Projet-pilote

On ne peut certainement pas reprocher aux promoteurs de la « convergence nationale » de manquer de ténacité. Les partis souverainistes ont beau répéter à l’unisson qu’ils ne veulent rien savoir d’une quelconque forme d’alliance, rien ne semble pouvoir les décourager.


L’idée de tenir des « primaires » pour choisir un candidat unique est dans l’air depuis un bon moment. L’ancien député péquiste de Borduas, Pierre Curzi, en avait fait la suggestion il y a près d’un an afin d’éviter que la division des votes souverainistes ne favorise la réélection des libéraux de Jean Charest. Elle avait aussitôt été rejetée.


On peut très bien comprendre que le PQ refuse de céder plus de terrain à Québec solidaire dans son berceau de l’Est montréalais, où il a déjà perdu la circonscription quasi mythique de Mercier, que Gérald Godin avait arrachée à Robert Bourassa lors de la victoire historique de 1976, puis celle de Gouin, qui était considérée comme une forteresse inexpugnable. Inversement, QS a présentement le vent dans les voiles et n’a aucune raison de faire des concessions.


Au congrès de la Convergence nationale, qui se tiendra en fin de semaine prochaine, l’exécutif du Nouveau Mouvement pour le Québec (NMQ) proposera donc de tenter l’expérience d’une primaire dans la circonscription de Laurier-Dorion, qui a toujours élu un candidat libéral, sauf à l’élection partielle du 20 septembre 2004, quand la péquiste Elsie Lefebvre avait causé une véritable commotion au PLQ en l’emportant par une marge de 483 voix.


Cette victoire-surprise était cependant largement due à l’abstention massive de la communauté grecque, furieuse de voir Christos laissé pour compte lors de la formation du premier cabinet Charest. C’était également avant la création de Québec solidaire. Le nouveau président de QS, Andrés Fontecilla, qui était déjà candidat sous la bannière de l’Union des forces progressistes (UFP), n’avait obtenu que 4,7 % des suffrages exprimés.

 

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Depuis ce temps, le libéral Gerry Sklavounos a clairement profité de la division du vote souverainiste. À l’élection du 4 septembre dernier, il a été élu avec 34 % des voix, devant le péquiste Badiona Bazin (26,4 %) et M. Fontecilla (24,3 %). Le candidat d’Option nationale, Miguel Tremblay avait obtenu 2,3 %. À eux trois, les candidats souverainistes détenaient donc la majorité absolue. Les mêmes causes ayant généralement les mêmes effets, la probabilité d’une répétition du scénario du 4 septembre est cependant très élevée.


Bien entendu, toutes les voix souverainistes ne se reporteraient pas sur un candidat unique. Il existe de sérieuses divergences idéologiques que certains seront incapables de surmonter. Il y aura inévitablement des électeurs qui refuseront de se rallier, choisiront de s’abstenir ou voteront même pour la CAQ.


Étant donné l’écart de 19 % entre le total des voix souverainistes et celles que M. Sklavounos a recueillies le 4 septembre, les chances de victoire du candidat de la convergence seraient néanmoins bien réelles. Quoi de mieux qu’un projet-pilote pour le vérifier ? On saurait au moins à quoi s’en tenir.

 

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Si les participants au congrès de la fin de semaine prochaine retiennent l’idée de la primaire, un courriel sera envoyé aux 14 000 sympathisants que dit compter le NMQ, les conviant à une vaste opération de porte-à-porte dans Laurier-Dorion afin d’identifier les souverainistes qui seraient habilités à élire le candidat de la convergence.


Il est clair que sa victoire pourrait modifier considérablement la stratégie du camp souverainiste et l’ensemble de la dynamique politique au Québec, mais il y a encore très loin de la coupe aux lèvres.


Dans l’esprit du NMQ, l’organisation d’une primaire qui permettrait aux souverainistes de choisir leur candidat serait « autonome et indépendante de la volonté des partis politiques », mais on voit mal comment cela serait possible contre leur volonté. Il faudrait à tout le moins que les partis permettent à leurs candidats d’y participer et s’engagent à en respecter le résultat. Laisser à de simples citoyens un tel pouvoir d’arbitrage est totalement étranger à leur culture.


La formule de la primaire n’éliminera pas le problème que constitue l’impossibilité de s’entendre sur une plateforme commune. Au lendemain de l’élection, le candidat retrouvera son étiquette d’origine. Par exemple, dans l’hypothèse où le nouveau député de Laurier-Dorion serait Andrés Fontecilla, élu grâce à l’appui des électeurs péquistes, comment se comporterait-il devant un gouvernement issu du PQ, que les militants du parti qu’il préside trouvent à peine plus estimable que le PLQ ?


Malgré le désir d’unité que ne manqueront pas d’exprimer les souverainistes qui se réuniront la semaine prochaine, l’adage selon lequel les intérêts de la patrie doivent primer sur ceux des partis a démontré ses limites depuis longtemps.

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15 commentaires
  • Luc Archambault - Abonné 18 mai 2013 02 h 40

    Désir d'union, non pas d'unité...

    Sans Programme commun d'État démocratique les primaires sont vouées à l'échec. Les primaires sont appliquées à des présidentielles, non pas à des législatives. Appliquées au Québec tout entier, les primaires priveraient les partis de faire campagnes dans les comtés qu'ils auraient perdues dans les primaires... absurde...

    Pour contrer la distorsion du vote souverainistes, il faut d'abord un programme commun d'État démocratique ; ensuite, il faut mettre en place un dispositif de « proportionnelle à deux tours pragmatiques.

    Le premier tours pragmatique... à trois jours du vote le Comité électoral composé d'experts en sondages non-partisans analyses les sondages et pointages et déterminent que dans tels comtés chaudement disputés tel parti de la Coalition souverainiste est en avance mais risque d'être battue par un parti de la minorité canadianisatrice. Des mots d'ordres de raliements sont lancés. La distorsion du vote uninominal à un tour est contrée lors du deuxième tours pragmatique : le jour du vote.

    La députation multipartie souverainiste forme un gouvernement majoritaire de libération nationale qui, sitôt élue, appelle le peuple souverain du Québec à proclamer par référendum à double question : invalide sur son territoire national du Québec tout État qui, tel l'État illégitime du Canada, n'a pas obtenu le clair OUI référendaire des Québécois,es ; et à proclamer seule valide la constitution primordiale de la République démocratique du peuple souverain du Québec adoptée par la députation du Québec et prenant effet après la victoire du OUI.

    Le limites peuvent être dépassées quand il est question de renverser la dictature canadianisatrice par la démocratie. Du moins, quand nos élites soi-disant libératrices le sont vraiment... à défaut, elles ne le sont juste pas...

    Quant aux primaires, c'est une fausse bonne-idée. Une diversion accessoire de l'essentiel... prévoir mettre Le Peuple au pouvoir, au sommet de l'État, quel qu'il soit.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 18 mai 2013 05 h 31

    La division du vote souverainiste ?

    Il n’y a que deux partis souverainistes au Québec : le PQ et ON. Persister et dire que QS est un parti souverainiste est faux et archi-faux. Et persister à dire et croire que le vote « solidaire » irait dans une large mesure au PQ ou à l’ON est une tromperie ou une illusion sans borne. Le cas échéant (par une primaire mettons), les électeurs de QS préféreraient majoritairement et de loin s’abstenir ou annuler leur vote plutôt que de voter pour un parti souverainiste ou même. à la limite, donner leur appui au parti libéral (pour les solidaires provenant des communautés culturelles). Pour la CAQ, si vous permettez, on repassera.

    Mais bien sûr, QS va continuer de jouer le jeu et faire croire qu’il est un parti souverainiste. Mais personne n’est dupe de ce stratagème qui consiste simplement à drainer le vote progressiste des souverainistes mous.

    • Sylvain Auclair - Abonné 18 mai 2013 09 h 30

      Malheureusement, beaucoup de gens sont dupes de ce stratagème.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 18 mai 2013 09 h 45

      D'accord avec vous. Si QS a le vent dans les voiles, comme semble le penser Michel David, ce n’est sûrement pas pour son projet de souveraineté du Québec.

      À la question : «Si un referendum sur la souveraineté avait lieu aujourd’hui (9 février 2013) voteriez pour ou contre la souveraineté?

      Réponse: PQ 81%, PLQ 3%, CAQ 21%, QS 58%, ON 87%.

      C’est donc dire que 42% de solidaires ne sont pas pour la souveraineté du Québec. Pire, en se joignant à une coalition souverainiste, QS perdrait près de la moitié de ses membres.

      Il ne faut pas chercher plus loin, QS ne se joindra jamais à une alliance des partis souverainistes unis. QS, c’est d’abord et avant tout un parti d’extrême gauche qui a pour principal objectif la libération des «opprimés» quitte à déstabiliser pour ce faire les voies démocratiques.

    • Jean Lapointe - Abonné 18 mai 2013 10 h 08

      Oui il semble bien que beaucoup de gens soient dupes d'un tel stratagème de la part de Québec solidaire.

      On dirait que pour Québec solidaire la solidarité ne soit souhaitable qu'à leurs conditions.

      Il me semble qu'on ne puisse pas dire qu'ils soient pour le moment très solidaires du peuple québécois. Ils cherchent putôt à nous diviser je trouve.

    • Denis Marseille - Inscrit 18 mai 2013 10 h 09

      Je suis d'accord avec vous lorsque vous dites que QS n'est pas un parti souverainiste. D'ailleurs, je crois que ce parti devrait clarifier la situation.

      Présentement au Québec je vois deux axes principaux. Le premier étant l'axe gauche-droite représenté par QS-CAQ respectivement et l'axe souverainiste-fédéraliste représenté par PQ-PLQ.

      ON, selon moi, ne fait pas parti du paysage politique et doit être considérée comme l'aile pur et dure du PQ. Lorsque madame Marois quittera, ils reviendront au bercail.

      Je crois sérieusement parcontre que les prochaines élections au Québec se feront sur l'axe gauche-droite et le PLQ essaiera de se donner l'image d'un parti de centre rassembleur. Le PQ essaiera de ramener le débat sur la souveraineté (indépendance) met je sens que le tapis est entrain de leur glisser sous les pieds. Et si, ils retombe dans l'opposition ce sera la fin des haricots pour madame Marois.

      On verra bien.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 18 mai 2013 10 h 32

      "Réponse: PQ 81%, PLQ 3%, CAQ 21%, QS 58%, ON 87%."

      D'abord, il faut faire une distinction entre un reférendum sur la souveraineté, et choisir un député pour sa circonscription.

      Si dans une circonscription donnée, il y a un candidat du PQ, mais aucun de QS, ni d'ON, ne peut-on pas alors penser qu'une large partie des 58% de QS choisront le "moins pire"?

      Pour ce qui est de l'autre 42%, plusieurs pourraient faire de même, sachant que le PQ ne représente plus une véritable menace pour leur conviction fédéraliste.

      La proposition de M. David pour un projet pilote fait donc du sens. Il nous permettra de mieux comprendre le choix des électeurs, et ne comporte essentiellement aucun risque pour personne (parce qu'aucun ne peut prétendre pouvoir gagner la circonsctiption en demeurant seul).

    • Solange Bolduc - Inscrite 18 mai 2013 10 h 33

      Avoir le vent dans les voiles avec M. Fontecilla, cela risque plutôt de voler très très bas !

      Ce projet-pilote ne fera qu'amariner une plus grande divison !

    • Carl Lustig - Inscrit 18 mai 2013 11 h 57

      Et dire que Mme David a eu le culot de reprocher a Mme Marois son manque de tonus dans la promotion de la souveraineté lors du premier débat des chefs. C'eut pu etre l'occasion d'une belle réplique sur les fanfaronneries de Mme David...

  • Normand Carrier - Inscrit 18 mai 2013 06 h 26

    Cela mérite d'être essayé .....

    Mais tant que QS fera passer le dogmatisme de gauche devant la souveraineté , il sera difficille de former une alliance .... Sur l'ensemble des programmes , ON est beaucoup plus près du PQ et la souveraineté en est l'objectif principal et nul doute que le rapprochement avec ce parti sera plus facile ...

    Ce projet pilote ne peut fonctionner que dans le centre et l'est de Montréal ou QS représente une force minimale . Dans toutes les régions , le PQ est solidement implanté et obtient déja une majorité si ce n'est dans certains comtés une pluralité de votes selon tous les sondages .... Les stratèges péquistes doivent tenir compte qu'entre les élections certains vont parker leurs votes dans les tiers partis pour se rallier au meneur lors du vote général ce qui arrivent a chaque élection ......

    Les vrais souverainistes , indépendantistes ou séparatistes ont la certitude que pour faire l'indépendance et se donner un pays , cela prendra un parti élu indépendantiste avec une majorité de députés sinon les indépendantistes sont voués a l'impuissance comme c'est le cas avec un gouvernement minoritaire ......Pour ce faire cela prend un parti implanté dans toutes les régions et seul maintanant le PQ répond totalement a cette objectif .....

  • Lise St-Laurent - Inscrite 18 mai 2013 09 h 34

    Projet-pilote?

    Je ne peux croire que nous en sommes rendus là à élaborer et mettre en place une telle démarche afin de rallier le plus de souverainistes possibles pour atteindre l'objectif ultime. Comme vous le soulignez si bien, comment peut-on penser attirer des candidats en provenance d'autres partis pour constituer cette nouvelle entité. Qu'est-ce qui fait que tous ces partis ayant le même objectif à une virgule près soient si différents dans leur structure? Pour moi, c'est une vraie tour de Babel et de gaspillage.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 18 mai 2013 10 h 40

    Un autre facteur militant pour une telle stratégie

    Avec les nouvelles règles sur le financement électoral, on peut s'attendre à ce que l'argent se fasse plus rare. Donc, ne plus avoir à investir des sommes dans des circonscription pratiquement perdues d'avance, laissera plus de ressources pour celles où on a des chances.