Repères - L’arme du viol

Le problème des viols et des autres actes violents commis contre des femmes pendant les conflits était à l’ordre du jour de la dernière rencontre des ministres des Affaires étrangères du G8, à Londres, la semaine dernière.

Pour une fois que cette question était abordée lors d’une réunion de haut niveau, il a fallu qu’elle soit en « concurrence » avec la guerre civile en Syrie, qui perdure, et la nouvelle crise coréenne, qui venait d’éclater. Par conséquent, elle n’a pas bénéficié de toute l’attention qu’elle méritait.


Heureusement, la presse britannique a plutôt bien couvert le sujet, parce que le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, William Hague, revenait tout juste d’une tournée des champs de bataille africains, effectuée en compagnie de l’actrice américaine Angelina Jolie.


La collaboration entre ces deux personnes, qui forment un odd couple selon l’expression consacrée, remonte à l’an dernier. Mme Jolie est l’envoyée spéciale du Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies depuis 2001. Jusqu’alors, elle avait été plutôt réticente à s’associer à des politiciens. C’est en visionnant le film Land of Blood and Honey que le ministre Hague, de son côté, s’est intéressé à la cause défendue par l’actrice. Le long métrage qu’Angelina Jolie a dirigé en 2011 porte sur les viols commis pendant la guerre en Bosnie dans les années 1990.

 

La déclaration


Les ministres du G8 ont promis de verser 36 millions en argent frais pour les campagnes menées par l’ONU et diverses organisations non gouvernementales dans le but de combattre le problème des viols dans un contexte de guerre. Même si la somme paraît modeste, la nouvelle a été bien accueillie par ces organisations, parce qu’elle semble traduire une véritable volonté politique, et ce, à un très haut niveau.


Dans leur déclaration, les huit pays les plus riches du monde affirment clairement que le viol constitue un crime de guerre ou un crime contre l’humanité et qu’il peut même constituer une arme pour commettre un génocide. Ils promettent d’inclure des femmes dans les négociations menant à des cessez-le-feu et de rejeter dans les accords de paix toute amnistie pour les violeurs. La déclaration propose également l’élaboration d’un protocole international obligeant les États à user de leur compétence universelle pour assurer que les auteurs de viols dans les zones de conflit seront poursuivis. Le G8 promet également une aide technique pour les tribunaux appelés à juger ces crimes, ainsi que pour les policiers et les militaires chargés de faire respecter la loi.


L’impunité demeure un grand problème, s’agissant des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des génocides. Des dizaines de milliers de viols ont été commis pendant le conflit en Bosnie, mais moins de 40 hommes ont été poursuivis par le TPIY ou par d’autres tribunaux en rapport avec ces crimes. Au Rwanda et en République démocratique du Congo, on parle plutôt de centaines de milliers de viols.


Une enquête


La mission de l’ONU en RDC a annoncé mercredi qu’elle ouvre une enquête sur les 126 viols commis par des soldats de l’armée congolaise dans la province du Nord-Kivu, en novembre dernier. En mars, l’ONU avait lancé un ultimatum pour que Kinshasa prenne des mesures contre les militaires impliqués. Une douzaine de soldats auraient été suspendus.


En avril, la RDC et l’ONU ont signé un accord visant à renforcer la lutte contre les violences sexuelles. L’entente prévoit des mesures qui devraient aller de soi mais qui ne sont pas toujours mises en oeuvre, comme le fait de ne pas intégrer de grands criminels dans l’armée.


Quand on note que les violeurs sont souvent des policiers ou des membres des forces armées d’un pays, on a une idée du chemin à parcourir entre une déclaration faite dans les salons londoniens et sa mise en oeuvre dans tous les lointains maquis.


La déclaration du G8 survient également à un moment où les viols se multiplient en Égypte, particulièrement lors des grandes manifestations tenues à la place Tahrir, et où l’Inde s’est sentie obligée de réagir en adoptant une nouvelle loi à la suite d’un viol collectif commis dans un autobus à Delhi.

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7 commentaires
  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 18 avril 2013 07 h 10

    Lointains maquis?

    Je ne savais pas que les jeunes amérindiennes, victimes de sévices commis par des agents de la GRC au nord de la Colombie britannique, vivaient dans un lointain maquis.

    Il serait bon, parfois, de suivre de près ces petites histoires ... canadiennes.

    Desrosiers
    Val David

    • Johanne Fontaine - Abonnée 18 avril 2013 12 h 43

      «Petites histoires canadiennes»,
      dites-vous, Monsieur Desrosiers
      de ce qui a fait la manchette
      en Colombie Britannique?

      Et il n'en serait rien
      de la Belle Province...

      Détrompons-nous:
      ici même et
      dans toutes ses déclinaisons,
      le viol, existe bel et bien,
      subtil, inusité, omniprésent;
      qu'en raison de la cécité
      et de la surdité émotionnelles
      qui nous affligent collectivement,
      nous savons ni ne voulons
      débusquer!

      Johanna Fontaine

  • Georges LeSueur - Inscrit 18 avril 2013 07 h 58

    Constat

    Le viol de guerre est l'affirmation de la domination par la puissance sexuelle à l'état brut, animal.
    Il est à la fois un moyen de coercition, d'humiliation et de pillage par la possession de l'autre, en l'occurence les femmes violées.
    On peut imaginer que les soldats violeurs et assassins ne s'arrêtent pas à une seule expérience et deviennent accrocs comme des drogués d'habitude.
    Ils sont les nouveaux "tigres mangeurs d'hommes" des contes illustrés de notre jeunesse.

    Ces pratiques révoltantes ont été couramment utilisées dans le passé comme un moyen d'attirer des mercenaires pour qui le pillage et le viol étaient le paiement de leurs services.
    L'homme des années post 2000, s'il a progressé en technologie n'a donc pas évolué en civilisation et conscience morale. On tue et on viole comme au premier millénaire.
    Prenons-en acte et renforçons les mesures d'éradication du viol où c'est possible.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 avril 2013 08 h 07

      Où et comment commencer dans un monde qui fait la promotion en premier et en dernier que de la gratification personnelle et immédiate sans restriction et responsabilité ? Et où la seule loi fondamentale est «Arranges-toi pour pas te faire pogner !» Confiance en l'humanité ? Laissez-moi rire !

      Je ne prêche pas ici, je suis le premier à ne pas me faire confiance, c'est pour ça que je me contrôle, même dans mes commentaires !

      Ce que j'ai appris avec le temps ? «Si je le brise, je dois le réparer», ça retient un homme, mais seulement après maintes réflexions !

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 18 avril 2013 08 h 41

    Butin de guerre

    Un titre pour le moins énigmatique: il réfère sans doute à ce concept creux qui veut que le viol soit utilisé comme une arme de guerre. À mon avis le viol est à peu près tout sauf cela: lors de conflits internes ou externes il est un défouloir, un crime haineux, et j'en passe. Une guerre a--t-elle déjà été gagnée à cause de cette "arme" qui n'a rien de très nouveau. En fait regardons qui siège sur le conseil de sécurité de l'ONU...

    Au moins 2 pays auar 6 l'ont utilisé systématiquement dans des conflits assez récents: les Russes à Berlin, les Japonais en Chine, et l'Allemagne? La Russie, particulièrement, n'a jamais jamais été embêtée là dessus, bien qu'elle ait admis au moins un crime de guerre, longtemps après. Pour ce qui est des Japonais je crois qu'ils commencent à l'admettre timidement.

    D'autre part, l'article s'éloigne du sujet lorsqu'il se réfère aux viols actuels Place Tahrir: loin d'être une arme de guerre, le viol y montre le visage d'un véritable défouloir alors que les victimes sont les mères, les conjointes ou les filles de ceux qui manifestent, des citoyennes du même bord de la lutte en question.

    Pour ce qui est de l'Inde... l'auteur se réfère à ce que "l’Inde s’est sentie obligée de réagir en adoptant une nouvelle loi à la suite d’un viol collectif commis dans un autobus à Delhi.". Mais encore là ça n'a rien à voir avec un conflit quelconque... Quant à la loi elle-même, elle a été adoptée "dans le vide" tel que l'a écrit Guy Taillefer dans son article 'Terre des hommes"; il y souligne aussi que cette loi ne répond en rien aux attentes des progressistes, entre autres parce que comme évoqué ici, des policiers sont impliqués dans des crimes sexuels, et autres, et que cette loi l'ignore.

    Suite à l'article L'éléphant rose, de Mme pelletier, j'ai vu plein de théories sur les causes du viol et son "augmentation", mais les causes réelles du viol les recherche-t-on vraiment?

    • Gabriel Séguin - Abonné 18 avril 2013 10 h 06

      En fait, certaines féministes ont étudié la question du viol militarisé et ont élaboré un argument convaincant à l'effet que le viol est une arme utilisée volontairement - mais plus souvent qu'autrement sans déclaration officielle - par les autorités politiques et militaires. L'usage de cette stratégie ne permet pas à elle seule de "gagner" une guerre, mais elle est néanmoins utilisée à cette fin. Ce fut le cas en Bosnie, dans plusieurs pays africains, pendant la Seconde Guerre mondiale, et dans bien d'autres conflits.

      Le viol a des visées stratégiques. Il peut servir, par exemple, à dissuader un groupe à résister par peur que leurs familles soient enlevées et violées. Il peut aussi servir à maintenir le moral des troupes éloignées depuis trop longtemps de la vie civile. Vous pointez d'ailleurs vers des exemples de la Seconde Guerre mondiale...vous êtes-vous interrogée quant à savoir comment et pourquoi le viol s'y est produit?

      Bien entendu, il ne s'agit pas vraiment de dire que les généraux et les chefs de gouvernement ordonnent directement le viol de tel ou tel personne ou groupe (même si cela n'est pas impossible). Il s'agit d'émettre une directive générale à l'effet que l'acte est acceptable et d'établir une situation d'impunité pour ceux qui commettent le viol...quand il ne s'agit pas carrément de forcer les femmes en esclavage sexuel (comme le cas des "Femmes de confort" sous l'empire japonais pendant la Seconde Guerre mondiale qui, par ailleurs, se trouvaient à travers l'empire pendant la guerre).

      Pour le cas de manifestations telles que celles sur la Place Tahrir, il s'agit encore d'une stratégie officieuse. Un viol par un policier n'est généralement pas commis par un seul officier dégénéré contre la volonté de ses pairs; au contraire, l'acte est généralement commis avec la bénédiction, même la participation, de ses pairs et de ses supérieurs.

  • France Marcotte - Inscrite 18 avril 2013 17 h 41

    Tant de femmes violées

    Une seule c'est déjà tellement.

    Ont-elles seulement cessé de pleurer depuis, si elles n'en sont pas mortes?

    Chuttt...si on en parle, prenons une douce voix, elles se sont un moment enfin assoupies.