C'est du sport! - Chutes

Au rayon des effondrements historiques dans le merveilleux monde du sport™, on avait déjà plusieurs articles à considérer pour se convaincre si besoin est que ce n’est jamais terminé, en fait, tant que ce n’est pas totalement fini, que la grosse femme n’a pas poussé sa ritournelle, que les carottes ne sont pas cuites, que le glas n’a pas sonné pour l’adversaire et toutes ces choses.


En 2011, les Red Sox de Boston disposaient début septembre d’une avance de neuf matchs pour une place en séries. Tout ce qu’ils avaient à faire pour gâter définitivement la sauce était de perdre 20 de leurs 27 dernières joutes, ce qu’ils entreprirent d’accomplir avec un éloquent brio. Ils poussèrent même le concept d’affaissement jusqu’à sa spectaculaire limite en perdant leur dernière rencontre 4-3 sur deux points des Orioles de Baltimore en fin de 9e manche, alors même que les Rays de Tampa Bay, contre lesquels ils luttaient pour l’accession à l’après-saison, vainquaient les Yankees de New York 8-7 après avoir surmonté un déficit de 7-0 en 8e. Il y avait presque de la poésie là-dedans. Presque, parce que cela dépend évidemment du point de vue.


En matière d’affaissement individuel, difficile de trouver plus retentissant que celui de Jean Van de Velde. À l’Omnium britannique de 1999, le golfeur français possédait une avance de trois coups sur ses plus proches concurrents au moment d’aborder le 18e trou, le 72e et dernier du tournoi. Au fil de toutes sortes de péripéties, dont un séjour pieds nus dans l’eau, il trouva le moyen de réaliser un triple bogey afin qu’une égalité en tête se crée. Il devait perdre en prolongation.


Quand Gene Mauch était à la barre de nos Expos, on entendait souvent dire de lui qu’il était le meilleur gérant de l’histoire des ligues majeures à n’avoir jamais rien gagné. Certes, il ne pouvait faire de miracles avec la jeune équipe d’expansion, mais on rappelait sans cesse l’épisode de 1964. Cette année-là, les Phillies de Philadelphie dirigés par Mauch détenaient une priorité de six matchs et demi en tête de la Ligue nationale avec 12 parties à jouer. Les Phillies avaient aussitôt subi 10 défaites d’affilée pour terminer au deuxième rang et rater la Série mondiale. La dégringolade est passée à l’histoire sous le nom de The Phold, un subtil mélange de Phillies et Fold.


Il faudra maintenant ajouter à la nomenclature des auteurs de dévissages épiques les Maple Leafs de Toronto du 13 mai 2013. Vous l’avez peut-être vu si d’aventure vous n’avez pas rayé le hockey de votre existence dans la foulée de la disparition de Canadien, c’était 4-1 Leafs avec un peu plus de 10 minutes à écouler dans le match décisif de leur série contre les Bruins de Boston. Ces derniers ont fait 4-2, et c’était toujours le score avec 83 malheureuses secondes au cadran. Le Boston avait retiré son gardien pour un improbable assaut final, et ç’a fonctionné. Deux buts en 31 secondes alors que les joueurs des Leafs semblaient ne plus savoir du tout où donner de la tête, ni du bâton, ni de quoi que ce fût d’autre, puis le triomphe en prolongation.


Je partagerai ici avec vous une tranche de vie en soulignant que j’ai plusieurs joueurs des Leafs dans mon pool des séries, et que j’en suis encore à l’étape du déni, tout comme apparemment la ville de Toronto au grand complet. Non, ce n’est pas arrivé, ça ne se peut juste pas.


Le même genre de chose était arrivé à l’Impact, vous en souvient-il ? dans leur affrontement de 2009 avec le Santos Laguna en Ligue des champions CONCACAF. Vers la fin du match retour, le rouleau compresseur s’était mis en marche et personne ne pouvait l’arrêter. Les joueurs couraient partout et nulle part à la fois.


Pareille chute peut laisser des séquelles. En 1986, les Red Sox étaient à une prise près de conquérir la Série mondiale quand les Mets de New York avaient remonté la pente en 9e manche du 6e match, gagné en 10e sur un roulant qui était passé entre les jambes du premier-but Bill Buckner, puis remporté la 7e rencontre. À la fin de sa carrière, Buckner est allé se réfugier en Idaho, et ce n’est qu’il y a cinq ans qu’il a émergé de nouveau, ayant finalement fait la paix avec les médias de Boston, qui l’avaient malmené.


Mardi, l’attaquant des Leafs Joffrey Lupul a twitté : « Ce match de hockey va me hanter jusqu’au jour de ma mort… » Non sans humour, un partisan de l’équipe, lui, a placé une annonce sur Kijiji afin de vendre son téléviseur, dont il précise que seules « des pièces » peuvent être utilisées puisqu’il a fracassé l’écran dans un accès de colère quelques secondes après la fin du match.


Mais bon, on rappellera qu’en 2010, les Bruins avaient perdu une avance de 3-0 dans leur série contre les Flyers de Philadelphie et que l’année suivante, ils soulevaient la Stanley. On peut apprendre beaucoup d’un cauchemar, ç’a l’air.

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