Perspectives - L’Andorran

Jacques Villeneuve quitte le Québec pour la Principauté d’Andorre. Et ce n’est pas pour des motifs fiscaux, insiste l’ex-champion de F1. Dire que le Canada arrive dans le peloton de tête des pays riches où il fait bien vivre.


Le Québec a perdu un illustre citoyen. Jacques Villeneuve a déclaré au Journal de Montréal qu’il adoptait désormais la Principauté d’Andorre comme lieu de résidence. Celui qui sera analyste lors du prochain Grand Prix de F1, à Montréal, occupera une chambre d’hôtel, au lieu d’habiter son chez-soi, auparavant à Westmount, dit-il. Et ce déménagement n’est pas motivé par une volonté d’évitement fiscal. Il appert que le Québec a hérité des travers de la France, avec ses manifestations à répétition, son système d’éducation nivelant par le bas et sa population grandissante de bénéficiaires d’aide sociale.


Le pilote a raison. Andorre apparaît comme un endroit plutôt paradisiaque, et pas uniquement du point de vue fiscal, offrant une qualité de vie parmi les plus élevées au monde, une mendicité pratiquement inexistante et de bonnes installations pour les sports de glisse. Et pourquoi ne pas joindre l’utile à l’agréable ? Il n’y a là-bas qu’une petite taxe de vente, pas d’impôt sur le revenu des particuliers et un faible taux d’imposition sur le bénéfice des entreprises. Son père avait visé plus large en préférant Monaco, véritable paradis pour la propriété immobilière de luxe, qui s’est longtemps enorgueillie de n’exiger aucun impôt sur le revenu et sur les grandes fortunes. Il n’y a également pas de taxe foncière, pas de taxe sur l’habitation ni d’impôt sur la plus-value immobilière. Et après tout, Jacques Villeneuve a fait sa contribution à la société en payant des impôts au Québec pendant cinq ans.


Où il fait bon vivre


Quelques jours après l’annonce publique de son choix, au demeurant légitime, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) lui apprenait que le Canada a regagné trois places pour atteindre le troisième rang des pays riches où il fait bon vivre. L’« indicateur du vivre mieux » comprend 24 mesures touchant 11 domaines spécifiques allant du PIB au sentiment général face à la vie, en passant par la santé, l’éducation et la conciliation travail-famille. Dans le classement 2012, le Canada n’est devancé que par l’Australie et la Suède, et il arrive devant la Norvège, la Suisse et les États-Unis. Si le Québec faisait partie du classement, il occuperait également le peloton de tête, reconnu qu’il est pour ses politiques redistributives et son environnement fiscal plus accommodant pour les couples avec enfants.


En 2011, le Canada affichait l’un des indices de développement humain les plus élevés selon le classement des Nations unies, soit au-dessus de la barre des 90 points. Il retenait alors le sixième rang. À titre de comparaison, Andorre occupait le 32e rang, avec un indice au-dessus de 83. Le tableau accolait également une excellente note au Canada dans sa lutte contre les inégalités de revenu, si l’on se fie au coefficient de Gini, qui s’établissait à 32,6 en 2011, 0 indiquant une égalité parfaite et 100 le niveau le plus inégalitaire. Évidemment, le calcul d’un tel coefficient pour Andorre serait plutôt vide de sens. Comme c’est le cas pour l’indice de pauvreté.


Mais Jacques Villeneuve a raison de quitter le Québec. Car il y a détérioration, avec menace de tensions sociales et d’appauvrissement sous-jacent allant en augmentant. Depuis le milieu des années 1990, les inégalités de revenu progressent plus vite au Canada qu’aux États-Unis. Ainsi, la classe moyenne canadienne ne cesse de perdre du terrain en se rapprochant du groupe des plus pauvres, un phénomène qui s’est accéléré depuis la crise de 2008. En d’autres mots, les riches avaient augmenté leur part du revenu national total, au détriment des plus pauvres et de la classe moyenne. Tout au plus peut-on retenir que derrière un écart en hausse, le revenu moyen dans le groupe des Canadiens les plus pauvres (après impôts et transferts, et ajusté selon l’inflation) a, tout de même, augmenté.


FMI, OCDE, ONU… Tous mettent en garde contre une aggravation des inégalités de revenu. Le Fonds monétaire international a récemment mis sur la sellette le Canada, la Grande-Bretagne et les États-Unis, notamment, faisant valoir que l’impact de leurs politiques budgétaires sur les inégalités s’est fortement réduit depuis 2000. L’OCDE ajoutait que les inégalités de revenus bruts dans les pays membres se sont davantage accrues entre 2008 et la fin de 2010 qu’au cours des 12 années précédentes.


Vivement les paradis, fussent-ils fiscaux !

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10 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 30 mai 2013 07 h 43

    Ce n'est pas une grosse perte.

    Si c'est vraiment ce que pense de nous Jacques Villeneuve, ce n'est pas une grosse perte parce qu'il n'en vaut pas la peine.

    Ce que je redoute par contre c' est qu'il y en ait d'autres qui suivent son exemple.

    Ce n'est pas avec des gens qui ne carburent qu' au "me, myself and I " qu' on peut faire une pays fort et respectable.

    Jacques Villeneuve n'est aucunement un exemple à suivre. C,est loin d'être un modèle à suivre. C'est au contraire un modèle à ne pas suivre.

    C'est même une honte nationale.

  • François Dugal - Inscrit 30 mai 2013 07 h 46

    Proverbe chinois

    «If you don't love it, leave it» (si tu n'aimes pas l'endroit où tu vis, quitte-le).
    - Lao-Tseu
    Ps: le fait que RDS l'ait invité à commenter le grand-prix n'est vraiment pas une bonne idée.

  • Sylvain Auclair - Abonné 30 mai 2013 08 h 44

    En catalan?

    M. Villeneuve tiendra-t-il désormais ses points de presse en catalan, langue officielle de la coprincipauté* d'Andorre?

    *Andorre est une coprincipautés, avec deux coprinces: le président de la France (successeur du roi de France) et l'évêque d'Urgel.

    • Raymond Carles - Inscrit 30 mai 2013 11 h 33

      Wow ! on dirait vraiment un conte moyenâgeux ! Ont-ils aussi des chevaliers, des fées et des châteaux ? Et une bonne populace, qui s'agenouille et sert comme il se doit ? Et des mendiants, effacés et peureux, vêtus de jolies guenilles colorées?

  • Dydier Defaye - Inscrit 30 mai 2013 11 h 28

    Le Québec a de la chance d'en être débarasser

    Outre le Québec il critique la France mais il est bien comptant d'accepter le travail que lui offre une chaine de télé française (canal +).
    Le Québec a de la chance d'être débarasser de lui.
    j'aimerais bien moi y vivre au Québec le plus beau pays du monde.

    • Simon Chamberland - Inscrit 30 mai 2013 20 h 04

      C'est vrai que nous sommes chanceux de ne plus avoir à endurer ses dizaines de milliers de dollars en taxes et impôts...

  • Gilbert Talbot - Abonné 30 mai 2013 12 h 01

    Dans les roues de Depardieu

    Il a raté une courbe, s'est catapulté dans le décor, puis s'est mis à chanter. Peut-être va-t-il aussi devenir acteur ou vendeur d'automobiles de course, qui sait ? Il a plein de talents ce jeune homme. Il fera sûrement son chemin jusqu'en Russie et deviendra lui aussi l'ami de Poutine.