Revue de presse - Ce Québec qui cherche la chicane…

Le National Post et le Globe and Mail en sont tous deux convaincus : Pauline Marois cherche la chicane, et rien d’autre, avec ses politiques de gouvernance souverainiste.

Sans grande surprise, les deux quotidiens nationaux ont accueilli le plan Marois avec une brique et un fanal dans des éditoriaux publiés jeudi. Autant le détail que l’ensemble sont critiqués. Mais des quelques lignes directrices de la gouvernance souverainiste - dévoilées mercredi par le ministre des Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier -, c’est certainement la directive la plus symbolique qui a attiré le plus d’attention : celle incitant les ministres à ne pas parler anglais dans les rencontres fédérales-provinciales.


Au Globe, on estime que cette directive révèle toute « l’étroitesse d’esprit » de l’ensemble des politiques de gouvernance souverainiste (qui comprend la création de commissions d’examen pour confronter certaines décisions d’Ottawa). « L’idée semble être que les ministres fassent des enfantillages en prétendant ne pas parler anglais », écrit le Globe.


Le quotidien ne se dit pas dupe des intentions du plan de gouvernance. « M. Cloutier dit que ces mesures ne sont pas une déclaration de guerre contre Ottawa, mais la stratégie ressemble à une quête pour trouver des irritants et des frictions, cela dans l’espoir de mousser la tenue d’un autre référendum. »


Dans le National Post, l’équipe éditoriale s’inquiète de voir que le Québec de Pauline Marois n’est pas celui de Gilles Vigneault. Façon de dire que la première veut bâtir un pays par la confrontation, là où le poète en vante plutôt les vertus et beautés.


Le concept des commissions d’examen comme celle de l’assurance-emploi « vise uniquement à ce que Mme Marois choisisse cyniquement des batailles avec Ottawa dans l’espoir de convaincre les Québécois que la vie au Canada est une suite interrompue d’insultes intolérables », écrit-on. Or, « qui veut d’une nation souveraine bâtie sur des doléances mesquines et inventées de toutes pièces ? », demande le Post.


Concernant la directive du français, le quotidien note que le discours du ministre Cloutier a sensiblement évolué entre mardi et mercredi. L’interdiction de parler en anglais est devenue une incitation à parler en français. Mais peu importe, le simple fait que Pauline Marois s’inquiète du comportement de ses ministres alors qu’elle a une économie de 300 milliards (le PIB) à gérer est ridicule, dit le National Post.


Au final, le Post se désole que l’élection du Parti québécois ait contribué à raviver des tensions linguistiques qui profitaient d’une détente depuis quelques années. En ajoutant cela à la perspective de voir le PQ créer des controverses par voie de commissions d’étude, le journal se demande quand « serons-nous jamais libérés » des sempiternelles frictions entre Québec et Ottawa…

 

Le NPD et le socialisme


Lors de son dernier congrès bisannuel - à Vancouver, en juin 2011 -, le Nouveau Parti démocratique (NPD) avait évacué une question délicate : que faire de la profession de foi socialiste contenue dans le préambule de la constitution du parti ? Dans l’euphorie postélectorale, le débat avait été reporté au congrès suivant, qui se tiendra la semaine prochaine à Montréal.


On y est, et le débat aussi. Dans Postmedia, la chroniqueuse Tasha Kheiriddin rappelle que le NPD a toujours été un absolu défenseur d’un État interventionniste. Il était pour la nationalisation des banques dans les années 1970, contre le libre-échange dans les années 1980, contre les coupes permettant de réduire le déficit dans les années 1990.


Cela dit, les temps ont changé, le NPD aussi, et Thomas Mulcair n’a jamais caché son intention de sortir le parti de certaines ornières idéologiques (même symboliques). N’empêche que le retrait du mot « socialisme » du texte directeur du parti ne se fera pas sans heurt, prédit Kheiriddin.


D’un côté, sortir du discours anticapitaliste permettra au NPD de présenter un message moins effrayant pour certains libéraux, dit-elle. Mais de l’autre, la décision de renier le socialisme pourrait « affaiblir la colle qui tient ensemble la coalition » réunie au sein du NPD. « La dernière chose dont le parti a besoin, c’est sa propre version du Parti réformiste ou une version nationale de Québec solidaire. »


Kheiriddin estime que ce type de compromis est essentiel pour le NPD s’il veut parvenir au 24 Sussex. Mais elle se demande si les néodémocrates vont se reconnaître quand ils arriveront là…


Sur le même sujet, le Globe and Mail parlait d’un « adieu aux armes » pour les « camarades » néodémocrates. Un adieu absolument nécessaire, toutefois : « Un examen de ce dogme anticapitaliste véhément devrait convaincre toute personne raisonnable que plus tôt le changement se fera, mieux ce sera », écrit l’équipe éditoriale du quotidien.


Celui-ci s’étonne que la constitution de l’opposition officielle endosse encore « les pires excès » du socialisme. Le Globe conclut avec sa propre profession de foi : « Le capitalisme, s’il n’est pas parfait, est le système qui convient le mieux à créer la prospérité, l’égalité et le progrès, alors que le socialisme est le meilleur système pour créer des Cuba, des Venezuela et des Union soviétique ».

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