Imposer sa marque

Ottawa — Le gouvernement Harper n’en démord pas. Soir après soir, durant les séries éliminatoires de hockey, il diffuse ses publicités vantant son plan d’action économique. À quel prix ? Il refuse de le dire, mais on devine que ce n’est pas donné.


Ce barrage publicitaire ne s’arrête pas au hockey. À tout moment, en particulier aux heures de grande écoute, le logo du Plan d’action (PAE) surgit sur nos écrans. Impossible de le manquer. Impossible de ne pas en avoir assez.


Le gouvernement, lui, ne voit pas ce qu’il y a de mal à cela. « Tout le monde sait qu’il est important que les Canadiens comprennent bien les mesures qui sont proposées par le Parlement et qui auront des répercussions sur eux. Notre pays, le Canada, est sorti de la récession en affichant l’un des meilleurs bilans du monde industrialisé en matière de création d’emploi. Les Canadiens doivent le savoir […] », a répondu le premier ministre Stephen Harper au chef libéral Justin Trudeau, la semaine dernière.


« La publicité représente pour le gouvernement un moyen essentiel d’informer les Canadiens de questions importantes », a renchéri sans sourciller le président du Conseil du trésor, Tony Clement. Et son collègue des Finances, Jim Flaherty, d’en remettre dimanche en disant que « les Canadiens ont le droit de savoir ce que fait leur gouvernement ».


Ils omettent un gros détail. La plupart des publicités télévisées du PAE n’ont rien à voir avec l’information du public. Elles servent avant tout à vanter les prétendues retombées des politiques du gouvernement et à promouvoir l’image des conservateurs. Les auditeurs qui veulent vraiment apprendre quelque chose sur les programmes fédéraux doivent faire un détour par un site Internet.


***
 

Un sondage réalisé en 2012 pour le compte du gouvernement, et obtenu par La Presse canadienne en vertu de la Loi d’accès à l’information, montrait que la majorité des gens interrogés considéraient que ces publicités étaient de la propagande ou du gaspillage. Seulement 6 des 1000 personnes interrogées disaient avoir consulté le site Internet.


Mais une analyse fine des résultats par le bureau du Conseil privé avait permis de constater que de 42 à 47 % des gens avaient gardé une image positive du gouvernement. On comprend mieux pourquoi il persiste à les diffuser. Et à promouvoir son image à nos frais, compressions budgétaires ou pas.


Car cela coûte cher. De 2009 à 2012, le gouvernement fédéral a ainsi dépensé au moins 113 millions de dollars pour la promotion de son seul plan économique. Et ce n’est pas fini. Il a publié le 3 mai dernier un appel d’offres pour des services de publicité supplémentaires. « Cette initiative publicitaire, est-il écrit, a pour but d’informer les Canadiens au sujet de projets et programmes clés qui relèvent du Plan d’action économique du Canada (PAE) », mais aussi « à renforcer la confiance des consommateurs dans l’économie canadienne et l’orientation du pays ».


Ce contrat durera jusqu’en 2014 et pourra être renouvelé à deux reprises pour une période d’un an. Cela veut donc dire qu’on espère continuer ces publicités jusqu’en 2016 ! Après les prochaines élections fédérales…


***


Pendant ce temps, alors qu’il prétend nous informer, ce même gouvernement fait tout ce qu’il peut pour éviter que ses politiques soient scrutées d’un peu trop près par les élus, la presse et le public. Une de ses armes favorites est le bâillon, qu’il a imposé plus souvent que tout autre gouvernement avant lui.


Il a récidivé la semaine dernière, limitant l’étude du projet de loi budgétaire, omnibus bien sûr. C’est ce projet C-60 qui, entre autres, permet au Conseil du trésor de se mêler des négociations collectives au sein des sociétés d’État.


De nombreux volets du C-60 auraient mérité des projets de loi distincts et des heures de débats, mais après seulement quelques jours d’échanges, C-60 a été renvoyé au Comité des finances avec ordre de confier une partie du travail à d’autres comités.


La commande a été passée il y a tout juste une semaine aux comités de l’industrie, des anciens combattants, des ressources humaines, de l’immigration et des affaires étrangères. Avec ordre de faire rapport à celui des finances le 27 mai au matin. Ceci veut dire qu’ils n’auront eu que deux ou trois jours pour entendre des témoins, la Chambre ne siégeant ni cette semaine ni lundi prochain.


Cette parodie de consultation s’ajoute au refus de répondre aux questions en Chambre, de donner au directeur parlementaire du budget les documents qu’il demande, de donner (tel que promis en 2005) plus de pouvoirs au Commissaire à l’information, d’expliquer comment ont été dépensés les 3,1 milliards de l’Initiative d’antiterrorisme que le Vérificateur général n’a pu trouver…


Alors, quand ce gouvernement dit vouloir informer la population, on sourit cyniquement. Ce ne sont pas ses politiques qu’il explique, c’est une marque de commerce - Plan d’action économique - qu’il promeut. Comme une marque de chaussures. D’ailleurs, et ce n’est pas une farce, le logo du PAE apparaissait sur les nouveaux souliers que le ministre Flaherty s’est achetés pour la présentation de son dernier budget.

À voir en vidéo