Les fleurs et le pot ; version 2013

De Québec à Ottawa, il ne se trouve pas un élu qui ne compte les jours qui le ou la sépare encore de la relâche estivale. Ceux qui vont mal ont besoin d’une pause pour se ressaisir. Sur ce front, les gouvernements de Pauline Marois et de Stephen Harper ont du pain sur la planche. Dans un registre différent, la Coalition avenir Québec aussi.

Mais ceux qui vont bien ou qui vont tout court n’ont pas moins besoin d’un temps d’arrêt. Philippe Couillard et Justin Trudeau sont passés du baptême du feu d’une course au leadership au feu de l’action d’une saison mouvementée. Les deux nouveaux chefs libéraux ont besoin d’un répit pour préparer leurs partis à l’après-lune de miel.


Le NPD de Thomas Mulcair ne manque pas de matière à réflexion. En Colombie-Britannique, l’ancienne équipe de stratèges de Jack Layton n’a pas réussi à rééditer ses exploits fédéraux. En Ontario, les néodémocrates - tous paliers confondus - ne s’imposent toujours pas comme parti de gouvernement. Et puis, il y a eu une poignée d’élections complémentaires fédérales dont le score indique que le Parti vert et le PLC ont davantage le vent dans les voiles que les néodémocrates.


En attendant la fin de la période d’échauffement actuelle, voici un tableau de fin d’année générique, en commençant par les fleurs :


Le journalisme : Du Sénat à l’hôtel de ville de Toronto en passant par ceux de Montréal et Laval, les journalistes dérangent la classe politique ces temps-ci. Tout cela alors que la presse écrite vit une crise existentielle ; que la radiotélévision publique est au régime-minceur et qu’Internet bouleverse les habitudes de consommation d’information. Alors que les salles de rédaction (et les tribunes de presse parlementaires) se dépeuplent, on assiste à un certain retour à l’essentiel - lequel consiste, notamment, à déranger le pouvoir au sens large.


La marque de commerce libérale : Donnés pour morts en Colombie-Britannique, les libéraux de Christy Clark se sont étonnés eux-mêmes en remportant un quatrième mandat le mois dernier. À Queen’s Park, le choix de Kathleen Wynne pour succéder à Dalton McGuinty a donné un nouveau souffle au gouvernement minoritaire libéral ontarien. À Québec comme à Ottawa, les libéraux sont en tête dans les intentions de vote.


Les femmes politiques : Stephen Harper ne leur fait pas beaucoup de place dans son gouvernement. Le contraste avec celle, de plus en plus grande, qu’occupent des femmes dans les provinces et dans l’opposition n’aide pas l’image de son gouvernement.


Ces temps-ci, le Québec a de la concurrence pour le titre de principale bête noire provinciale du gouvernement Harper. Vendredi, la Colombie-Britannique, sur les instructions de sa première ministre, a opposé une fin de non-recevoir au projet de pipeline Northern Gateway. À Terre-Neuve-et-Labrador, Kathy Dunderdale, font la vie dure à son homologue fédéral au sujet du traité de libre-échange Canada-Europe. Ce sont des projets-phares du gouvernement Harper.


Aux Communes et à l’Assemblée nationale, Elizabeth May et Françoise David en mènent nettement plus large que le poids réel de leurs formations. À Toronto, les sondages indiquent que si la néodémocrate Olivia Chow se lance dans la course à la mairie, une femme pourrait s’installer aux commandes de la métropole canadienne. Et au Québec le nom de la juge France Charbonneau fait trembler les élus.


Parmi ceux - toujours nombreux - qui se disputent le pot cette année, il y a :


Le Sénat : Rien n’indique que les membres de la Chambre haute soient au bout de leurs peines sur le front de l’éthique. Dans tous les scénarios, le Sénat ne se relèvera pas du discrédit dans lequel il est tombé sans mesures de redressement. Il faudra attendre le résultat d’un renvoi fédéral en Cour suprême pour savoir quel remède de cheval pourrait lui être administré.


Le Parti québécois : Le troisième cycle au pouvoir du PQ a des allures de fin de règne. Loin de ressouder la coalition souverainiste, la gouvernance semble accélérer sa fragmentation. La grogne généralisée au Québec envers un gouvernement fédéral impopulaire ne lui profite pas et, en prime, l’option ne lève pas.


Les sondeurs : Au Québec en septembre, en Alberta le printemps précédent et surtout en Colombie-Britannique le mois dernier, l’industrie du sondage s’est mis plus ou moins le doigt dans l’oeil. Elle partage cet oeil au beurre noir avec les médias qui surconsomment ce fast-food politique.


Les journalistes-sénateurs : Parmi les choses qu’on s’explique difficilement en cette fin de saison, il y a la place centrale de deux ex-vedettes du journalisme politique comme Mike Duffy et Pamela Wallin dans le scandale des dépenses au Sénat. On dit que le journalisme mène à tout, mais on pensait qu’il y avait tout de même des limites !


 

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

15 commentaires
  • Lise St-Laurent - Inscrite 3 juin 2013 06 h 57

    WOW!

    Excellente analayse comme toujours. Oui vivement l'été, peut-être que notre classe politique a besoin de recharger ses batteries, imaginez nous! On en a eu pour notre argent et même plus que le client en redemande, je dirais une overdose. Jamais une journée sans soubresaut ou une révélation choc.

  • France Marcotte - Abonnée 3 juin 2013 07 h 56

    Le journalisme par lui-même

    Intéressant ce que vous dites au sujet du journalisme:
    «Alors que les salles de rédaction (et les tribunes de presse parlementaires) se dépeuplent, on assiste à un certain retour à l’essentiel - lequel consiste, notamment, à déranger le pouvoir au sens large.»

    C'est trop rare d'entendre parler du journalisme, cet éléphant dans la pièce, qui est à mon sens le seul pouvoir qui ne fasse pas l'objet d'analyses poussées...par les journalistes.

    • - Inscrit 3 juin 2013 10 h 20

      Justement.
      Hier, à l'émission politique de Radio-Canada, les trois journalistes (incluant Mme Hébert) qui commentaient l'actualité semblaient des agent officiels du PLQ et du PLC.
      L'un d'eux a même trouver le moyen de répéter la propagande des Libéraux selon quoi le PLQ est le parti de l'économie ! Le parti de l'argent oui, mais pas celui de la rigueur et de la bonne gestion!

    • Martin Maynard - Inscrit 3 juin 2013 20 h 34

      Effectivement, je ne sais pas d'où vient le titre de parti de l'économie. J'aimerais bien qu'on me l'explique. Nous n'avos qu'à constater la mauvaise gestion d'Hydro-Québec durant les années Charest pour réaliser la faiblesse ... et la dette ... et les universités ... allouette!

  • Jocelyne Michaud - Inscrit 3 juin 2013 08 h 58

    Fin de la souveraineté

    "Le Parti québécois : Le troisième cycle au pouvoir du PQ a des allures de fin de règne. Loin de ressouder la coalition souverainiste, la gouvernance semble accélérer sa fragmentation. La grogne généralisée au Québec envers un gouvernement fédéral impopulaire ne lui profite pas et, en prime, l’option ne lève pas."

    Ah oui, et vous allez me dire que les autres partis à québec lèvent! À force d'annoncer la mort de la souveraineté, on vient à s'en lasser... À en croire Madame Hébert, on va tous aller voter pour Philippe Couillard ou la nouvelle ADQ.

    • Lucie Béland - Inscrite 3 juin 2013 19 h 45

      Si on vote tous pour Philippe Couillard c'est que les Québécois ont la mémoire très courte.
      Madame Hébert ne détient pas la vérité. Faut nuancer.

  • - Inscrit 3 juin 2013 10 h 12

    Les sondages !

    En même temps qu'elle ne croit pas les sondages, Mme Hébert soutient que les Libéraux sont en avant tant à Ottawa qu'à Québec. Qu'elle se branche. Les sondages sont bons où pas bons ? Il faut croire qu'ils sont valide quand ça fait l'affaire.

    • Solange Bolduc - Inscrite 3 juin 2013 11 h 28

      Mme Hébert croit que tout ce qu'elle dit est vrai! Grand bien lui en fasse, mais moi ça ne me convainc pas toujours ou souvent !

      C'est beau "une marque de commerce", mais encore faut-il avoir les moyens de sa crédibilité !

    • Martin Maynard - Inscrit 3 juin 2013 20 h 36

      Il faut bien avouer que les sondages par internet n'ont plus rien de scientifique ... mais ils ne coutent pas cher. A prendre avec un grain de sel.

  • Nicolas Blackburn - Inscrit 3 juin 2013 10 h 43

    L'oeil au beurre noir

    « Les sondeurs : Au Québec en septembre, en Alberta le printemps précédent et surtout en Colombie-Britannique le mois dernier, l’industrie du sondage s’est mis plus ou moins le doigt dans l’oeil. Elle partage cet oeil au beurre noir avec les médias qui surconsomment ce fast-food politique. »

    Je ne suis pas sûr de comprendre de quoi il est question. Les sondages s'étaient plantés? En tout cas, l'oeil au beurre noir n'a pas dû durer longtemps car j'en ai aucun souvenir.