Saveurs - Charlevoix, un terroir certifié

<div>
	La Route des saveurs de Charlevoix sera refondue dans la foulée de cette certification du terroir charlevoisien. </div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
La Route des saveurs de Charlevoix sera refondue dans la foulée de cette certification du terroir charlevoisien. 

« Il ne suffit plus de parler de peinture, de paysages à couper le souffle et du grand fleuve pour que Charlevoix, une région privilégiée, devienne une région à vocation agrotouristique. » C’est ainsi que le jeune président de la Table agrotouristique de Charlevoix, Damien Girard, a lancé la toute nouvelle certification qui met en évidence le terroir charlevoisien.

Des implications privées

C’est qu’il fallait réagir devant une certaine nonchalance des gens et une utilisation galvaudée du nom de Charlevoix pour toutes sortes de raisons qui mettaient la région agricole en péril. C’est ainsi que M. Girard qualifie le mauvais usage de l’appellation Charlevoix à des fins de marketing, sans toujours bien livrer la marchandise.

Dès lors, il fallait faire quelque chose, quitte à se séparer de joueurs qui ont grandement bénéficié jusqu’ici de la Route des saveurs autant que du nom très vendeur de Charlevoix. Et sans aucune aide gouvernementale, précise Damien Girard, qui possède un élevage biologique de volaille et de porc, avec une maternité porcine exemplaire, fournissant ainsi la première usine de transformation de porc biologique au Québec.

Les décisions du ministère étant trop longues à venir (lui qui peine à comprendre et à définir les certifications d’Agrément Canada, selon M. Girard), la Table agrotouristique de Charlevoix a entrepris, de concert avec ses 42 membres producteurs, ses transformateurs affiliés, le Centre local de développement (CLD) et des municipalités avoisinantes, de financer la certification « Terroir Charlevoix ». Celle-ci aura un logo particulier et on procédera à une refonte en profondeur de la Route des saveurs déjà existante.

Dans cette chronique, nous avons déjà souligné le peu d’appellations réservées (AOC) au Québec et la difficulté à faire appliquer des normes strictes de traçabilité, de production et d’étiquetage crédibles pour la population. Avec cette nouvelle certification maison, on risque d’augmenter la confusion chez les consommateurs.

C’est pour cette raison, explique M. Girard, que la Table a engagé un certificateur de renom, qui travaille autant à régler le dilemme du cidre de glace que celui de la région de Charlevoix, misant cette fois sur une rigueur exemplaire. Il aura fallu deux ans de contrôle, de mise en place d’un cahier des charges, de rencontres parfois houleuses et sans intérêts partisans, pour élaborer cette appellation dont on voudrait bien qu’elle serve d’exemple à d’autres régions.
 
Une absence remarquée ?

Une surprise lors de la consultation du cahier des charges de la certification et de la liste des membres participants : l’une des pionnières de la région, Lucie Cadieux, ne fait pas partie de la nouvelle Route des saveurs ni de la certification « Terroir de Charlevoix ». Pourtant, avec la laiterie de Charlevoix, qui elle s’est inscrite d’emblée avec les producteurs, sa ferme Éboulmontaise a obtenu une certification gouvernementale, la première appellation réservée en ce qui concerne l’agneau de Charlevoix.

Pourquoi Mme Cadieux, jadis très impliquée dans le projet de la Route des saveurs, est-elle absente d’un mouvement qui veut promouvoir les produits du terroir de Charlevoix ? Le mystère demeure entier, car à peu près personne ne veut aborder le sujet.
 
Rigueur et contrôle

Bien des gens se disent en faveur du développement rural, de l’amélioration de la qualité des produits, de leur traçabilité et se disent prêts à payer un peu plus cher pour qu’un producteur d’ici puisse vivre décemment. Mais cette sensibilité à l’égard des producteurs locaux se manifeste souvent davantage en paroles qu’en gestes. En effet, le prix, pour bon nombre de consommateurs, demeure le principal facteur lorsque vient le moment d’acheter.

Pour la toute nouvelle appellation « Terroir de Charlevoix », il faudra tenir compte du logo, bien sûr, mais aussi de l’application du cahier des charges par les membres : production des semences, origine des céréales et des fourrages, provenance de l’élevage, normes et vérifications des comptes, etc.

Même si le mot « terroir » est surutilisé et ne veut souvent plus rien dire, il faut espérer cette fois que les utilisateurs respecteront cette appellation, qui pourrait bien être la dernière chance pour la région, dont la richesse touristique autant qu’agroalimentaire est abondante.

Maurice Dufour, un des pionniers du secteur fromager au Québec avec son Migneron, la laiterie de Charlevoix, La Ferme basque, avec ses canards, Les Viandes biologiques de Charlevoix et la famille Pednault avec ses vergers sont des exemples de réussite incontestable. M. Leblond, du Jardin des chefs, et Les Jardins du Centre sont également des exemples incontournables d’une agriculture et d’un élevage à préserver dans la région.
 
La Route des saveurs, suite et refonte

Le nouveau logo « Terroir de Charlevoix » montre des montagnes et un cercle qui représente la trace laissée par un météore tombé il y a 360 millions d’années, d’un diamètre de 56 kilomètres, avec, au milieu, des sillons qui témoignent de l’importance de l’agriculture dans cette région. Le symbole de la Route des saveurs est resté sensiblement le même, avec sa toque de chef. Ce circuit agrotouristique regroupe producteurs, transformateurs et restaurateurs de Charlevoix et permet aux visiteurs de découvrir les produits régionaux.

La région de Charlevoix est riche en paysages magnifiques dont s’imprègnent notamment les peintres de Baie-Saint-Paul et attire beaucoup de touristes. Reste que le tourisme et l’agriculture doivent s’accorder pour offrir une expérience agrotouristique hors du commun.
 
***

DÉCOUVERTES

SIAL Canada à Toronto

C’est à Toronto que se déroulera cette année le Salon international de l’alimentation (SIAL Canada), du 30 avril au 2 mai 2013. Voilà l’occasion, tant pour les producteurs que pour les transformateurs, les acheteurs et les distributeurs, de découvrir les tendances alimentaires et de bâtir des réseaux d’affaires. sialcanada.com
 
BIBLIOSCOPIE

Jeux de saveurs
Maria Élia
Éditions Parfum d’encre
2012, 239 pages
 
Même si l’ouvrage a remporté le prix Chef féminin en 2011, je suis resté un peu sur ma faim. Rien de nouveau ici, ni dans les recettes ni dans le style. On y voit un mélange de rusticité avec des touches d’exotisme qui n’auront pas vraiment réussi à me convaincre du bien-fondé d’un tel ouvrage dans la bibliothèque 
gourmande.

 
Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l’entendre tous les samedis à l’émission de Joël Le Bigot Samedi et rien d’autre à la Première chaîne de Radio-Canada.