Les gros comiques seront démasqués

Chaque fois qu’un monument s’effondre à la commission Charbonneau, devant les caméras, je le confesse bien volontiers, il m’arrive d’applaudir. Je suis sans doute le meilleur public pour les questions de la présidente, dont le sourire narquois en dit long sur ce qu’elle pense de ceux qui sont devant elle, pour celles du commissaire qui a si souvent vu la magouille tenter de se justifier sous ses yeux qu’il connaît les réponses avant que les questions ne soient posées et celles des avocats et des avocates, bien tournées, souvent directes et subtiles à la fois, semant les pelures de bananes sous les souliers cirés des témoins. Jouissif.

Pour quelqu’un comme moi, qui, depuis des années de chroniques, n’a jamais cessé de demander où allait donc l’argent de nos taxes supposément destiné à l’entretien des routes et des viaducs ? Je me souviens même d’avoir écrit un jour sur Ali Baba et les 40 voleurs… J’ai nettement l’impression de faire enfin leur connaissance, jour après jour, sur mon écran de télévision. Il était temps. L’exposition de la collusion et de la corruption ne réglera pas tout, mais nous aurons certainement compris pourquoi certains avaient intérêt à ce que rien ne change. Ce n’est vraiment pas si difficile à comprendre. Et ça ne fait que commencer. Ce qu’il reste à entendre ne sera pas édifiant, mais il est essentiel. Ça sent le pourri, c’est vrai, mais nous ne sommes pas encore au fond du baril, c’est évident.


Pourquoi est-ce arrivé ? Bonne question. Peut-être aurons-nous une réponse de plus en plus claire au fur et à mesure des travaux de la commission.


Pourquoi n’avons-nous vu pratiquement que des hommes défiler devant la commission ? Est-ce parce que les femmes ne sont pas les bienvenues dans ces cercles fermés de la « réussite financière très particulière qu’on y pratique » ? Est-ce parce que les femmes sont plus incorruptibles que les hommes ? Est-ce parce qu’elles sont plus peureuses par rapport aux conséquences que ces actes entraînent ? Est-ce parce que même les épouses de ces messieurs ont préféré fermer les yeux ?


Ce qu’il faut bien admettre que de nombreux citoyens avaient aussi choisi de faire. Fermer les yeux, ça dérange moins que de jouer le rôle de chien de garde de la démocratie. Ne jamais élever la voix pour exiger des explications, c’est aussi devenir un peu complice en choisissant le silence et l’indifférence. La fameuse phrase « je ne m’occupe pas de politique » a été entendue si souvent au cours des dernières années à tous les paliers de gouvernance que les citoyens devront bien admettre qu’ils ont renoncé au rôle qui leur est dévolu après des élections, c’est-à-dire celui de veiller au grain plutôt que d’accepter que les loups règnent dans la bergerie.


Nous serons tous meurtris au sortir de l’exercice de justice qui est en cours. Meurtris et sans doute furieux des découvertes que nous aurons faites. Depuis que la commission siège, nous avons été convoqués à la révélation de la vérité, exposés aux petitesses humaines, dégoûtés par l’arrogance de ces témoins qui cherchent à se disculper en jouant les victimes et qui n’hésitent pas à afficher une certaine satisfaction de ce qu’ils considèrent sans doute comme leur réussite personnelle. Quelle mentalité.


Des élections auront lieu au municipal dans quelques mois. Ce sera un moment important dans notre vie démocratique. Ou bien on tourne le dos à la politique des grandes et des petites villes qui nous touche de si près, et Ali Baba sera remplacé par un autre Ali, soutenu financièrement par les nouveaux 40 voleurs ; ou bien nous faisons des choix plus avisés, mieux informés, en votant en grand nombre après avoir écouté les candidats ou les candidates avec attention et en ayant pris le temps de les juger sur ce qu’ils ont fait déjà, ce qu’ils ont dit et ce qu’ils proposent pour l’avenir. Si nous ne votons pas, nous aurons livré la bergerie aux loups.


Le droit de vote est un droit sacré. Autrement, il faut renoncer à quelque forme de démocratie que ce soit. Le vote est le moyen dont dispose le citoyen pour appuyer ou démettre un candidat. Le rôle du citoyen commence avec l’exercice du droit de vote. J’ai bien dit qu’il commence là. Ce n’est que le début. Voter pour quelqu’un qu’on n’a pas fait l’effort de connaître mieux, ou quelqu’un « qui paraît bien », ou quelqu’un qui a une grande gueule, ça s’appelle gaspiller son vote. Il faut avoir fait ses choix politiques personnels d’abord et choisir le candidat qui est digne de les porter en notre nom. Ce serait un bon début.


Les élections municipales auront lieu en novembre prochain au Québec. Les candidats poussent déjà comme des poireaux. Il faudra tendre l’oreille et les écouter nous dire pourquoi, subitement, ils nous aiment tant… et se méfier des gros comiques.

13 commentaires
  • Gilles Thériault - Abonné 17 mai 2013 07 h 38

    GASPILLAGE DE VOTE

    «(...) Ali Baba et les 40 voleurs… J’ai nettement l’impression de faire enfin leur connaissance, jour après jour, sur mon écran de télévision. Il était temps.(...)» Je crains que l'histoire ne se répète. Hélas, nous aurons d'autres Ali. Le gaspillage de vote comme vous dîtes et le décrivez, c'est plutôt courant. J'espère tout de même que nous aurons moins d'Ali la prochaine fois, si les médias parviennent à convaintre les électeurs d'y penser deux fois avant de déposer leur bulletin de vote. Parmi ceux qui votent combien le font? Je n'ose avancer un pourcentage.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 17 mai 2013 08 h 27

    Vous pouvez toujours rêver

    "Il faut avoir fait ses choix politiques personnels d’abord et choisir le candidat qui est digne de les porter en notre nom."

    Il y a peut-être un gros maximum de 20% de la population susceptible d'avoir un tel comportement. Ils ne représentent donc pas un facteur décisif lors d'une élection.

    Aujourd'hui, une élection se gagne avec l'agence de publicité qui a développé la meilleure stratégie de marketing. La première chose que font ces agences est d'identifier la clientèle cible. Au Québec, ce sont les 80% de la population qui se disent dégoûtés de la politique, et qui persistent à aller voter.

    Pour attirer l'attention de cette clientèle, les outils privilégiés sont les twits et les video clips de moins de deux minutes. Un gros comique nous en a d'ailleurs fait une belle démonstration hier.

    Montréal a déjà deux candidats à la mairie qui ont plusieurs années d'expérience dans l'administration municipale derrière la cravate. Le nouveau venu qui n'a aucune expérience en administration municipale (pour ne pas dire en administration, tout court) caracole dans les sondages devant les candidats d'expérience.

    Le candidat idéal est celui qui n'a jamais rien accompli. Quand on ne fait rien, on est assuré de ne pas faire d'erreurs. Tandis que celui qui a une feuille de route bien remplie, on peut toujours y trouver des bobos à gratter.

  • France Marcotte - Abonnée 17 mai 2013 09 h 19

    Des élections municipales cet automne

    «Le rôle du citoyen commence avec l’exercice du droit de vote. J’ai bien dit qu’il commence là. Ce n’est que le début. Voter pour quelqu’un qu’on n’a pas fait l’effort de connaître mieux, ou quelqu’un « qui paraît bien », ou quelqu’un qui a une grande gueule, ça s’appelle gaspiller son vote.»

    Bien d'accord mais comment les candidats au municipal se font-ils connaître? On apprend aujourd'hui que les hebdos locaux coupent dans leurs effectifs journalistiques, que le journalisme local se meurt, lui qui n'a jamais été bien fort.

    Il n'est pas rare que, dans les villages, des candidats sans opposition soient élus par acclamation et ils ne s'en plaignent pas (j'en connais un qui me dit à la blague: qui osera se présenter contre un gars parfait comme moi?). Leur discrétion tient lieu de tactique électorale, ils ne font pas de porte à porte, on n'a nulle part où les rencontrer.

    Il faudra certainement être plus «pro-actifs», exiger, mais on n'en est pas du tout là.

  • Denis Paquette - Abonné 17 mai 2013 09 h 33

    Personne ne veut en évaluer les conséquences

    Il m’arrive aussi d’applaudir, mais il ne faut pas que ca nous empêche de prendre conscience du drame qui se joue. N’est ce pas cette cupidité qui fait que nous existons. Je crois que ces mœurs font partis de l’humanité depuis toujours. Vous savez cette sorte de choses qui est un peu comme celui de faire des enfants. Je suis convaincu que si chaque génération en prenait conscience le monde changerait. La difficulté c’est que chacun veut en occulter les conséquences. Mon avis est que si chaque citoyen en prenait conscience nous pourrions construire un pays qui en vaudrait la peine. Un homme riche ne fera jamais à lui seul un pays riche et noble

  • Denis Paquette - Abonné 17 mai 2013 09 h 40

    Voire clair au travers ce qui a toujours existé

    Peut être la chose la plus difficile est de voire clair au travers ce qui a toujours existé, la preuve c'est qu'ils se répètent périodiquement