«Aux païs de Xaintonge»

Photo: Jean Aubry

Il y aurait un roman à écrire sur ce Pays de Saintonge d’où partaient sel et vins pour la Norvège, l’Allemagne du Nord et la Lituanie en l’an 1270, ainsi que vers l’Angleterre d’Aliénor d’Aquitaine. Nous sommes à Cognac, dans ce pays charentais raconté par Robert Delamain, de la maison de Cognac éponyme, dans son livre consacré à ces charentais de l’alambic en 1935 (éditions Stock). Pure merveille.


Ce n’est cependant qu’au début du XVIIe siècle, nous apprend l’auteur, que « cette eau-de-vie [qui] faict [du] bien à l’estomach » devient la « quinte essence » que mentionne Evonyme Philiâtre en 1557, suggérant que cette dernière « peut aussi être extraite de vin trouble, immunde et pourry […] ».


L’histoire nous apprendra qu’au final, un cognac n’est simplement que le produit de la distillation de vins de la région de Cognac à l’aide d’un alambic élémentaire, le tout mûri dans des fûts de chêne du Limousin.


Un alambic qui, soit dit en passant, est le même que celui décrit par Mûnier en 1779, par Lémery en 1701, par Liébault en 1595, par Lulle en 1300 et par Arnaud de Villeneuve en 1250. Mais encore faut-il savoir distiller, assembler et… élever le tout !


Une certitude demeure toutefois. Un certain M. de Castella, qui s’adressait à un congrès de viticulteurs à Melbourne, nous le confirme en 1932 : « C’est un des faits les plus étranges en agriculture que sur toute la surface de la terre, cette région très limitée des deux départements de Charente soit la seule capable de produire un vin qui, distillé à bas degré, puisse développer cet unique parfum, et, ce qui est encore plus remarquable, cette extraordinaire absence de toute odeur indésirable, qui est la caractéristique du véritable Cognac. »


Est-il envisageable de penser que se profile ici une notion de terroir ? Les six aires d’appellation que sont les Bois Communs, les Bons Bois, les Fins Bois, les Borderies ainsi que la Petite et la Grande Champagnes baignées par le climat atlantique semblent du moins nous mettre sur la piste.


Pourquoi ce préambule ? Pour vous présenter à la fois cette icône patrimoniale française qu’est le Cognac et l’une de ses ambassadrices de génie, à savoir la maison Hennessy.


La maison Hennessy ? C’est 245 ans de méticulosité derrière le col de cygne, pour une gamme qui mise à la fois sur un satiné de textures, une finesse de style, une profondeur de ton et une harmonie d’ensemble qui vise à amadouer cette fameuse « eau ardente » pour la rendre pure caresse.


Dégustées avec Maurice R. Hennessy, de passage cette semaine au Québec, les quatre eaux-de-vie portaient la caresse à un niveau qui n’aurait pas déplu au Vénitien Giacomo Casanova lui-même.


Les résumer commanderait un livre entier. Alors, selon votre budget, votre classicisme, votre amour pour les belles choses, votre hédonisme manifeste ou votre côté Casanova, optez pour ce Very Special (64,25 $ - 00008284) aux tonalités vanillées délicates et vivantes ; ce Very Superior Old Pale (94,75 $ - 11826289) issu de l’assemblage d’une soixantaine d’eaux-de-vie, au profil épicé, offrant moelleux et tension ; cet autre Extra Old (X.O.) (269,75 $ - 11456863) dont les plus anciennes eaux-de-vie marquent 30 ans au compteur, un cognac multidimensionnel, « serrant » de texture, captivant de profondeur ; ou encore, lorsque vous n’avez tout simplement pas le moral mais le cachet pour le remettre à niveau, ce Paradis Impérial (2619 $ - 11584902 - n.d.) qui semble se rire du temps qui passe avec ces distillats compris entre 30 et 130 ans d’âge. Simplement, comment dire…


Les amis du vin du Devoir remettent ça


Avant la prochaine rencontre dont le thème tournera autour des vins allemands, le 6 mai prochain, nos amis lecteurs se sont penchés avec un rare sens du plaisir sur quel ques arrivages récents. Il semble bien qu’avec le temps, une certaine cohésion s’installe avec, au final, des résultats bien calibrés entre le groupe et l’auteur de ces lignes. Les voici résumés…


Bourgogne 2009 « Gravel », Catherine et Claude Maréchal, France (25,65 $ - 11903310) : purement et simplement la joie, celle, immédiate, éclatante, spontanée, avec ce croquant de fruit à portée de dents et cette étoffe fine, tout ce qu’il y a de friand, de palpable. (5) ★★★. Moyenne du groupe : ★★★


Bourgogne Le Chapitre 2010, René Bouvier, France (21,75 $ - 11153264) : plus serré mais aussi plus délicat que le Maréchal, avec ces arômes de cerises perchés haut, cette trame fine, vivante, captivante, légère, affriolante, bien tracée. S’épanouira plus encore avec deux ans de bouteille. (5) ★★★. Moyenne du groupe : ★★1/2


Baron de Ley Gran Reserva 2004, Rioja, Espagne (27,75 $ - 738997) : un glissement, lent, pénétrant, chaudement épicé. C’est une première impression ! La suite confirme, veloutée, princière, mêlant cuir et havane avec corps, vigueur, sans assèchement. Voluptueux. (5) ★★★1/2. Moyenne du groupe : ★★★1/2


Palacio de Ibor Reserva 2007, Valdepenas, Espagne (18 $ - 11166604) : la mâche est encore bien présente ici, avec un fruité à l’avant-poste qui ne veut pas mourir. Le tout bien encadré par l’élevage avec des tanins frais, mais fermes. Jouer du saucisson et autres grillades ici. (5 +) ★★1/2 ©. Moyenne du groupe : ★★1/2


Raimonda 2011, Barbera d’Alba, Fontanafredda, Italie (16,95 $ - 11905606) : c’est bien frais, avec ce tonus juvénile du gamin après l’école, ce fruité simple mais accrocheur, pourvu de tanins suffisants pour s’énamourer de la première lasagne venue. Moderne mais convaincant. (5) ★★1/2. Moyenne du groupe : ★★★


Montebruna 2010, Barbera d’Asti, Italie (24,55 $ - 11863311) : c’est large, quoique discret, plus puissant aussi, avec cette bouche étoffée, bien fraîche, ce fruité épicé riche, substantiel. Supportera sans broncher le calzone farci. (5 +) ★★★ ©. Moyenne du groupe : ★★★1/2


La Lus 2009, Banfi, Italie (24,20 $ - 11366112) : la robe est pourpre cardinalice et les arômes fleurent bon l’anis à la violette. Ajoutez une trame fruitée expressive, vivante, bien encadrée mais aussi libre de ses mouvements, et vous avez là matière à taquiner le canard et son magret aux cerises (5 +) ★★★ ©. Moyenne du groupe : ★★★


Domaine La Soumade Cuvée Prestige 2010, Rasteau, France (27,50 $ - 850206) : avec le vin de M. Roméro, on s’immisce entre les pierres pour boire à même le jus de la terre. Vin lent à se déployer, il multiplie les pistes, étageant les épaisseurs, avec cette habilité de paysan que rien ne perturbe. Corps, fraîcheur, complexité, longueur. Vin de nuit. (10 +) ★★★1/2 ©. Moyenne du groupe : ★★★1/2


Porto Barros Colheita 1997, Portugal (35,25 $ - 103288034) : 15 ans sous douelles à vous tartiner une brillante histoire aromatique où noix de Grenoble, santal, cuir et prunes à l’eau-de-vie se lovent dans les bras chaleureux de l’alcool. Ensemble capiteux avec finale longue et pointue, culminant sur le duo sucré/amer. (5) ★★★1/2. Moyenne du groupe : ★★★1/2


 

Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2013. Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ et chroniqueur à l’émission Ça commence bien ! sur les ondes de V tous les vendredis.

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