Médias - La grenouille est malade…

La météo, c’est surtout une sorte de maladie médiatique nationale.


La fièvre a encore monté ces derniers jours avec la neige tardive. Un peu plus, et les Cassandre de la température annonçaient une petite fin du monde. L’Apocalypse blanche et mouillée. La grande glacière fondante de Dieu…


Évidemment, bien sûr, sans doute, la météorologie demeure on ne peut plus respectable, utile, voire vitale et essentielle. Cette science enchantée facilite la vie et en sauve un bon tas, ne serait-ce qu’en décourageant les déplacements périlleux, par air, par mer ou par terre, dans de dangereuses conditions. Merci énormément.


Seulement, pourquoi faut-il en parler autant, surtout quand il n’y a rien de plus ordinaire, sans véritable danger imminent ?


Selon la firme Influence Communication, les médias québécois accordent en moyenne 28 fois plus d’attention à la météo qu’à l’éducation. On répète : près de trente fois plus d’attention à ce qui tombe sur la tête qu’à ce qui rentre dedans ! La grenouille est vraiment malade…


Selon nos médias, ce pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver du bon sens et le gel du raisonnable. Le ratio de la passion médiatique pour la météo devait atteindre le seuil du soixante pour un, toujours en défaveur de l’éducation, vendredi dernier, avec la petite rechute hivernale.


L’avidité généralisée et débridée se confirme aussi sur les sites d’information généralistes où les nouvelles sur les phénomènes météo extrêmes attirent beaucoup l’attention. Le catastrophisme et le sensationnalisme météorologiques tiennent d’ailleurs souvent lieu de nouvelles internationales à une province schizophréniquement repliée sur elle-même.


La météo folie médiatique peut-elle s’expliquer par la météomanie populaire ? Les médias en parlent-ils autant parce que les gens en parlent ? Et les gens en parlent-ils parce les variations les affectent ? Cette logique circulaire revient à dire que les médias causent météo changeante parce que la météo change et que finalement on ne peut rien y changer. Ça se tient, mais ça ne convainc pas.


En fait, qui peut vraiment démêler la cause et l’effet, le mal et ses symptômes dans ce diagnostic ? Osons alors une autre explication qui tourne en rond : si les médias parlent trop météo, n’est-ce pas parce que les médias en parlent trop ?


Chose certaine, les structures narratives relaient et stimulent cette avidité pour le temps qu’il a fait, qu’il fait, qu’il fera. La plupart des émissions d’informations de la télé ou de la radio lui accordent autant d’importance qu’aux autres grands sujets, de la politique à la culture, avec chroniqueur attitré, s’il vous plaît.


Les météorologues diplômés, femmes ou hommes, comme l’excellent communicateur Pascal Yiacouvakis, se font rares. Le métier paraît majoritairement féminisé et déréglemente. Sauf pour les critères physiques, puisque le secteur attire une surabondance de jolies dames, on ne se contera pas d’histoires. Même à la radio, ce qui étonne encore plus.


Le tremplin sert parfois à passer à l’animation, comme ce fut le cas pour Chantal Lacroix, qui a débuté sa carrière à MétéoMédia. En France, la tradition sexiste fait tenir le rôle de Miss Météo à des pétards sélectionnés sur leurs attributs physiques et parfois comiques. La Québécoise Charlotte Le Bon en a profité.


Le 98,5 FM, champion des ondes montréalaises, offre un contre-exemple réjouissant. Paul Arcand, roi de la radio matinale, résume lui-même les prévisions en quelques secondes. Du genre : il va pleuvoir sur la métropole, on annonce 10 degrés. Franchement, ça marche et ça suffit, même pour les conditions exceptionnelles. Pour ça aussi, merci.


Ces choix et ces travers, finalement, semblent encore plus anachroniques avec le développement des appareils mobiles qui permettent de consulter les prévisions à volonté. Le rapport State of the News 2013 du Pew Research Center vient de souligner l’aporie.


Ces dernières années, explique l’étude, les infos locales à la télé ont mis l’accent sur la circulation, le sport et la météo, au détriment des autres sujets. L’idée était de maintenir les auditoires avec des « services ». Or, la révolution numérique facilite l’accès rapide et efficace à ces informations pratico-pratiques. Le pari semble donc perdu.


Mais bon, qui sait comment ce courant-jet médiatique va tourner. Comme disait un autre rigolo, la prévision, c’est un art difficile, surtout quand elle concerne le futur…

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