Dix bonnes raisons de lire québécois durant l’été

Avec une sélection de dix romans québécois de toutes sortes, il n’y a pas de bonnes raisons de ne pas lire les œuvres de nos auteurs cet été.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Avec une sélection de dix romans québécois de toutes sortes, il n’y a pas de bonnes raisons de ne pas lire les œuvres de nos auteurs cet été.

Récits de vie, sagas, romans d’amour, romans noirs ou romans tout court : sélection maison, parmi les livres parus depuis le début de l’année ou primés au cours des derniers mois. Voici dix bonnes raisons de plus pour lire québécois cet été.

Mãn, Kim Thúy, Libre Expression


Après le succès phénoménal de Ru, traduit dans une vingtaine de pays et couvert de prix, c’est peu dire que le nouveau roman de cette auteure était attendu. On se méfiait un peu, à vrai dire. Car au petit livre patchwork tout en dentelle inspiré de son enfance de boat people vietnamienne, Kim Thuy avait cru bon de faire succéder il y a deux ans un ouvrage épistolaire à quatre mains, intitulé À toi, qui nous avait laissé sur notre faim. Saurait-elle nous éblouir à nouveau ? La réponse est oui. Que de délicatesse, de sensualité, de vitalité dans Mãn, où une jeune femme vietnamienne devenue cuisinière dans un restaurant à Montréal raconte son parcours. Le livre est parsemé d’instants volés, de petits riens qui font du bien. Et de petits plats appétissants qui sentent bon le don de soi. On y sent un regard amoureux sur le monde, sur la vie, sur les autres. Roman conte de fées, par certains côtés. Ça virevolte de légèreté. Ce qui n’empêche pas la gravité. Celle liée à la condition d’exilé. Comment réinventer sa vie dans un nouveau pays sans pour autant renier son passé, sa culture d’origine ?


Chanson française, Sophie Létourneau, Le Quartanier


Une jeune femme rêve de quitter le Québec pour aller vivre à Paris. Elle s’est déjà organisée : son projet fou est en train de se réaliser. Mais il y a un hic. L’homme de sa vie, celui qu’elle croit tel du moins, un Français installé à Montréal, refuse de l’accompagner. C’est le point de départ de l’histoire. Une histoire d’amour déchirante, qui connaîtra, le temps d’une année, toutes sortes de soubresauts. Surtout qu’un autre amoureux fera son apparition dans le décor. Chanson française, ou entre les deux mon coeur balance, sur fond de ritournelle. Le ton employé et la façon de raconter, à la deuxième personne du singulier, dédramatisent le tout. C’est un roman plein de charme, de fraîcheur. S’y dégage une grande liberté de ton.

 

Les portes closes, Lori Saint-Martin, Boréal


Ils sont peintres tous les deux, mènent en apparence une belle vie dans leur grande maison. Ils forment ce qu’on appelle un vieux couple. Avec tout ce que cela comporte de complicité, d’attachement. Mais aussi de frustrations accumulées, de non-dits. Nous entrons dans leur intimité, tandis que leurs voix intérieures se font entendre tour à tour. Plutôt noire, la vision du couple, dans ce roman à la plume acérée. Mais il y a aussi de belles éclaircies. Avec, en toile de fond, un questionnement sur le pouvoir de la création artistique.


Le sort de Bonté III, Alain Poissant, Sémaphore


Une autre histoire de couple. Mais de couple en voie de se former, cette fois. Ça se passe dans un petit bled, entre deux esseulés. D’un côté, un jeune fermier amoureux de sa terre et de ses bêtes mais en manque d’affection, de sexualité ; de l’autre, une jeune mère en manque de travail, de soutien. Quelque chose de magique se passe ici. Ce roman remporte la palme de l’originalité.

 

La classe de madame Valérie, François Blais, L’Instant même


Une fresque sociale qui s’étend sur plus de 20 ans. On y suit une classe de 25 élèves du primaire, à trois périodes charnières de leur vie. Nous sommes à Grand-Mère, ville natale de l’auteur, ville fétiche de ses écrits. Nous sommes dans un microcosme-laboratoire où les rêves que l’on fait enfants s’étiolent nécessairement chemin faisant. Un roman ambitieux, inspiré, délicieusement grinçant par moments. À noter que François Blais a reçu en mars dernier, pour son livre précédent, Document 1, un prix littéraire de la Ville de Québec et du Salon du livre de Québec.


La fée des balcons, Maude Favreau, Druide


Un premier roman inventif, au style corrosif, avec au premier plan une relation mère-fille dévastatrice. La petite héroïne, Valentine, 10 ans, adore sa maman, qu’elle souhaiterait bien voir « revenir un jour du pays de sa peine ». Mais que peut une enfant contre une mère autodestructrice ? Heureusement, il reste les mots et l’évasion par l’imagination.


Demain sera sans rêves, Jean-Simon Desrochers, Les Herbes rouges


Le premier roman de cet auteur au style foisonnant demeure encore mon préféré. Difficile d’oublier le choc ressenti à la lecture de La canicule des pauvres, il y a quelques années. Le sablier des solitudes, ensuite, avait aussi une force de frappe indéniable. Pas question, donc, de passer à côté du troisième roman de Jean-Simon Desrochers. Mais attention, on est dans un autre univers complètement. On flirte avec la science-fiction, le roman d’anticipation. Des images qui restent certes, dont plusieurs déconcertent. Des mots qui claquent. Des réflexions senties sur le monde tel qu’il est, tel qu’il pourrait devenir. Des passages fascinants sur le travail de la mémoire, sur le processus de vieillissement. Et sur la mort. Mais une construction très complexe, doublée d’une narration elliptique, non chronologique, qui brouillent nos repères.


La fiancée américaine, Éric Dupont, Marchand de feuilles


Un peu touffu par moments, des détails parfois superflus, mais une oeuvre remarquable dans l’ensemble. Cette saga familiale à la fois truculente et tragique, qui tient autant de la tradition populaire que du roman littéraire, a trouvé preneurs chez plus de 30 000 lecteurs depuis sa parution l’automne dernier. La fiancée américaine a aussi cumulé les récompenses : après le Prix littéraire des collégiens, remis en avril, le Prix des libraires du Québec, attribué il y a quelques semaines.

 

Les frères Sisters, Patrick deWitt, Alto


Le Prix des libraires du Québec a aussi récompensé, dans la catégorie Roman étranger, ce livre canadien-anglais paru en français chez nous et en France. Complètement déjanté, loufoque au possible, et très, très sanglant, ce western qui met en scène deux frères truands dans une Amérique en perdition.


La chasse est ouverte, Chystine Brouillet, La Courte Échelle


C’est le polar qui a remporté en mai dernier le prix Tenebris 2013 -Meilleur vendeur québécois, dans le cadre de l’événement Les Printemps meurtriers de Knolwton. Maud Graham mène l’enquête encore une fois, alors qu’un riche homme d’affaires détesté de plusieurs vient d’être assassiné. Les fausses pistes se multiplient, pas de répit. Pour ce qui est du quinzième titre de la série consacrée à la pétillante enquêtrice de Québec, Saccages, il débarque en librairie au début de la semaine. Et j’ai très hâte de m’y plonger…

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