C’est du sport! - Un oublié du vélo

Contrairement à ce qu’on peut entendre un peu partout, David Veilleux ne sera pas le premier Québécois à participer au Tour de France, mais le premier natif du Québec à le faire. Son exploit nous offre d’ailleurs l’occasion de rappeler le souvenir de Pierre Gachon, qui fit sensation en son temps, évoqué par le Dictionnaire des grands oubliés du sport au Québec (Septentrion) publié la semaine dernière et dont sont tirés la plupart des éléments qui suivent.

Pierre Gachon naît à Paris en mars 1909. Son père meurt pendant la Grande Guerre, puis sa mère se remarie en Belgique avec un garagiste. Celui-ci vient en Amérique en 1923 et y emmène les siens (trois garçons, une fille) l’année suivante. Or non loin d’où réside la famille, rue Dorchester Est à Montréal, on retrouve le club cycliste dirigé par Louis Quilicot. Le jeune Pierre Gachon avait déjà montré un certain intérêt pour le vélo alors qu’il était en Belgique, et la proximité de Quilicot ne fera que l’augmenter.


Bientôt, Gachon rencontrera Jules Matton, un cycliste professionnel originaire de la Flandre qui l’incite à se tourner vers la compétition. Avec le statut d’amateur, il concourt dans diverses épreuves sur route, où il s’illustre. Il pourrait demeurer amateur afin de pouvoir participer aux Jeux olympiques de 1932 à Los Angeles, mais il est attiré par le professionnalisme.


Sur les conseils de Willie Spencer, un vétéran cycliste d’origine britannique, Gachon va faire ses classes dans la région de New York. Spencer est l’organisateur des Six-jours, une compétition sur piste tenue au Forum de Montréal qui deviendra extrêmement populaire avec les années. La première des Six-jours a lieu en 1929 et Gachon, embauché par Spencer, y prend part à compter de 1930. Jusqu’en 1937, il ne remporte jamais l’épreuve, mais y livre des performances assez solides.


Parallèlement, Gachon ne délaisse pas la route. En 1933, on le voit dans une épreuve transcanadienne, qui finira cependant par ne pas traverser le Canada. En 1934, il rallie Montréal depuis Toronto. En 1935, c’est un aller-retour Montréal-Québec. S’il connaît des difficultés dans ces entreprises hardies, il ne se décourage pas pour autant et début 1937, il annonce son intention de s’inscrire au Tour de France cette année-là.


Gachon concourra à la Grande Boucle au sein d’une équipe britannique. Mais une sombre histoire de vélo égaré pendant la traversée vers l’Europe viendra nuire à sa préparation, tout comme le fait qu’il ne dispose que d’une dizaine de jours pour se familiariser avec… les routes pavées. De plus, le Tour de 1937 est le premier où il est permis d’utiliser un dérailleur, qui lui est étranger.


Le 30 juin, Gachon est au départ de la première étape, Paris-Lille. Les choses ne tardent pas à se gâter : il ne fait visiblement pas le poids devant les puissants coureurs européens. Il est rapidement largué, et il abandonne après une centaine de kilomètres, loin derrière le peloton.


Ayant pris sa retraite après les Six-jours de 1937, Pierre Gachon ouvre une boutique d’articles de sport dans le quartier Rosemont et travaille à réparer des vélos. Fondée par son beau-père, la compagnie Cycles Gachon sera par ailleurs dirigée par Pierre et ses frères jusque dans les années 1950.


Pierre Gachon a été intronisé au Temple de la renommée du cyclisme québécois en 1988. Il est décédé en 2004 après avoir vécu près d’un siècle.