Repères - Honnis soient les «losers»

Un impôt régressif impopulaire avait forcé la Dame de fer à démissionner en 1990. Aujourd’hui, son successeur et héritier idéologique, David Cameron, est en train de mettre en œuvre ce que la BBC a qualifié de « réforme la plus importante du régime d’aide sociale jamais entreprise depuis la création de l’État-providence ».

Des bravos se sont déjà fait entendre. Des cris, des pleurs et des grincements de dents aussi, et ce n’est sans doute pas fini.
 
Le gouvernement de coalition dominé par les conservateurs sabre à partir de ce mois-ci les prestations pour invalidité, les allocations familiales, l’aide juridique et divers crédits d’impôt.
 
Entre autres mesures, il coupe dans les subventions accordées aux ménages qui disposent de « trop » de chambres à coucher pour leurs besoins dans les logements sociaux. La presse et les adversaires de ce volet de la réforme l’ont surnommée la « bedroom tax ».

L’État n’a pas sa place dans les chambres à coucher de la nation, comme dirait l’autre. Or, les nouvelles règles paraissent tatillonnes. Il s’agit, par exemple, de couper les vivres aux parents dont les enfants s’absentent du nid pendant plus de six mois par année pour aller étudier ou de les obliger à faire coucher deux enfants dans la même chambre. Grant Shapps, qui est à la fois ministre de l’Habitation et président du Parti conservateur, a révélé que ses deux fils le faisaient, sans toutefois indiquer le nombre de pièces que compte son domicile…

Plus de 600 000 ménages seront affectés par la « bedroom tax », perdant en moyenne 120 £ (186 $) par mois. Les adversaires de cette disposition pensent que c’est littéralement une idée à coucher dehors, parce que, combinée à d’autres mesures, elle pourrait jeter des personnes vulnérables à la rue.

Le gouvernement affirme qu’il agit de la sorte pour tirer le meilleur parti possible des logements sociaux existants (trop rares, selon plusieurs spécialistes) et en libérer pour les jeunes familles à revenus modestes, tout en réduisant la facture pour l’État. L’équipe dirigée par David Cameron espère épargner environ un demi-milliard de livres sterling par année grâce à la seule « bedroom tax ».

Globalement, le gouvernement, qui est confronté à un déficit important, compte réaliser des économies de l’ordre de 2,5 milliards £ avec l’ensemble de sa réforme de l’aide sociale. Le ministre du Travail et des Retraites (sic), Iain Duncan Smith, a expliqué qu’« il s’agit de reprendre le contrôle de notre facture d’aide sociale », qui, selon lui, a augmenté de 60 % en termes réels sous le précédent gouvernement (travailliste).

Les conservateurs et leurs alliés « lib-dem » affirment qu’il y a de l’abus et semblent croire qu’en serrant la vis à tous les assistés, ceux-ci réintégreront en masse le marché du travail même si le taux de chômage oscille autour de 8 % depuis 2008 et si les emplois disponibles sont souvent précaires.

Selon les sondages, la majorité des Britanniques trouvent que la facture de l’aide sociale est effectivement trop salée et sont d’accord avec l’idée d’une cure d’amaigrissement. Ils s’insurgent surtout contre les bénéficiaires qui abusent du système, tout en surestimant le nombre de « Bougon ».

Une coalition d’églises est montée au créneau pour dire que les citoyens les plus pauvres seront très durement affectés par les nouvelles politiques de M. Cameron. Celles-ci reposent selon les églises sur le postulat voulant que les pauvres méritent ce qui leur arrive parce qu’ils l’ont choisi. « Quels que soient les problèmes auxquels le pays est confronté, ce ne sont pas les pauvres qui les ont causés », affirme au contraire Paul Morrison, le porte-parole de l’Église méthodiste. Les ecclésiastiques reprochent au gouvernement et à la presse de propager six mythes au sujet des pauvres, à savoir qu’ils seraient paresseux, ivrognes ou drogués, pas vraiment pauvres, tricheurs, qu’ils vivraient la belle vie et qu’ils seraient responsables du déficit.

Quand on lui a demandé s’il pourrait vivre avec 53 £ par semaine, le ministre Duncan Smith a répondu : « Je pourrais le faire si j’y étais obligé. » Réplique d’un chroniqueur du quotidien The Independent : « Il n’a évidemment pas dit : « Je ne sais pas parce que je n’y ai jamais été obligé. Et je sais que ça fait de moi un homme chanceux. » » Les 460 000 signataires d’une pétition en ligne l’ont mis au défi de vivre avec 53 £ par semaine pendant un an.

Les nouvelles mesures d’austérité sont d’autant plus difficiles à accepter par les bénéficiaires des programmes sociaux que le taux d’imposition des contribuables britanniques les plus riches sera réduit.

À voir en vidéo