien connu.


Somme toute, n’aime-t-on pas mieux la surprendre, coquine comme une illustration de pin-up, fausse innocence suprême ?

 

Chatte sur un toit brûlant


Je ne fais pas toujours dans la dentelle, mais j’aime la poésie, faut pas croire. Surtout celle de Houellebecq qui a partouzé pas mal (style commando, sans dessous) et nous fait le coup de la bite amère dans son dernier recueil. Âmes sensibles, s’abstenir. Moi, j’adore.


« J’ai connu bien des aventures / Des préservatifs usagés / J’ai même visité la nature / Et je l’ai trouvée mal rangée. J’ai traversé le Penthothal / J’ai bu des Tequila Sunrise / Ma vie est un échec total / I know the moonlight paradise. » J’aurais pu l’écrire, tiens. Mais il faut être Houellebecq pour naviguer à vue sur ces côtes incertaines qui vont du sexe tartare à « La chair est triste - hélas - et j’ai lu tous les livres ».


Le sien s’intitule Configuration du dernier rivage et je trouve qu’il me va comme un gant. On y découvre même les « mémoires d’une bite ». Ce ne sera pas du goût de toutes.


Pour l’instant, régalons-nous, la saison du slip bat son plein, c’est même notre journée nationale le 20 juin, en France, mais elle pourrait être internationale sauf chez les naturistes. Qu’on ne se fasse pas d’illusions : ce qu’on reluque discrètement sur les plages ou à la piscine n’est rien d’autre qu’une culotte de sortie, une forme de curiosité encouragée par les moeurs du temps et une météo plus clémente.


Entre nous, la culotte, c’est comme l’immobilier : emplacement, emplacement, emplacement.


***
 

cherejoblo@ledevoir.com

Twitter.com : @cherejoblo

***


Adoré le roman de Mathias Malzieu, chanteur à ses heures dans le groupe rock français Dyonisos et auteur de plusieurs livres, dont Le plus petit baiser jamais recensé (Flammarion). Ce baiser est d’une fraîcheur, d’un style ludique truffé de mots inventés, qui vous transporte dans un univers onirique inimitable. C’est l’histoire d’un gars qui s’éprend d’une fille (jusque-là, tout va mal) qui devient invisible lorsqu’elle est en amour. Sa culotte aussi, forcément. Ça commence comme suit : « Le plus petit baiser jamais recensé. Un millième de seconde, pulpe et duvet compris. À peine une effleure, un origami. Une esquisse de court-circuit. Un taux d’humidité incroyablement proche de zéro, quelque chose de l’ordre de la poussière d’ombre. » Je vous laisse avec la suite.


Rigolé en visionnant le dernier Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté. Vraiment désopilante, cette aventure chez les Bretons d’outre-Manche qui boivent de l’eau chaude ! Et c’est une Anglaise (Valérie Lemercier en dame de compagnie) qui porte la culotte. Quand on sait que les légionnaires n’en portaient pas sous leur romaine tunique, on voit les choses autrement. À regarder aussi pour Fabrice Luchini en César. Disponible en DVD ou sur iTunes.

 

Aimé Caleçons Culottes Compagnie (La Martinière), un beau livre à offrir sans retenue à ceux qui y puiseront des souvenirs de lecture de catalogues de sous-vêtements. On suit l’évolution du caleçon depuis la feuille de vigne jusqu’au collant de Batman, mais l’ouvrage demeure surtout un florilège graphique de jolies publicités vintage du XXe siècle. Suivre l’évolution du slip est un régal pour les yeux. Cadeau de la fête des Pères ?

 

Terminé la première saison de la télésérie Girls. C’est mon régulier qui s’amuse le plus, je crois. En tout cas, on voit beaucoup de culottes, mais ce n’est pas du tout sexy. Comme quoi on peut tout gâcher quand on y met un peu de mauvaise volonté et beaucoup de maladresse. Pour ceux qui trouvaient les quatre amies de Sex and the City trop JAP (Jewish American Princess), on a affaire ici au pendant « adulescentes » version plus glauque.

***

JoBlog
 

La philosophie au secours du sexe

J’adore le philosophe anglais Alain de Botton, son humour, sa façon de pop-philosopher sur des sujets très contemporains. Le sexe n’est certes pas une nouveauté, mais sa façon de l’aborder en 15 minutes (douche comprise) fait sourire et dédramatise bien des zones érogènes telles que le fantasme. Ce qui peut être sexy avec l’un s’avère dégoûtant avec l’autre.
 

Comment épicer le quotidien avec la même personne qui vous aide à descendre les sacs verts? C’est la question à laquelle il répond sur le site d’Open Culture.
 

Top Tips for Super Hot Sex nous permet de réapprécier notre partenaire en le revêtant des qualités qu’il avait à l’époque où tout ce qui nous intéressait, c’était de coucher avec lui (ou elle).
 

Un quart d’heure bien investi: http://bit.ly/ZJzmfu

À voir en vidéo