En attendant Chablis

Photo: Jean Aubry

Vous lisez ces lignes alors que je me prépare à arpenter le vignoble chablisien. J’y vais avec mes pieds de pédologue et cette curiosité à vouloir traquer l’exogyra virgula logée à même ce kimméridgien supérieur et dont les experts prétendent qu’elle insuffle, entre autres choses, ce goût minéral typique aux vins de Chablis.

Moi, je veux bien, dans la mesure où l’huître fossilisée en question ne se retrouve pas dans ma bouteille ! On s’en reparle ici même, le 17 mai prochain. En attendant, quelques nouveaux arrivages susceptibles de faire saliver le printemps qui est en vous.


À commencer par cet Alvarinho 2011, Quinta de Gomariz, Portugal (20,20$ -11895225). Oubliez ces vins verts à vous déchausser ce qu’il vous reste de mâchoire en vous faisant au passage claquer des dents comme si vous étiez plongé nu dans un lac gelé par - 30 °C au beau milieu de janvier. Réjouissez-vous, au contraire, de cette détonation festive dont le fruité endiablé, comprimé sous une très faible dose de gaz carbonique, vous fait amoureusement plisser des yeux comme une Pascale Bussières ou une Karine Vanasse au meilleur de sa beauté.


La version avec le cépage loureiro de la même maison et dans le même millésime (15,25 $ - 11895233 -(5) ***) est aussi détonnant (5) ***1/2.


Mâcon-Péronne 2010, Domaine du Bicheron, Bourgogne, France (17,25 $ - 11387546) : voici l’un de ces bourgognes friands et bien frais à servir sur une foule de plats en raison de sa rare polyvalence.


Il y a du fruit, beaucoup de fruit, de la densité et du volume aussi, un doigté manifeste sur le plan de la vinification. Un blanc sec de belle stature qui vous fait aimer le chardonnay. (5) *** ©


Même tension fine avec ce Bourgogne Les Ursulines 2010 (24,75 $ - 11008112) habilement mis en condition par Grégory Patriat, chez Jean-Claude Boisset, un blanc sec qui, à l’image du Pouilly-Fuissé 2011 (24,95 $ - 11675708 -(5+) *** ©), démontre bien que le chardonnay sait devenir aérien quand le terroir sous ses radicelles lui donne des ailes. Brillant. (5) *** ©


Vous connaissez le cépage falanghina flegrea ? Déjà mentionné dans un poème de Giulio Cesare Cortese en 1666 (mais ça, vous le saviez déjà), ce grand cépage blanc de Campanie trouve, avec la cuvée Morabianca 2011 de Mastroberardino (19,75 $ - 11873026), une expression si fine qu’elle en devient presque énigmatique de transparence. Pâle de couleur, pleine de vitalité, on va ici au coeur du fruit sur une trame nette, de haute tenue. Fruits et poivre blancs, piment d’Espelette, amande, il y a quelque chose de fascinant, de vraiment intrigant ici. Finale nette, sans boisé, bourrée de caractère. À découvrir ! (5) ***1/2


Cour Cheverny Vieilles Vignes 2011, Benoît Daridan, Loire, France (23,25 $ - 11953325) : vous connaissez l’histoire. François Ier aurait, au conditionnel, dis-je, fait venir 80 000 plants de romorantin de Bourgogne en 1519, près du village de Romorantin. Moi, je dis qu’il n’a pas eu tort.


D’ailleurs, Puzelat, Marionnet, Villemade, Daridan et les autres s’y frottent toujours aujourd’hui avec maestria. On joue ici la rondeur avec une idée de douceur mais sans les sucres et cette touche d’amertume noble, profonde et très porteuse, façon chenin blanc, qui aurait passé la nuit enroulée dans les bras d’une marsanne. À découvrir absolument, sur les ris de veau à la crème, par exemple. (5) ***1/2


Côté rouges, de la maison espagnole Olivares, cet Altos de la Hoya 2010 d’appellation Jumilla (16 $ - 10858035) fera sans doute de vous un carnivore car il y a effectivement à mordre sans réserve ici.


Le mourvèdre local (monastrell) n’est sans doute pas pour tout le monde, mais son approche masculine affirmée, son fruité entier fort généreux en font un incontournable sur ce paleron de boeuf aux olives longuement braisé. J’ai déjà faim (5 +) ***.


Autre style, ce Baigorri Reserva 2006, Rioja, Espagne (29,05 $ - 11668233) est à considérer, celui-là pour son élégance. Un tempranillo de style moderne, au contour précis, d’une vitalité mais surtout d’une exquise pureté de fruit, d’une jeunesse qui n’altère en rien ce velouté typique des Rioja bien élevés.


Corps, harmonie, longueur, ne reste plus que le lapin mijoté aux herbes et aux champignons pour le délier plus encore. (5 +) ***1/2 ©

 

Je vous laisse avec ce Cahors 2000, Prince Brobus, Clos Triguedina, Cahors (50 $ - 11940671). Réglons déjà le prix qui en fera tressaillir quelques-uns. Admettez que vous ayez payé cette cuvée 22 $ en 2002. Amortissez ensuite, à raison de 10 % par année, le coût sur ces 10 ans qui nous séparent du prix d’origine, et voilà le prix plus que doublé. Cette mathématique pour vous dire quoi ? Qu’il y a un prix à payer pour le stockage bouteille, mais surtout, que la qualité de cette cuvée à base de malbec demeure à mon sens encore supérieure aux meilleurs vins actuels d’Argentine produits avec le même cépage.


Bref, un vin à point, d’un équilibre et d’une élégance à faire rougir le beau bordeaux et qui procure aujourd’hui, ce vendredi à 18 h, heure locale, un plaisir tout ce qu’il y a de courtois. (5) ***1/2


 

La Nouvelle-Zélande pour les enfants handicapés du Québec


Et si votre conscience et votre palais se mettaient d’accord pour encourager la Société pour les enfants handicapés du Québec ? Le Festival des vins de la Nouvelle-Zélande, qui aura lieu le mardi 7 mai prochain à l’Arsenal (2020, rue William à Montréal), versera les fonds pour soutenir ces jeunes tout en vous permettant de déguster, en compagnie de vignerons, une centaine de produits de ce beau pays du bout du monde. Prix d’entrée : 90 $. Renseignements :  514 937-6171, poste 236, apoulet@enfantshandicapes.com.


 

Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2013. Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ et chroniqueur à l’émission Ça commence bien ! sur les ondes de V tous les vendredis.