Le PLQ et l'intégrité - Le premier défi de Philippe Couillard

Sous la gouverne de Philippe Couillard, le Parti libéral devra sévir contre les magouilleurs.
Photo: - Le Devoir Sous la gouverne de Philippe Couillard, le Parti libéral devra sévir contre les magouilleurs.

D’après le dernier sondage de Léger Marketing paru dans Le Devoir et The Gazette, le Parti libéral du Québec (PLQ) vient en tête dans la faveur des électeurs, mais, chez les francophones, le Parti québécois (PQ) mène encore. Le chef libéral, Philippe Couillard, l’emporte en « santé », Pauline Marois le dépasse pour « la défense des intérêts du Québec », et François Legault, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), les devance pour « l’économie ». Mais, pour l’enjeu crucial de « l’intégrité », nul ne semble de taille à être premier ministre !


Certes, pendant qu’à Montréal et dans les environs, une collusion de mafiosi, de professionnels et d’entrepreneurs s’adonnaient à la corruption de fonctionnaires et au pillage des fonds publics, aucun de ces chefs n’était aux commandes à Québec. Néanmoins leur classe politique reste discréditée, et nombre de Québécois, toujours humiliés. En pareil climat, qu’une élection ait lieu plus tôt ou plus tard, la question principale qui sera posée aux candidats est la même. Elle tient en un mot : intégrité.


C’est pourquoi, sous peine d’être alors éclaboussé par quelque autre surprise scabreuse, chaque parti aura d’abord à scruter le passé tant de ses élus que de ses recrues. L’urgence, en effet, ne sera plus seulement de récupérer les millions volés aux contribuables québécois, ni même de chasser l’argent sale du financement électoral. Il s’agira avant tout d’élire des députés assez courageux pour procéder à un nettoyage radical, dans les entreprises fautives, mais aussi au sein de quelques bureaucraties ineptes.


Or, si les vieux partis sont tous soupçonnés, sinon de complicité, du moins d’aveuglement ou d’incompétence, le PLQ est toutefois visé tout particulièrement. Philippe Couillard aurait pu normalement rétablir la réputation de son parti, n’ayant pas été mêlé aux affaires louches de l’ex-cabinet libéral. Mais, dès la course à la chefferie, il s’est trouvé à devoir défendre sa propre réputation. Il l’a fait avec succès au PLQ, mais le pourra-t-il aussi auprès des Québécois ?


Accédant à Ottawa au Conseil privé, le Saint des Saints du pouvoir fédéral, l’homme avait franchi avec succès les enquêtes usuelles de la GRC, du SCRS, de l’Agence du revenu et du Surintendant des faillites. Qui dit mieux ? Hélas, son ami d’alors, le Dr Arthur Porter, invité également par Stephen Harper à partager les mêmes secrets d’État, aura déjoué tous ces filtres sécuritaires. L’ex-ministre de la Santé s’est trouvé du coup à perdre ce certificat d’intégrité, se faisant reprocher, en plein scandale à l’hôpital McGill, une liaison financière douteuse avec le docteur manipulateur qui en avait la charge.


À vrai dire, notait récemment Henry Aubin dans la Gazette, Philippe Couillard ne fut pas le premier ni le seul à faire confiance au Dr Porter, aujourd’hui accusé de plusieurs méfaits en rapport avec le CUSM. Plus d’un médecin aura été trompé par le personnage. La firme de « chasseur de têtes » qui l’a recruté n’a vu que du feu dans ses prouesses passées. Et le conseil d’administration qui l’a embauché lui aura donné carte blanche. Le Dr Couillard a-t-il été naïf ? Peut-être. Mais tout un milieu le fut.

 

Tout le monde était dupe


Même le premier ministre, qui a promu Arthur Porter à Ottawa, aura été dupe des impressionnants contacts qu’il affichait alors avec les maîtres républicains de la Maison-Blanche. Or, au lieu de faire enquête sur les failles étonnantes qui lui permis de se hisser au sommet d’institutions parmi les plus importantes au pays, toute une presse aura pourchassé le futur chef libéral, comme s’il avait refusé d’expliquer ses relations ou ses activités passées.


Il était déjà abusif de relayer dans les médias, sans répit ni plus d’enquête, les doutes semés sur Philippe Couillard par ses concurrents du PLQ. À en croire des chroniqueurs, il faut s’attendre, l’élection venue, à d’autres salves de « culpabilité par association » de la part de ses adversaires. Dans une lutte qui s’annonce très serrée, la tentation sera forte de s’en prendre à un homme, alors qu’il faudrait plutôt démystifier le système politique québécois - faussement avant-gardiste - qui a permis à la corruption d’accéder au pouvoir.


Pourtant, le chef du PLQ ne sera pas jugé d’abord pour ses activités passées ni pour ses relations privées. Il hérite d’un parti dont quelques ministres bafouaient ouvertement la loi électorale ou durent démissionner dans des circonstances nébuleuses. La commission Charbonneau n’a pas encore traité des contrats relevant des autorités provinciales. Mais le public sait déjà que l’ex-gouvernement a toléré des pratiques condamnables et refusé longtemps d’y mettre fin. L’épuration du PLQ, un parti qui prétend revenir au pouvoir, est la première tâche du nouveau chef.


Ce parti, en effet, ne saurait plus tolérer ces magouilleurs qui recherchent le pouvoir pour en tirer des avantages souvent indus. Il ne peut non plus s’en remettre aux bons libéraux, dévoués et honnêtes, mais trop faibles pour éradiquer la fripouille. Chasser les premiers et redonner la parole aux seconds ne sera pas une mince tâche. Mais ce virage éthique importe autant sinon plus que l’ouverture aux idées et aux débats. Là réside la légitimité démocratique.


Le Dr Couillard saura-t-il procéder à cette chirurgie politique ? Voudra-t-il arracher les chancres du financement sale ? Chasser les mercenaires qui concoctent l’image du parti et son programme ? Et enfin briser le joug de ces millionnaires anonymes qui, non contents de choisir parfois un chef de parti, en sont venus ces dernières années à recruter jusqu’à certains de ses candidats ? Le chef du PLQ ne donnera pas au Québec une vraie fierté démocratique sans d’abord en rendre digne sa propre formation politique.


 

Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l’Université de Montréal.

À voir en vidéo