L’état des lieux

Il aura fallu deux ans, à quelques jours près, pour reconstituer une Chambre des communes à l’image des résultats du dernier scrutin fédéral. Avec l’arrivée de Justin Trudeau comme chef libéral, les protagonistes de la campagne de 2015 sont en place - sous réserve de ce que Stephen Harper confirme sa volonté de solliciter un quatrième mandat.

En présumant, comme la majorité de ses troupes, que le premier ministre est partant pour une autre campagne, rien n’est acquis pour le Parti conservateur. C’est tout aussi vrai pour l’autre grand gagnant du scrutin du 2 mai 2011. Deux ans après la victoire majoritaire de Stephen Harper et le balayage québécois du NPD, conservateurs et néodémocrates sont en nettement moins bonne posture que le soir du dernier vote.


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Sans grands espoirs au Québec, Stephen Harper ne peut pas gagner au Canada sans triompher en Ontario. Or l’arrivée de Justin Trudeau à la tête du PLC a inversé la tendance dans le plus gros marché électoral au Canada.


Si le Parti conservateur est monté au front aussi rapidement dans la foulée de la fin de la course au leadership libéral, c’est donc, à premier titre, pour refaire ses forces ontariennes. L’électorat de l’Ontario est le public cible par excellence de ses publicités anti-Trudeau. Depuis la semaine dernière, elles tournent en boucle dans certaines régions de la province.


Mais cette agitation conservatrice au sujet de Justin Trudeau occulte un problème de fond potentiellement plus préoccupant. Bon nombre d’indicateurs montrent que le glissement du parti dans les intentions de vote tient autant sinon davantage à sa propre gouvernance qu’à l’effet Trudeau.


D’un sondage à l’autre depuis plusieurs mois, environ sept électeurs sur dix disent aux sondeurs qu’ils n’appuieront pas les conservateurs au prochain scrutin. La satisfaction à l’égard du gouvernement est à la baisse tout comme la cote du premier ministre. Le style autoritaire de Stephen Harper passe de moins en moins la rampe aussi bien dans son caucus que dans l’opinion publique. Le fait que ce style ne soit au service d’aucun grand chantier particulièrement mobilisateur contribue au malaise.


Pour l’essentiel, l’arrivée de Justin Trudeau comme chef a transformé le PLC en réceptacle principal d’un vote anti-conservateur en pleine croissance au Canada. C’est le déplacement du vote d’opposition existant qui a propulsé les libéraux en tête du peloton fédéral dans certains sondages récents plutôt qu’une hémorragie soudaine de votes conservateurs.


Il est possible que les stratèges de M. Harper, à force de tirer à boulets rouges sur les libéraux, arrivent à leurs fins, mais dans l’état actuel des choses, le NPD a au moins autant de chances d’en tirer parti que les conservateurs.


À moins de donner un nouvel élan convaincant à son gouvernement au cours des prochains mois, Stephen Harper file actuellement, dans le meilleur scénario, vers un gouvernement minoritaire. Pour un premier ministre dont la courbe électorale comme chef de parti a toujours été ascendante, ce serait un recul sans précédent.


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Comme les conservateurs, les néodémocrates subissent les contrecoups de l’effet Trudeau. Si la tendance se maintient, le parti risque d’être rétrogradé en troisième place aux Communes au prochain scrutin. Mais comme Stephen Harper, Thomas Mulcair aurait tort de voir dans l’ombrage que lui fait le nouveau chef libéral le seul gros nuage à l’horizon de la mi-mandat.


Dans la mesure où elle a eu pour effet de fidéliser la clientèle libérale, l’arrivée de Justin Trudeau à la tête du PLC tombe mal pour le NPD. Mais en rétrospective, la plus grosse tuile à s’être abattue sur les néodémocrates depuis que Thomas Mulcair est devenu leur chef aura été l’arrivée au pouvoir du Parti québécois l’automne dernier.


Dans sa foulée, le NPD a perdu un député au Bloc québécois et il pourrait perdre une partie de ses acquis à la formation souverainiste à la faveur d’une plus grande division du vote fédéraliste au prochain scrutin. Cela dit, le fragile second souffle du Bloc est sans doute le cadet des soucis actuels de Thomas Mulcair.


À tout prendre, l’effet le plus dévastateur de la victoire péquiste du 4 septembre aura en effet été d’enlever à la souveraineté son caractère abstrait dans le reste du Canada et de faire de l’ouverture du NPD à reconnaître un Oui référendaire sur la foi d’une majorité simple un sujet d’actualité.


Dans le match qui oppose Thomas Mulcair à Justin Trudeau dans le ROC, cette position - impopulaire même dans certains milieux néodémocrates - est un des boulets que traîne le chef néodémocrate. Dans un monde idéal pour le NPD, neutraliser l’effet Trudeau passerait par le retour du PQ dans l’opposition à l’Assemblée nationale bien avant le scrutin fédéral de 2015.


 

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

18 commentaires
  • Jacques Boulanger - Inscrit 22 avril 2013 07 h 31

    Le destin du NPD

    Avec plus de 50% de sa députation qui vient du Québec, je ne donne pas cher pour la peau du NPD au Canada avec ou sans le PQ au pouvoir. En effet, à moins que le Trudeau le jeune ne fasse d'énormes gaffes, il faut s’attendre au Québec à un tsunami libéral de la même ampleur que la fameuse vague orange. Légèreté du vote oblige. Alors, nul besoin d’associer le PQ au destin fragile de ce parti qui retournera tout simplement à la case-départ. Point à la ligne.

    • Gilles Théberge - Abonné 22 avril 2013 12 h 36

      Je ne crois pas à la capacité du NPD de prendre le pouvoir. Je ne vois pas comment 59 députés du NDP au québec pourraient être reconduits. Mais je ne crois pas non plus à la capacité du parti libéral de revenir au pouvoir. La clientèle de Trudeau lle jeune est largement je pense, constitué de nostalgiques de Trudeau le vieux, qui voient en son fils une sorte de messi véritable «Oint» de l'orthodoxie libérale, capable de présider à la réincarnation de l'oeuvre de son père.

      On n'a qu'à écouter le discours de Trudeau le jeune pour se rendre compte que ce n'est pas très exaltant. Une nouvelle vision du Canada, faire autre chose, faire autrement, ces aspects du discours politique sont pratiquement absents de son discours.

      Son discours il est dramatiquement convenu. Ce qui me renforce dans mon opinion à savoir que que sous couvert de résurgence se cache essentiellement la nostalgie du passé et de son père.

      Croire que cela suffira à le maintenir en tête de liste est très hasardeux. Deux ans en politique c'est long. Et normalement les élections ne devraient pas être déclenchées avant 2015 n'est-ce pas?

      Ce qui va se passer va dépendre largement pour ne pas dire essentiellement de Harper. Si ce dernier se montre incapable de se calmer, il va s'ancrer dans le rôle de bête noire des électeurs. S'il réussit à modérer ses ardeurs et à maintenir l'unité dans son parti, il pourrait probablement se maintenir au pouvoir pour un autre mandat. N'oublions pas l'ajout de plusieurs comtés dans l'Ouest. Et l'Ouest n'a plus besoin du Québec pour former le gouvernement.

      Finalement, les chefs des trois partis, Liberal, NDP et Bloc, sont Québécois. Il n'est pas dit que cela ne constituera pas un élément important au cours de la prochaine campagne électorale.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 22 avril 2013 09 h 06

    Le Québec n'est plus d'un grand intérêt pour les politiciens fédéraux

    La vague Layton est chose du passé. Au Québec, il y a un fort sentiment anti-Harper. Comment cela s'exprimera-t-il?

    J'ai l'impression que le Bloc pourrait revenir plus fort que jamais. Les PLC, PCC et NPD ne récolteront qu'une minorité de circonscriptions, et leur effet sera à peu près nul sur le choix du prochain gouvernement fédéral.

    Vous avez donc raison de dire que le prochain gouvernement fédéral sera fait par le ROC, et plus particulièrement, l'Ontario.

  • Jacques Pruneau - Inscrit 22 avril 2013 09 h 47

    Finalement de bonnes nouvelles...

    Harper en baisse sérieusement ... Justin en Ontario... le NPD reprenant sa place... sans le Québec ou plus précisément sans "vague orange". Le Bloc reprenant sa place chez-nous, la preuve étant faites que nous sommes mieux avec des Québécois pour défendre des Québécois.

    Se débarrasser de Harper et de sa secte... nous sommes plusieurs à en rêver depuis longtemps. Alors espérons et appuyons le Bloc!

    Et puis il fait un superbe soleil ce matin.

    • Loraine King - Abonnée 22 avril 2013 10 h 25

      Vous voulez dire que vous vous sentez mieux dans l'opposition qu'au gouvernement, car des partis fédéraux seul le Bloc n'a aucune chance dans les faits de prendre le pouvoir. Pour défendre les intérêts des Québécois il faudrait selon vous qu'ils n'aient aucune possibilité de participer à leur gouvernance.

    • Fernand Lachaine - Inscrit 22 avril 2013 17 h 32

      D'accord avec vous monsieur Pruneau. De tous les partis politiques à tawa, seul le Bloc a vraiment défendu le Québec et ce, sans être au pouvoir.
      Le PLC, PC et le NPD auront plus souvent qu'autrement magouiller contre notre pays, comme la cour suprême qui magouille depuis très longtemps dans maintes dossiers contre le Québec.
      Facile à voir.

    • Gilles Théberge - Abonné 22 avril 2013 17 h 44

      Je ne parlerai pas au nom de monsieur Pruneau, mais je pense que ce qu'il dit ça pourrait vouloir dire qu'il préfère se sentir Québécois plutôt que Canadian.

      Moi en tout cas c'est ce que je pense. Et je ne serais pas surpris que d'autres aussi pensent comme ça. On voit comment c'est mené la politique fédérale, et ça n'inspire pas tellement. Alors qui que ce soit qui gouverne le Canada from coast to coast, ce sera encore et toujours dans une perspective que nous subissons et subirons, tant que nous n'auront pas fait notre indépendance. Puisque nous savons bien que nous avons été floués depuis le début.

  • Gilbert Talbot - Inscrit 22 avril 2013 10 h 01

    Vers un gouvernement minoritaire à Ottawa.

    Ottawa redeviendra un gouvernement minoritaire lors du prochain scrutin. Il est facile de le constater avec les propos de madame Hébert : en perdant l'Ontario, le PCC, perdra les comtés qui assuraient sa majorité. Comme il ne regagnera sûrement pas le Québec, il ne pourra que se retirer sur ses terres de l'Ouest, encore fertiles pour lui. Ce qui n'est pas encore clair cependant, c'est si ce gouvernement sera libéral ou Conservateur. Et là tout joue autour de la performance du NPD au Québec. Or le NPD québécois n'arrive pas à s'articuler autour des revendications du Québec à Ottawa, alors que sa position face à un futur référendum le gruge dans le ROC. Trudeau pourrait en effet en profiter et former un gouvernement minoritaire libéral. Il faudrait toutefois une nouvelle trudeaumanie fils pour qu'il y ait une vague déferlante sur l'est du Canada. Personnellement, je ne vois pas un tel tsunami à l'horizon. Fiston trudeau est encore maladroit dans ses prises de position et le cinisme politique est beaucoup plus grand qu'au temps de son papa.

  • Pierre Marcotte - Inscrit 22 avril 2013 10 h 33

    Si la tendance se maintient....

    les partis fédéralistes vont s'entretuer en Ontario, le Bloc va regagner ses sièges au Québec, ce qui prouvera une fois de plus que notre belle patrie s'en sort très bien sans le Canada, et que l'inverse est vrai aussi.

    Laissez les enfants se battre dans la cour d'école, nous avons un pays à construire.