Revue de presse - Le printemps des loups

Étincelles et déchirements en vue : le congrès du Parti conservateur, qui se tiendra à Calgary dans moins de trois semaines, promet d’être excitant. Stephen Harper s’adressera à sa base partisane dans un contexte inédit de rébellion et de colère que la dernière semaine a exposé au grand jour. C’est le printemps du mécontentement, disent certains. Et d’autres voient les loups approcher…


Les critiques adressées au premier ministre et à son entourage excèdent largement le champ habituel. Elles viennent aujourd’hui d’alliés traditionnels : le député Brent Rathgeber, bien sûr, mais aussi la Fédération canadienne des contribuables et le National Post, qui commencent tous deux à s’inquiéter de la direction prise par le gouvernement Harper.


La crise de mi-mandat que traverse le gouvernement est certes normale, écrivait vendredi Jonathan Kay dans le Post. Elle ne doit pas occulter les bonnes actions des conservateurs, dit-il en évoquant la politique étrangère au Moyen-Orient, la réforme du système d’immigration, la gestion de l’économie dans un climat mondial difficile. Le bilan est bon, évalue Kay.


Sauf qu’en cours de route, Stephen Harper semble avoir oublié sa Loi sur la responsabilité, ajoute-t-il. On cache les coûts du F-35, on adopte des projets de loi mammouths, on traite le directeur parlementaire du budget comme un ennemi, on minimise les allégations sur les appels robotisés, on protège Mike Duffy…


« Le National Post a généralement soutenu M. Harper et ses politiques, écrit le chroniqueur. Nous continuons de croire que les conservateurs, globalement, ont laissé une empreinte positive sur le Canada depuis 2006. Mais leur attitude blasée devant la responsabilité commence à tomber sur le coeur des partisans de longue date. S’ils ne changent pas ça, il y aura plus de députés comme Rathgeber qui quitteront un parti qu’ils ne reconnaissent plus. »


Dans l’Ottawa Sun, Lorne Gunther parle de l’entourage trop jeune (« une brigade en culottes courtes »), agressif et sans perspective qui conseille le premier ministre. Le conflit qui couvait est devenu tangible avec le départ de Rathgeber, et c’est dangereux, croit Gunther, qui souligne que les prochaines élections sont quand même encore loin et que M. Harper a le temps de réagir.


Encore faudrait-il qu’il le veuille, écrivait Michael Den Tandt dans Postmedia vendredi. À son avis, Stephen Harper n’a que deux options devant le départ de Rathgeber : faire acte de contrition et satisfaire quelques demandes de son ex-député, ou continuer à lutter alors que les « loups approchent », dit-il en parlant des conservateurs frustrés et déçus. La deuxième option est plus plausible, pense Den Tandt.


Il souligne que Brent Rathgeber est un « authentique conservateur bleu », incarnation parfaite de la base électorale conservatrice (et réformiste). Son départ a valeur de symbole et marque le « rejet [du premier ministre] par la conscience du Parti conservateur ».


Den Tandt rappelle que le député voulait plus de transparence de la part des employés de l’État qui gagnent plus de 188 000 $ par année. Lutter contre cela, comme l’a fait le gouvernement, est « plus qu’étrange : c’est de l’autosabotage » qui révèle à quel point le Stephen Harper de 2013 n’a plus les mêmes idéaux qu’en 2006, pense Den Tandt.


La FCC mécontente


Il y a deux semaines, un ancien dirigeant de la National Citizen Coalition (Gerry Nicholls) dénonçait ce nouveau Stephen Harper éloigné de l’idéologie « westerner » qui l’a mené au pouvoir.


Cette semaine, c’est le président de la Fédération canadienne des contribuables (FCC) qui s’y met. Dans un texte publié mercredi par le Globe and Mail, Gregory Thomas dresse un bilan sévère de la gestion économique du gouvernement Harper : le budget n’est pas équilibré, la dette a augmenté de 481 milliards à 612 milliards de 2006 à 2013, l’État demeure gros, le taux de chômage a augmenté, le système fiscal est plus complexe que jamais « avec la pléthore de petits crédits d’impôt » accordés par les conservateurs, les transferts fédéraux vers le Québec sont passés de 12 milliards à 17 milliards… Thomas détaille point par point les raisons de sa déception.


Des chroniqueurs ont relevé l’importance de cette sortie. Notamment Thomas Walkom, qui évoquait jeudi dans le Toronto Star une « autre fissure dans la coalition conservatrice qui maintient Stephen Harper en poste ». Walkom note que la FCC a toujours été copain-copain avec les conservateurs, les deux partageant la même vision fiscale.

 

Des critiques pour ICI


Il s’est fait bien des blagues au Québec sur le rebranding de Radio-Canada cette semaine. Au Canada anglais, on ne trouve toutefois pas drôle la décision de la société d’État de mettre en arrière-plan l’appellation Radio-Canada au profit d’un mot (ICI) que l’on crie habituellement à son chien pour qu’il rentre à la maison, dixit Brian Lilley dans l’Ottawa Sun (qui appartient à Québecor).


Lilley ne cache pas son aversion pour Radio-Canada, sur qui il tire de fréquentes salves. Mais ce qui le choque ici, c’est la quasi-disparition du mot « Canada ». En Angleterre, en Australie, en France, les télédiffuseurs publics portent le nom du pays qui les subventionne. Ce devrait être le cas ici aussi, dit-il.


Le Toronto Star abonde dans ce sens et rappelle que la branche française de la société d’État a le mandat de « contribuer au partage d’une identité nationale ». De la stratégie marketing de Radio-Canada, le Star se demande s’il faut « en rire ou en pleurer ».

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