Vos placements - Que faire avec 4 millions de dollars?

Je m’apprête à prendre ma retraite. Je vendrai mes parts de notre entreprise familiale à mon fils pour la somme de 4 millions de dollars.

J’aimerais consulter un conseiller financier pour discuter des options d’investissements possibles pour m’assurer une retraite confortable.


On me dit que je devrai payer jusqu’à 1 % du montant total de mon portefeuille pour les services d’un gestionnaire. Dans le contexte actuel, on me parle d’un rendement sécuritaire de 4 %. Donc, les frais de gestion seraient de 25 % du rendement. Je trouve cette idée franchement ridicule.


J’aimerais trouver un conseiller qui me facturerait à l’heure pour ses consultations. Par exemple, je pourrais payer un expert, deux ou trois fois par année, la somme de 1000 $ pour une consultation d’une heure. Ça existe des conseillers qui offrent leurs services à un taux horaire ? Ou qui facturent à l’acte pour leurs services ?


De façon plus large, que feriez-vous avec un montant de 4 millions à investir ? Je m’occupe personnellement de mon portefeuille actuel d’environ 1 million de dollars mais, en prenant ma retraite, je préférerais déléguer cette activité à quelqu’un d’autre et m’éviter une grande partie du stress qui accompagne la gestion de mes avoirs financiers, surtout si le montant des investissements augmente significativement au cours des années qui suivront.


Paul

Mont-Saint-Hilaire


 

Pour un portefeuille de 1 million de dollars et plus, je pense que vous devriez regarder du côté de la gestion privée discrétionnaire. Il existe en effet des firmes et institutions financières qui offrent un tel service à leurs clients. Toutes les grandes banques offrent un service de gestion privée à leurs clients. Le hic : elles vendent également une multitude de produits financiers. Elles sont donc en conflit d’intérêts. Elles seront tentées d’investir vos sous dans leurs divers produits, dont leurs fonds communs de placement.


Pour ma part, je préfère de loin investir directement dans les actions de grandes compagnies canadiennes et américaines ainsi que dans les obligations négociables de grande qualité. Il existe des firmes de gestion indépendantes qui offrent un tel service. La plus réputée d’entre elles est certainement Jarislowsky Fraser. Cette maison offre, moyennant un pourcentage de la valeur du portefeuille, un service de gestion discrétionnaire. C’est-à-dire que les gestionnaires s’occuperont d’investir vos liquidités directement dans les actions de grandes entreprises qu’ils suivront à votre place. Évidemment, vous devrez au préalable définir avec ces gestionnaires les objectifs recherchés et le degré de risque avec lequel vous désirez composer. Pour un portefeuille de 1 million de dollars et plus, les frais annuels de gestion devraient se situer quelque part entre 0,5 % et 0,75 % de la valeur du portefeuille.


Certes, cela peut vous paraître dispendieux. Dans votre lettre, vous dites que ces frais peuvent représenter près du quart du rendement potentiel de 4 % que vous estimez obtenir dans le cadre d’une telle gestion. Pour ma part, j’estime que le rendement potentiel de vos portefeuilles sous gestion devrait être de l’ordre de 6 % et plus à long terme.


Au moment de définir vos objectifs poursuivis en matière de placement, vous leur mentionnerez que vous désirez investir essentiellement dans les actions de grandes sociétés montrant un long historique de versements d’un dividende élevé et croissant. Dites également aux gestionnaires qu’ils échelonnent leur plan d’achat sur une période d’un an et demi environ et qu’ils accumulent les actions sur faiblesse des cours. Il faut éviter de construire votre portefeuille en quelques semaines dans une période où les indices boursiers pourraient être à un sommet.


Étant donné le montant élevé de votre portefeuille, vous auriez intérêt à répartir les sommes entre deux firmes de gestion privées. De la sorte, vous pourriez comparer leur performance au fil des années.


Dundee Capital Management, avec à sa tête Ned Goodman, offre, je crois, un service de gestion privée discrétionnaire. La Financière des professionnels est une autre firme offrant un tel service.


Deux anciens associés et cadres de Jarislowsky Fraser, MM. Len Raccioppo et Marc Trottier, ont fondé en 2012 leur propre firme de gestion privée nommée Coerente. L’entreprise a des bureaux à Montréal et à Toronto.

 

255 000 $ dans un REER et un CELI

 

Je lisais votre article du 9 février et je ne comprends pas comment vous calculez qu’une rente de 25 000 $ par année peut valoir 290 000 $ avant impôt en dollars d’aujourd’hui. D’après moi, c’est beaucoup plus. Il faudrait qu’il retire sa rente pendant seulement 11,5 ans pour arriver à ce montant. Je pense que son espérance de vie est supérieure, mais je ne suis pas un expert.


Par ailleurs, j’ai une question en ce qui concerne ma situation. J’ai 65 ans, je reçois ma pension du fédéral, ma rente du Québec, plus un supplément du revenu, ce qui me donne environ 21 600 $ par année. J’ai 235 000 $ dans un REER, 20 000 $ dans un CELI investi à 40 % en actions et 60 % en revenus fixes, plus un condo d’une valeur d’environ 250 000 $, peut-être plus, libre d’hypothèque. Lorsque vous dites que ça prend 419 000 $ en actif pour prendre sa retraite à 65 ans, le condo est-il compris là-dedans ? Je pense être capable de vivre comme ça jusqu’à 71 ans, mais après, quelle est la meilleure chose à faire ?


Merci,

R. C.


 

D’abord, à propos de la valeur actuelle de la rente. Dans votre lettre, vous confondez les deux notions suivantes : la valeur accumulée de la rente et la valeur actuelle de celle-ci. La première consiste simplement à multiplier la rente annuelle par le nombre d’années qu’elle sera perçue par le bénéficiaire. Si ce dernier est âgé de 60 ans et qu’il vit jusqu’à 80 ans, la valeur accumulée de la rente se chiffrera dans son cas à 500 000 $ (25 000 $ x 20).


La valeur actuelle est un tout autre concept qui stipule que la valeur d’un dollar reçu aujourd’hui est plus élevée que celle de ce même dollar reçu dans deux ans, dix ans, quinze ans et ainsi de suite. Plus élevée à cause de quoi ? À cause du rendement que ce dollar reçu aujourd’hui peut rapporter jusqu’à ce que le prochain dollar de rente soit perçu par son bénéficiaire. Le calcul de la valeur actuelle tient compte de ce phénomène. Elle est la somme de tous ces dollars reçus au fil des ans en accordant un escompte à chaque dollar futur à recevoir selon un rendement composé annuel donné et selon l’année où il est reçu. Il va de soi que la valeur actuelle de la rente sera sensiblement inférieure à sa valeur accumulée au fil des ans. En fait, plus le rendement composé annuel retenu dans le calcul sera élevé, moins la valeur actuelle de la rente le sera. Dans le cas que j’avais analysé en février, j’ai posé par hypothèse un rendement annuel composé de 5 % à long terme. En appliquant la formule mathématique d’actualisation d’un flux annuel de 25 000 $ (c’est la rente annuelle) que recevra le rentier entre le début de sa retraite à 60 ans et la fin de celle-ci, soit à 80 ans (c’est l’espérance de vie que j’ai utilisée par hypothèse), on obtient la valeur actuelle de 290 000 $. Cette valeur est avant impôt, puisque les rentes reçues par le bénéficiaire sont avant impôt. Pour obtenir la valeur actuelle de la rente après impôt, je suggère de retrancher de la valeur actuelle avant impôt 30 %. Ce taux correspond grosso modo au taux d’imposition effectif d’un bon nombre de retraités. C’est ainsi que j’ai obtenu la valeur après impôt de 203 000 $ pour la rente en question. C’est cette valeur que je retiens pour ajouter à la valeur après impôt des autres actifs. Du total obtenu, il faut ensuite soustraire toutes les dettes. On obtient ainsi l’avoir net après impôt du rentier en question.


Concernant l’avoir net requis après impôt de 419 518 $, c’est l’avoir requis pour prétendre à un niveau de vie raisonnable pour une personne seule qui prendrait sa retraite à l’âge de 65 ans. Ce montant comprend la valeur de la résidence principale moins le solde de l’hypothèque si dette il y a encore.


Enfin, à propos de votre propre situation, je déduis d’après vos propos que vous vivez avec un budget assez serré de 21 000 $ par année. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que vous refusez de mettre à contribution votre REER de 235 000 $ en établissant un plan de retraits annuels dudit régime. Normalement, en fonction d’un tel plan, vous devriez être en mesure de retirer 15 000 $ par année du régime, montant qui serait ajusté à l’inflation annuelle pour les années subséquentes. Le hic : vous percevez actuellement un supplément de revenu garanti en plus de votre pension de vieillesse de base du gouvernement fédéral. Or ce supplément de revenu garanti sera réduit en fonction du montant retiré chaque année de votre REER. Si bien que vous jugez qu’effectuer de tels retraits n’en vaut pas la chandelle.


Une fois que vous aurez 71 ans, votre REER devra être converti en FERR. Vous serez alors obligé d’effectuer les retraits minimums exigés par la loi. Ces retraits viendront alors réduire, voire annihiler, votre supplément de revenus garantis. Jusque-là, vous préférez vous contenter d’un niveau de vie réduit, question de préserver intact votre REER jusqu’à 71 ans. Votre approche se défend.


Dans cette optique, à partir de 72 ans, vous pourriez effectuer un retrait initial annuel un peu plus élevé que le minimum exigé, soit autour de 20 000 $. Vous verriez ensuite à ajuster ce montant au rythme annuel de l’inflation pour les années subséquentes. Selon un rendement annuel composé de 5 % et un taux d’inflation annuel de 2,5 %, votre REER ne serait pas épuisé avant l’âge de 85 ans.

 

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