Les divergences nationales

La grande préoccupation des différents membres de la famille souverainiste, ces temps-ci, n’est pas de savoir comment faire l’unité, mais plutôt d’éviter d’être tenu responsable de la division.


Il est clair que le PQ n’a pas encore assumé la perte du monopole qu’il a exercé pendant des décennies. Un jour ou l’autre, il lui faudra pourtant prendre acte de la réalité : ceux qui ont quitté ses rangs pour se joindre à Québec solidaire ou à Option nationale (ON) ne sont pas à la veille de rentrer au bercail. Au contraire, d’une initiative malheureuse à l’autre, c’est comme si le PQ cherchait à les conforter dans leur choix. Chaque semaine qui passe voit sa majorité parlementaire s’éloigner un peu plus.


En augmentant substantiellement le financement public des partis politiques, le gouvernement Marois leur a donné les moyens d’une nouvelle expansion. À cet égard, le contraste était saisissant entre le congrès qu’ON a tenu le mois dernier au Palais des congrès de Montréal et l’assemblée de fondation d’une extrême frugalité qui avait eu lieu à Bécancour un an plus tôt.


Si les intentions de vote dont les sondages créditent ON demeurent modestes, le dynamisme dont fait preuve le parti de Jean-Martin Aussant autorise de grands espoirs, mais il peut arriver que le succès monte à la tête. La confiance en soi est sans doute une belle qualité, mais il faut prendre garde à ne pas verser dans l’arrogance.


Tout le monde reconnaît la vivacité d’esprit et le sens de la formule de M. Aussant, mais le mordant avec lequel il s’en prend continuellement au PQ n’est pas de nature à faciliter les rapprochements. À l’entendre, ses anciens collègues du PQ ne sont qu’une bande de carriéristes accrochés à leur limousine, dont les prétentions souverainistes sont simplement une coquetterie intellectuelle, voire une véritable imposture.


***


En fin de semaine dernière, le chef d’ON s’est fait ovationner par les participants aux États généraux sur la souveraineté, quand il a commencé son discours en demandant : « Qui est en faveur de l’union des forces souverainistes ? » Excellente question : qui ? Chose certaine, le conseil national d’ON a décidé de boycotter le Congrès de la « convergence nationale » qui se tiendra à la fin de mai.


Ses membres « ont toute la liberté d’y participer sur le plan individuel », précisait cependant le communiqué de presse du parti. C’est encore heureux qu’on les y autorise ! La comédienne Catherine Dorion, qui siège au conseil national, a qualifié l’exercice de « café entre souverainistes ». Serait-on déjà devenu cynique à ON ?


Il est tout de même curieux que la question n’ait pas été débattue au congrès du début de mars. La déclaration du président du PQ, Raymond Archambault, qui a été invoquée pour justifier la décision du conseil national, était pourtant antérieure de trois semaines au congrès d’ON. Il est vrai que M. Archambault avait semblé fermer la porte à toute alliance avec les autres partis, mais Pauline Marois avait déclaré que le PQ participerait néanmoins au congrès de la convergence nationale. C’était toujours ça de pris.


Comme pour bien s’assurer que le conseil national d’ON ne reconsidérera pas sa position, le ministre de la « gouvernance souverainiste », Alexandre Cloutier, a réitéré lundi que le PQ devait être le seul lieu de rassemblement de tous les souverainistes. À bon entendeur, salut !


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Ceux qui espéraient trouver plus d’ouverture à la convergence chez Québec solidaire ont dû déchanter en entendant les propos tenus lundi par son porte-parole, André Frappier. Selon lui, « le PQ a plus de convergence avec la CAQ et le Parti libéral ». Le mois prochain, les délégués au congrès de QS devront se prononcer, mais le message envoyé par M. Frappier était très clair : pas question de « renforcer le PQ dans ses politiques antisociales ».


En quelques minutes, M. Frappier en était rendu à dénoncer l’union monétaire que le PQ voudrait former avec le reste du Canada le jour où le Québec deviendra souverain. Cela promet. Dans l’état d’esprit où se trouvent les uns et les autres, les diverses thématiques suggérées par le Nouveau Mouvement pour le Québec paraissent franchement surréalistes : primaires indépendantistes, plate-forme politique commune, stratégies référendaires… De toute évidence, il faudra convenir d’un certain étapisme dans les discussions.


Comme si les choses n’étaient pas suffisamment compliquées au sein du mouvement souverainiste, dont les diverses composantes sont assez déroutantes pour le commun des mortels, voilà que les États généraux ont décidé de se donner un caractère permanent. Le problème est qu’en multipliant les forums, on multiplie aussi les tribunes qui permettent d’étaler ses divergences.


 
29 commentaires
  • Luc Archambault - Abonné 9 avril 2013 03 h 24

    Étaler les divergences !?

    Étaler les divergences c'est déjà mieux que de s'ignorer... Si on étale ses divergeances déjà, c'est qu'on se sent pressé par les tenants de l'indispensable et irréductible union à mettre en place, on est obligé de se justifier de faire cavalier seul... Peine perdue, parce que rien ne sera possible en faisant cavalier seul. Comment être crédible de pouvoir faire quelque chose si on demeure seul, isolé ? On ne le peut...

    Étaler ses divergeance a contrario permet d'identifier les convergeances... D'accord, on ne s'entend pas sur la gouvernance de l'État, cela veut donc dire qu'on peut s'entendre sur la Raison d'État. D'accord les primaires indépendantistes ça ne fonctionne pas... pas de problème, vive la proportionnelle pragmatique...

    Procéder par étape, pas de problème... étaler ses divergeance ouvre le jeu... on avance...

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 9 avril 2013 09 h 18

      L’union des indépendantistes est possible en autant qu’il y ait la volonté pour ce faire.

      Pourtant, il n’est ni réalisable ni souhaitable de s’entendre avec l’extrême gauche communo-anarchiste au sein des Solidaires (le Parti Communiste s’est joint, avec d’autres collectifs, à QS en 2006).

      Rien à attendre sinon cassage, saccage et destruction. Ils paralysent et parasitent présentement QS et tant et aussi longtemps que cette faction qui sème la violence sera à l’intérieur de ce parti politique il n’y a rien à attendre d’eux concernant l’indépendance du Québec.

    • Luc Archambault - Abonné 9 avril 2013 11 h 56

      Il n'est pas question d'attendre quoi que ce soit de qui que ce soit, il est question de faire l'Union des forces démocratiques citoyennes et politiques du peuple souverain du Québec autour de la primauté de la souveraineté démocratique du peuple Souverain du Québec.

      En juin 1940, de Gaulle a pu la faire cette Union démocratique de l'extrême gauche communiste internationaliste à l'extrême droite affairiste nationaliste en passant par l'extrême centre socialiste, c'est ce Front national qui seul a pu libérer la France de l'État de clair déni démocratique du gouvernement collabo Pétain/Laval incapable d'obtenir le clair OUI référendaire du peuple souverain de France. Ses appels à la libération se terminait par Vive la France libre !

      En 1967 il est venu s'écrier ici Vive le Québec libre ! Il est venu nous dire à la face du monde libre que l'État d'occupation canadianisateur incapable d'obtenir notre clair OUI référendaire était de même nature que celui qu'il appelait à renverser en juin 1940. Il est venu nous dire qu'il nous fallait suivre son exemple, il a été accueilli ici en héros libérateur. Ne reste qu'à faire l'indispensable et irréductible union des forces citoyennes et politiques démocratiques de ce peuple pour lui donner l'occasion de Proclamer par référendum invalide sur notre sol et sous-sol national du Québec Tout État qui n'a pas obtenu le clair OUI référendaire des Québécois,es et pour Proclamer seule valide la Constitution primordiale de la République démocratique du peuple souverain du Québec.

    • Patrick Boulanger - Abonné 9 avril 2013 12 h 34

      Réponse à M. Guimont

      C'est vrai que QS compte plusieurs collectifs de gauchistes (PCQ, Masse critique, etc.) qui tentent de tirer le parti vers la gauche, mais le programme de cette formation politique est essentiellement social-démocrate M. Guimont. D'ailleurs, le PQ devrait peut-être s'inspirer de ce parti pour accueillir des collectifs en son sein qui ramèneraient le PQ un peu plus vers la gauche. Avec de tels collectifs au sein du PQ on en serait peut-être pas aujourd'hui à couper dans l'aide sociale pour équilibrer nos finances publiques. Et en ce qui a trait aux anarchistes, je ne crois pas qu'ils soient très nombreux à militer au sein de QS M. Guimont vu que les anarchistes, en théorie, ne croient pas à la démocratie représentative.

    • Louka Paradis - Inscrit 9 avril 2013 13 h 00

      D'accord avec vous, M. Guimont. J'observe aussi beaucoup d'intransigeance et d'intolérance chez les adeptes de QS. À les entendre, rien de ce que font les autres partis n'est valable. C'était assez ridicule, hier, de lire la bande passante de Radio-Canada qui reprenait les exigences de QS en ce qui concerne la souveraineté, eux qui ont invité leurs membres à voter contre le Bloc et pour le NPD en mai 2011 : un parti centralisateur dirigé aujourd'hui par l'ancien avocat d'Alliance Québec. Il faut le faire...
      Louka Paradis, Gatineau

    • Patrick Boulanger - Abonné 9 avril 2013 14 h 00

      Réponse à Mme Paradis

      Je ne pense pas que QS a invité ses membres à voter pour le NPD (bien que M. Khadir a affirmé avoir voté pour le NPD). Pouvez-vous me dire sur quoi vous vous basez pour affirmer cela ?

    • Mario Jodoin - Abonné 9 avril 2013 17 h 26

      «eux qui ont invité leurs membres à voter contre le Bloc et pour le NPD en mai 2011»

      J'étais présent au congrès de QS où il a été discuté de la position à prendre lors de la dernière élection fédérale. Il a été décidé d'appuyer tout candidat ou candidate progressiste qui pourrait aider à défaire les conservateurs. Un seul exemple a été donné, soit Maria Mourani du Bloc. Tout le reste n'est qu'invention pour discréditer notre position indépendantiste.

  • Catherine Paquet - Abonnée 9 avril 2013 05 h 59

    Parlant d'union monétaire...

    ...il ne faut pas négliger de bien observer comment, dans l'Union européenne, on gère l'union monétaire quand des situations difficles surgissent, comme ce fut le cas en Grèce, en Espagne, à Chypre ou ailleurs. Les partenaires n'ont pas beaucoup de choix entre la discipline et les mesures de rigueur qui leur sont imposées.

    Il faut absolument observer également les conditions et le temps d'attente que la banque centrale et les membres de l'Union européennes imposent aux pays qui souhaitent adopter la monnaie commune. Dans certains cas, cela se compte en décennies.

    On ne peut pas faire partie d'une union monétaire et ne pas appliquer la discipline imposée par la banque centrale ni mener des politiques fiscales et budgétaires qui ne seraient pas en harmonie avec l'orientation donnée par les autorités monétaires et les partenaires les plus puissants.

  • Mathieu Bouchard - Inscrit 9 avril 2013 06 h 42

    financement d'ON

    La différence de la loi sur le financement n'a même pas encore pu faire effet ! Les billets du congrès n'étaient financés qu'à 20 % par les dons précédents, le reste comptant comme « frais accessoires » selon le DGÉQ (règlement pas nouveau) parce que chaque billet se vendait 40 $. Si le budget interne avait été plus serré, ON n'aurait eu qu'à vendre chaque billet 50 $ et ça n'aurait pas rebuté grand monde.

    Donc, ça prend d'autres explications pour expliquer le changement qui a eu lieu d'un congrès à l'autre, et ça permet de prédire de plus grandes choses en 2013 quand les bienfaits de la Loi 2 rentreront.

    Par contre, la résolution prise sur le salaire du chef a été vraisemblablement prise à cause de la Loi 2, sinon ça n'aurait pas passé, ou le montant aurait été bien différent.

  • martin grenier - Inscrit 9 avril 2013 09 h 07

    la politique

    Des farceurs les politiciens du premier au dernier
    martin grenier

    • Louka Paradis - Inscrit 9 avril 2013 13 h 04

      «La critique est aisée, mais l'art de gouverner est difficile.» Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier sans nuances. Il y a des personnes intègres et compétentes qui se sont dévouées corps et âme pour faire progresser le Québec et améliorer nos conditions de vie. Nous leur devons respect et reconnaissance.
      Louka Paradis, Gatineau

    • Maxime Dion - Inscrit 9 avril 2013 15 h 09

      @Louka Paradis

      <<Il y a des personnes intègres et compétentes qui se sont dévouées corps et âme pour faire progresser le Québec et améliorer nos conditions de vie>>

      Particulièrement au PQ & Bloc, n'est-ce pas ?

  • Jean Lapointe - Abonné 9 avril 2013 09 h 32

    Le PQ doit continuer comme si les autres partis n'existaient pas.

    «Il est clair que le PQ n’a pas encore assumé la perte du monopole qu’il a exercé pendant des décennies.»

    Que le Parti québécois n'ait plus le «monopole» de la souveraineté, dans le sens où il n'est maintenant plus le seul parti à vouloir la souveraineté ou l'indépendance du Québec, c'est-à-dire à vouloir que le Québec vole de ses propres ailes et à y travailler, c'est une évidence.

    C'est incontestable parce qu' il y aussi d'autres partis qui s'en réclament, dont les plus importants sont Québec solidaire et Option nationale.

    Mais ce n'est pas une raison pour ne pas se considérer comme celui qui a la plus grande légitimité et de ne pas aspirer à ce que l'unité se fasse en son sein.

    Ce n'est pas une raison d'assumer comme une défaite le fait qu'il existe maintenant d'autres partis souverainistes.

    C'est que QS et ON sont condamnés à rester des partis marginaux alors que le Parti québécois , lui, est un grand parti qui est implanté partout au Québec et il est le seul des partis souverainistes qui peut aspirer à occuper au pouvoir.

    Jamais QS solidaire ne peut aspirer à gouverner le Québec, et cela pour bien des raisons, et en particulier parce que QS se dit favorable à la souveraineté que dans la mesure où il pourrait appliquer son programme dit de gauche.

    ON non plus ne peut aspirer à gouverner le Québec parce qu'il est considéré comme étant trop radical. C'est un parti qui fait peur à bien des gens parce qu'il présente l'image d' un parti agressif et sectaire et, en plus, il suscite une certaine méfiance parce qu'il donne l'impression d'être le parti d'un seul homme.

    Bref, le Parti québécois ne peut que regretter l'existence de partis politiques qui disent être aussi des partis souverainistes et qui entrent en concurrence avec lui en le critiquant négativement, mais il ne peut que reconnaître qu'ils existent.

    Mais il doit continuer son action comme il l'entend en espérant que ces deux partis ne lui nuisent pas trop, malgré ce qu' eux souh

    • Solange Bolduc - Inscrite 9 avril 2013 11 h 05

      M. Lapointe je suis assez d'accord avec votre analyse !

    • Luc Archambault - Abonné 9 avril 2013 12 h 05

      L'isolationnisme électoraliste totalitariste débilitant ne nous mènera nulle part.

      Seule l'Union des forces citoyennes et politiques démocratique d'un peuple est en mesure de renverser une dictature. Regretter ne sert à rien. Il faut tenir compte de la réalité. Le déni est le propre des incapables. Le PQ seul est incapable de faire seul ce qui ne peut être que le fait de tout un peuple.

      Le PQ seul peut gouverner, mais il ne peut seul renverser une dictature. S'il avait pu, il l'aurait fait. Voilà 40 ans qu'il pense pouvoir agir seul. Il est grand temps qu'on comprennent que cet isolationnisme ne peut qu'assurer la victoire de la gouvernance collabo d'un État de clair déni démocratique.

      Il n'y a rien à espérer d'un gouvernement collabo qui gouverne le peuple en vertu d'une légalité qui n'est pas celle du peuple. De Gaulle avec raison a refusé la gouvenance collabo et ce n'est que l'indispensable et irréductible union des forces démocratiques citoyennes et politiques du peuple Souverain de France qui a pu libérer la France. Pourquoi devrait-il en être autrement ici ? Pourquoi ici la gouvernance collabo pourrait nous mener ailleurs que dans l'impasse dans laquelle nous nous trouvons depuis 254 ans ?

      Il faut cesser de tolérer que s'impose un État qui nie la primauté démocratique de la souveraineté du peuple. Il faut rompre avec la gouvernance collabo, il faut appeler ce peuple à invalider l'État présent de clair déni démocratique, il faut cesser de rêver, il faut s'occuper du présent, de l'État présent.

    • Louka Paradis - Inscrit 9 avril 2013 13 h 18

      D'accord aussi. Il ne faut pas oublier que ces deux partis sont issus du Parti Québécois. C'est bien dommage, car ils croient réinventer la roue : il leur faudra refaire tout le travail que le PQ a abattu depuis sa fondation. Ce serait mieux pour tout le monde qu'ils travaillent au sein du Parti pour faire avancer leurs idées et qu'ils apprennent à mettre de l'eau dans leur vin. Cette attitude du "j'ai raison" est improductive : c'est d'ailleurs intéressant d'observer que c'est la même attitude qui prévaut au sein de l'Asse, frange étudiante bien appuyée et endoctrinée par QS ; et cela, de plus en plus avec Blandine Parchemal, ex-candidate communiste en France, en 2008. Même chose pour JM Aussant qui est trop pressé et qui se prend pour René Lévesque : il n'a pas hésité à dénigrer Mme Marois publiquement lorsqu'il a quitté le parti. Quand il aura fait le tour de son jardin, il pourra prétendre à la chefferie du PQ. Brillant, mais prétentieux. Dire qu'il pourrait être Ministre des finances aujourd'hui sans son orgueil démesuré... ou encore Président du Conseil du trésor : quel gâchis !
      Louka Paradis, Gatineau