Médias - De la célébrité

Mai, maudit mois de la célébrité. Le Festival de Cannes vient de distribuer ses prix. Ce soir, Canal Vie dévoile de nouveaux épisodes de Simplement vedette qui joue franc jeu jusque dans son appellation contrôlée.

La télé divan recommence avec les têtes d’affiche Marie-Claude Savard et Patrice Coquereau en confidences sur leurs vécus dépressifs. Le 10 juin, le confessionnal cathodique portera sur l’orientation homosexuelle de Monique Giroux, Jasmin Roy, Alex Perron et Kevins-Kyle.


Kevins qui ? Le coiffeur Kevins-Kyle est un peu connu depuis sa participation à Loft Story 6, en 2009. Est-ce simplement une vedette pour autant ? Oui et non.


Sa participation à l’émission rappelle que le seul fait d’avoir été à la télé transforme en vedette. Dans son cas, en suivant une classification proposée par la sociologue française Nathalie Heinich, on pourrait plutôt parler d’un people (ou pipole) en voie de vedettarisation.


Dans une entrevue accordée au Figaro en marge du Festival de Cannes, la professeure Heinich, spécialiste des rapports entre les artistes et la société, propose en effet d’établir une différence entre les types de célébrités. Il y aurait donc la star, la vedette ou la personnalité.


La star est une étoile inaccessible et son firmament brille longtemps après sa disparition. La star se montre à Cannes. Ici, il n’y a probablement que Céline Dion pour prétendre à ce statut au-delà du vedettariat.


La vedette, c’est la star ordinaire, quotidienne, désenchantée. Elle possède un talent particulier qui lui permet de rayonner. Elle chante, elle anime, elle juge, elle écrit, elle est belle ou riche, peu importe : elle est connue.


La personnalité (en France, on dit aussi « pipole ») devient célèbre par le seul fait d’être exposée médiatiquement. Cette sous-vedette ne jouit pas nécessairement d’un talent particulier. À la limite, on la regarde parce qu’elle se montre.

 

L’intimité surexposée


La surexposition médiatisée de l’intimité rapproche ces trois types de célébrité, la haute, la moyenne et la basse.


Autrefois, une fois grimpées sur l’Olympe, les stars du cinéma y restaient. Elles étaient inaccessibles et sublimées. Elles le demeurent tout en jouant elles aussi parfois la carte de la normalité. Angelina Jolie a récemment provoqué une éclipse médiatique en révélant elle-même avoir subi une double mastectomie préventive. Céline Dion reçoit fréquemment la vedette Julie Snyder chez elle pour causer conciliation travail-famille.


De même, les vedettes s’exposent à nu et de plus en plus intimement, y compris volontairement sur les médias sociaux. Le Québec francophone encore tricoté très serré, amplifie ce phénomène à l’extrême et la télévision joue cette option au maximum.


Les vedettes « diète », les personnalités quoi, ne demandent pas mieux. D’ailleurs, leurs gallons de célébrité ont souvent été acquis en dévoilant leur petit nombril dans des émissions formatées pour l’exploiter.


La téléréalité carbure à l’intime de pacotilles. La voix a poussé la tendance à l’extrême cet hiver en racontant dans le menu détail des souffrances de l’enfance de chacun des candidats. Le film italien Reality, Grand Prix du Jury de Cannes 2012 qui arrive maintenant ici en salles, traite du phénomène.


La star, la vedette ou l’étoile filante parlent donc d’elles. Mais les célébrités monopolisent aussi les places médiatiques pour parler de tous les sujets. On peut le dire autrement : les producteurs et les diffuseurs monomaniaques ne pensent qu’à elles. Par paresse certainement. Par bêtise aussi.

 

Partout


Les « veudettes » sont vraiment partout où elles font tout. Elles faisandent en direct dans les talk-shows. Elles se livrent, s’exposent, se célèbrent et en rajoutent dans les télés nostalgies comme Les enfants de la télé ou Fidèles au poste. Une production complète (La petite séduction) demande à des villages en entier de leur organiser de grosses fêtes. Une autre leur rend des hommages préposthumes (Prière de ne pas envoyer de fleurs).


TV5 vient d’annoncer que l’automne prochain sa grille proposera le jeu questionnaire On passe à l’histoire qui « mettra des vedettes québécoises au défi de répondre à des questions concernant une personnalité ». Dans la classification proposée, cette personnalité semble plutôt une vedette ou une star, mais bon, on comprend qu’en gros, ce nouveau quiz va questionner des célébrités plus ou moins connues sur leur connaissance d’une autre célébrité vraiment célèbre. Chantal Lamarre sera aux cartons comme elle dirigeait cette saison le plateau de l’émission À table ! où les membres de l’Union des artistes répondaient à des colles sur la cuisine.


Au secours ! Maudit, maudit mai, mois de la célébrité…

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3 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 27 mai 2013 07 h 38

    Si libre de n'être personne!

    Quelle vie de misère que d'être obligé pour gagner sa vie de parler, même quand on n'en a pas envie, d'un sujet aussi glauque que la mousse de nombril des vedettes de la télé en plein mois de mai, ce joli mois qu'on en vient même alors à maudire.

    Je vous plains. Le mois de mai, c'est tellement plus joli pour les nobodies!

    On laisse la télé et radio débranchés, on sort du cabanon sa fourche pour aller bêcher le potager, on écoute les oiseaux chanter, on fait des projets pour l'été...

    On regarde à la dérobée cette grosse bulle schizophrène de l'aculture pleine à craquer flotter au-dessus du centre-ville et on lève son verre de vin blanc à sa santé...ou à sa futilité.

  • Gil France Leduc - Inscrite 27 mai 2013 13 h 24

    Préjugés

    Si au moins ces «confessions cathodiques» peuvent contribuer à démystifier les maladies mentales dans la population de téléphages, ce sera déjà ça de gagné. Mais bon, j'en doute. Je suppose que le voyeurisme l'emporte.

  • Julie Trépanier - Inscrite 28 mai 2013 13 h 44

    Pas toujours des pacotilles

    Au-delà de ces amusantes catégories de la star, de la vedette et de la personnalité, il y a l’humain, l’homme au son sens propre. Bien que rapidement regarder on puisse y voir une tentative d’exposition dans le but de récolter un capital de sympathie, il est impossible, sans un cynisme absolu, de rester de glace face à l’épisode sur la dépression de Simplement vedette (émission au titre horrible, je le concède).

    Vedette ou pas, les témoignages livrés hier étaient au-delà de l’anecdotique, au-delà de "l’intime de pacotilles". On était loin du citron pressé de l’enfant vedette agressée par son producteur. On y parlait de maladies mentales, d’escalade vers la détresse et de lumière au bout du tunnel. Le tout non enrobé d’un vernis de divertissement, mais plutôt dans le but d’informer et d’illustrer concrètement (et oui peut-être par la vedette) les multiples visages de la dépression.