Question de dignité

Le PQ avait poussé des cris d’orfraie en 2004, quand le gouvernement Charest avait présenté un projet de loi qui aurait eu pour effet de pénaliser certaines catégories de bénéficiaires de l’aide sociale et d’accorder une prime additionnelle à ceux qui accepteraient de s’engager dans un parcours de réinsertion dans le marché du travail.

Un projet « sournois, rétrograde, dangereux » qui devait être expédié à la poubelle de toute urgence, avait lancé le député de Vachon, Camil Bouchard, très épris de social-démocratie, qui avait pris à témoin la Commission des droits de la personne et de la jeunesse de même que le Protecteur du citoyen, très critiques du projet.


Un remaniement ministériel opportun avait finalement permis de muter le ministre responsable, Claude Béchard, à d’autres fonctions au profit de Michelle Courchesne, qui avait dû revoir le projet de fond en comble.


Ces jours-ci, plusieurs seraient certainement ravis que la première ministre Marois retire le dossier de l’Emploi et de la Solidarité sociale à Agnès Maltais, qui a développé un véritable don pour plonger son parti dans l’embarras et dont le récent projet de Règlement sur l’aide aux personnes et aux familles, publié en catimini dans la Gazette officielle, est décrié avec la même unanimité que l’avait été le projet de loi de M. Béchard, aussi bien par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse que par le Protecteur du citoyen et le Directeur de la santé publique de Montréal.


« D’emblée, signalons que les mesures proposées par le projet de règlement affecteraient les personnes qui sont parmi les plus pauvres de la société et qui ne disposent pas de ce revenu décent susceptible de garantir l’exercice des droits et libertés », peut-on lire dans l’avis de la Commission.


***


Un des principaux arguments invoqués par le gouvernement Marois pour dénoncer la réforme de l’assurance-emploi imposée par Ottawa est que celle-ci aura pour effet de forcer les chômeurs qui seront privés de prestation à se tourner vers l’aide sociale. Il n’avait cependant pas dit qu’il verrait lui-même à empirer les choses.


Cette semaine, le gouvernement a annoncé en grande pompe la création d’une « commission nationale d’examen » au coût de 1,5 million pour évaluer les impacts de la réforme fédérale, sous prétexte que le gouvernement Harper ne s’était appuyé sur aucune étude préalable. C’est exactement le reproche que le Protecteur du citoyen a adressé au gouvernement Marois dans sa mise en garde de la semaine dernière.


Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Mme Maltais se dit maintenant prête à modifier son règlement en ce qui concerne la durée des traitements dans un centre de désintoxication, mais sa réaction à l’avis de la Commission des droits de la personne laisse perplexe. Plutôt que de s’interroger sur l’aspect moral des reproches qui lui étaient adressés, elle a adopté une attitude purement légaliste, expliquant que ses commentaires « seront analysés en collaboration avec les avocats du ministère de la Justice responsables du droit public ». Si on peut pénaliser les assistés sociaux en toute légalité, pourquoi se gêner, n’est-ce pas ?


Imaginez tout le plaisir qu’auront ces savants juristes à déterminer ce qui constitue le « niveau de vie décent » que garantit l’article 45 de la Charte des droits et libertés de la personne.


Autre question tout aussi fascinante : à quel niveau d’indigence le droit au « respect de la dignité » garanti par l’article 4 risque-t-il d’être compromis ? D’ailleurs, que faut-il entendre par « dignité » ? Il ne manque certainement pas d’exemples de riches parfaitement indignes. A contrario, ce grand sage qu’était Diogène, dont personne ne met la dignité en doute, ne vivait-il pas dans un tonneau ?


***


Son collègue de la Sécurité sociale, Stéphane Bergeron, pourrait sensibiliser Mme Marois à un autre aspect du problème auquel elle n’a peut-être pas réfléchi. Quand les provinces s’étaient plaintes des coûts additionnels que leur occasionnerait la loi C-10 sur la criminalité juvénile, le ministre fédéral de la Sécurité publique leur avait suggéré de sabrer ailleurs. M. Bergeron avait alors répliqué que diminuer les dépenses de l’aide sociale était « la meilleure façon d’assurer une hausse de la criminalité ».


Si des arguments de cette nature ne semblent guère impressionner Mme Maltais, l’épisode du projet de loi sur le futur amphithéâtre de Québec a démontré qu’elle n’est pas indifférente aux considérations d’ordre électoral.


Il y aura toujours des gens prêts à serrer la vis aux « BS », mais ce n’est généralement pas l’avis de ceux qui ont l’habitude de voter pour le PQ. Plusieurs sont déjà passablement désorientés par le comportement du gouvernement Marois depuis le 4 septembre dernier. C’est comme si Mme Maltais voulait achever de les convaincre qu’ils se sont trompés de parti. Après tout, les électeurs ont aussi leur dignité.

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6 commentaires
  • Gilles Goulet - Inscrit 6 avril 2013 06 h 17

    Il ne fait pas de doute que Mme Maltais va couler le PQ.

    • Jean Lapointe - Abonné 6 avril 2013 10 h 34

      On dirait bien que c'est ce que certaines personnes veulent d'abord et avant tout pour des raison de partisannerie politique, ou pour d'autres raisons inavouables, et non pas pour des raisons de fond.

      Il y a un acharnement contre madame Maltais que je n'arrive pas à expliquer de façon totalement satisfaisante.

      De la part de Québec solidaire, ce n'est pas étonnant. Eux ils sont en «croisade» et tous ceux qui «n'embarquent » pas dans leurs batailles sont des gros méchants sans-coeur.

      Pour ce qui est des avis exprimés par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, par le Protecteur du citoyen et par le Directeur de la santé publique de Montréal, je trouve qu'il faut les considérer avec beaucoup de précaution.

      Les gens concernés ne sont peut-être pas complètement désintéressés.

      C'est qu'il y a de quoi en douter.

      C'est comme s'il y avait des gens décidés coûte que coûte à avoir la peau de madame Maltais.

      Est-ce bien justifié? Je suis loin d'en être certain.

      En tout cas, on ne m'en a pas convaincu.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 6 avril 2013 12 h 47

      @M. Lapointe,

      Le sujet de la chronique porte sur la réforme de Mme Maltais. Vous vous bornez à faire l'apologie de Mme Marois. Rien sur Mme Maltais, ou sur sa réforme. Est-ce à dire que vous êtes totalement d'accord avec cette initiative du PQ?

  • Jean Brunet - Inscrit 6 avril 2013 08 h 56

    Opinion

    Et vlan

  • Gilles Delisle - Abonné 6 avril 2013 09 h 01

    La gaffeuse du PQ

    Agnès Maltais, comme André Boisclair, il n'y a pas si longtemps ont toujours été les gaffeurs de ce parti qui éloignent passablement de votants pro-péquistes. Mme Maltais a déjà bien entammé ce phénomène avec ses bourdes coutumières.

  • Normand Carrier - Abonné 6 avril 2013 15 h 37

    Certains se réjouissent trop vite .....

    Bien que je ne sois pas en accord entièrement sur ces modifications au projet de loi qui devra être bonifié , je suis persuadé que cette initiative de la ministre trouvent beaucoup d'écho favorable dans la population et dans la région de Québec en particulier qui penche très a droite ....

    De la a descendre la ministre et affirmer que les jeux sont faits a la prochaine élection est farfelu et provient d'imaginaires terriblement partisants .... Ces adversaires ont surement oublié que des gaffes majeures comme le Suroit , les subventions aux écoles juives , Orford , Rabaska , la corruption et la commission d'enquête sont restés dans l'actualité durant des mois pour ne pas dire des années ....

    L'affaire Whissell et Tomasssi fut questionnée durant six mois avant que Jean Charest veuillent bien les démettre de leur poste sans parler des campagnes de financement que Zambito faisait pour la ministre Normandeau et Beauchamp dont le mari Pierre Bibeau demandait beaucoup de <cash>....

    On est loin d'un scandale avec la ministre Maltais et certains détracteurs auraient intérêt a relativiser leurs propos sachant que après tous ces scandales , l'impopulaire Jean Charest a fait élire 50 députés .... Alors , il faudrait respirer par le nez ... Je comprend que les journalistes n'ont pas grand scandale a se mettre sous la dent mais quant même ......

    Aux adversaires qui souffrent d'inflation verbale , le leur poserai une question toute simple : comment expliquer que tous les allégués , nommés , poursuivis en justice , les maires qui font les manchettes a la commission Charbonneau sont tous des libéraux notoires ?