Trouver sa voix

Les quatre coachs de La voix, Marie-Mai, Marc Dupré, Jean-Pierre Ferland et Ariane Moffatt, offrant une performance avant de décider du sort cruel réservé à leurs protégés.
Photo: Sébastien St-Jean Agence QMI Les quatre coachs de La voix, Marie-Mai, Marc Dupré, Jean-Pierre Ferland et Ariane Moffatt, offrant une performance avant de décider du sort cruel réservé à leurs protégés.

Si le tiers du Québec est pendu à leurs lèvres, je me dis qu’il y a un filon. Et on ne parle pas de filets de voix. Chaque semaine, à l’émission La voix, nous avons eu droit à des gabarits imposants, du coffre, de la haute voltige, des pros déguisés en débutants dont plusieurs fréquentaient déjà les podiums et les loges de spectacles.


Davantage que la curiosité suscitée par une téléréalité bien ficelée, rassembleuse, entrelardée d’émotions fortes, de compétition, de choix déchirants, de trahisons, de guimauve, il y a eu de véritables coups de coeur. Et le prix citron ira au concepteur de ces fauteuils rouges pivotants hideux qui n’avantagent personne. On se croirait dans une salle de conférence de marbrier de Saint-Léonard. Au secours, Michel Dallaire !


Je me suis éprise de La voix, un peu malgré moi, l’oreille d’abord distraite, puis carrément séduite. Tout du long, je me suis demandé comment on pouvait obtenir un tel décalage entre la livraison musicale de certains participants et leur capacité à aligner deux phrases correctement. L’émotion, sans doute.


Meredith a mordu la poussière, lundi dernier, malgré sa reprise honorable de Femme de Nicole Croisille, tout comme Valérie Clio, si émouvante dans son interprétation créole d’une chanson de Cindy Lauper. Je votais pour elle.


Mais on a sauvé Charlotte… Ah Charlotte ! Une voix de femme dans un corps de faon, une ingénue à talons, Birkin revisitée, Carla Bruni sans Sarko. L’attachante Julie est restée en selle, ainsi que le ma-gni-fi-que Jaël, pour qui j’ai le béguin, surtout après son interprétation de Father and Son de Cat Stevens.


Je suis émoustillée comme une midinette, protectrice comme Luc Plamondon quand il parle de droits d’auteur, attendrie comme une tranche de tofu soyeux, sévère comme une prof de chant. J’ai même appelé Jean-Pierre Ferland, mon coach favori, pour essayer subtilement de lui tirer les vers du nez et la chanson au complet. Sous prétexte de parler de l’organe, je voulais savoir pour qui il en pinçait. C’est « la » Julie (ouf !), nous avons les mêmes goûts ; il lui a donné sa chance cette semaine en votant pour elle et en lui disant : « La couleur de ta voix est embrassable. » Tout en retenue.

 

C’est à cinquante ans qu’elles sont belles


Ferland l’a chanté ad nauseam : c’est à 30 ans que les femmes sont belles. Après, ça dépend d’elles, ou de leur thanatologue. Pour expliquer son choix d’une chanteuse « mature » dans la quarantaine, celui qu’on a surnommé « le petit roi » m’explique : « Julie, c’est par sentimentalité que je l’ai choisie. C’est le coeur qui parle. Félix Leclerc prétendait qu’il y a plus de courage que de talent dans une réussite. Une voix est au sommet entre 50 et 60 ans. Ginette Reno le dit aussi. Les cordes vocales ont travaillé, sont plus souples. La voix est imprégnée par tout ce qu’on a vécu. C’est le meilleur portrait de toi. Ça ressemble à ta vie. » Susan Boyle a bien eu sa chance…


Et nous sommes tous d’accord : une voix qui a pleuré, souffert, surmonté les hauts et les bas de l’existence, un chanteur qui maîtrise son organe au point d’en faire un instrument ajusté, miroir de l’âme, ne peut que rejoindre l’universel en nous. On s’accroche à cette voix comme à une bouée.


Ferland parle de « tessiture » de la voix, un joli mot décrivant l’étendue de l’échelle des sons couverte par la voix. Lui qui a écrit une chanson pour Céline Dion (la très belle Je n’ai pas besoin d’amour) prétend que la voix de la chanteuse emblématique de Las Vegas est « de mieux en mieux » avec l’âge… Prévenez-moi lorsqu’elle cessera de faire des effets spéciaux.


« L’émotion liée à l’écoute d’une voix ne tient pas à ses propriétés acoustiques mais à son impact sur le désir de celui qui écoute. Il en va de même du visage, les deux éléments les plus intimes, les plus singularisés de l’humain et ceux qui se dérobent le plus », écrit le sociologue David Le Breton dans Éclats de voix.


« Le chant rétablit un ordre dans le chaos, il donne une prise pour se rétablir face à ce qui se dérobe. » L’auteur parle également d’apaisement, d’une sorte d’endormissement. Pas étonnant que le coach Marc Dupré ait balancé à son poulain Jaël : « T’es comme une tisane à la camomille à mon oreille. Je t’adore ! »

 

Portée par le souffle


On peut aimer une voix et ne pas aimer le physique qui la porte, ou sa livraison, ou encore la façon d’occuper l’espace, de moduler avec l’organe. Il faut tant d’abandon pour chanter, offrir cette partie de son intimité sans craindre qu’on nous vole notre âme. On est parfois tentés de se farder. Et certains changent même d’accent, en perte totale d’authenticité.


Je ne partage pas avec la coach Ariane Moffatt l’envoûtement pour la voix d’Étienne, haute-contre officiel de cette téléréalité qui peut s’accrocher dans les aiguës comme dans les graves. J’ai eu ma période castrats, la posture symbolique de l’ange dans le choeur, merci. Traitez-moi de sexiste, j’espère de tout mon coeur qu’une femme remportera les suffrages (quoique Jaël…), dans la plus pure tradition des grandes voix québécoises qui ont fait notre réputation à l’étranger.


Sans surprise, Ferland penche lui aussi vers le jupon : « J’aime les voix féminines, elles sont naturellement une octave au-dessus. Mais il ne faut pas oublier qu’un organe, c’est musculaire, faut être groundé. Il faut chanter dans ses talons », me glisse-t-il.


Le choix sera difficile, dimanche prochain, entre les quatre filles et les quatre garçons qui sont parvenus en demi-finales, avec talons hauts ou plats.


« Ils sont déçus de ne pas être choisis, mais ils ne réalisent pas qu’ils performent déjà devant trois millions de personnes. C’est le début de leur carrière ! », rappelle Jean-Pierre Ferland, qui en profite pour embaucher les chanteurs de sa prochaine comédie musicale. « La voix, ce sont les plus belles auditions dont on puisse rêver, et je leur offre un prix de consolation… »


Consolation pour toutes, sauf une : « la » voix.


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cherejoblo@ledevoir.com

Twitter.com: @cherejoblo

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Écouté Little French Songs de Carla Bruni, sorti cette semaine. Une belle voix. Mais bof… J’ai l’impression d’entendre toujours la même chanson.

 

Entendu Jean-Pierre Ferland demander son numéro de téléphone au gériatre assis à ses côtés, plutôt qu’à la comédienne Julie du Page, assise de l’autre, sur le plateau d’Open Télé. À 78 ans, Ferland est capable de discernement.

 

Acheté deux fois plutôt qu’une le disque des Soeurs Boulay, Le poids des confettis. Mes deux Gaspésiennes préférées ont ce je-ne-sais-quoi de candide et de complice, allié à la pureté de la voix et à la simplicité des paroles. Et puis, elles frappent dans le mille avec leur sororité. La famille, c’est toujours accrocheur dans le coeur du public.
 




Puisé
dans Portraits de femmes de Philippe Sollers (Flammarion) cette citation sur la voix : « Entre une très jolie femme à la mauvaise voix, et une femme sans beauté apparente à la voix mélodieuse, je choisis tout de suite la deuxième, fût-ce au téléphone. La voix dit toujours la vérité, même si elle ment, ce qui n’est pas grave. »


Sollers, en bon macho français, nous présente « ses » femmes qui ont inspiré ses romans. Morceaux de récit de vie amoureuse et propos inégaux, dont ceux qu’il destine aux homosexuels.


Pour les amateurs du bonhomme. Ennuyant pour ceux qui n’ont pas lu ses livres : ils le trouveront imbuvable (ex : « Je publie de temps en temps un roman que mes amis trouvent en général excellent… »).


Y compris lorsqu’il nous raconte qu’il aurait pu porter plainte une dizaine de fois pour harcèlement féminin.

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JoBlog
 

Jaël

Ah ! Et puis je me ravise sur mes intentions de vote à La voix ; écouter Jaël Bird Joseph (avec un nom comme ça, tu es déjà assuré de voler) chanter Te quitter, de Daniel Bélanger, tu retombes en amour. Le quitter est vraiment trop difficile. Go Jaël. Je suis prête à payer 1 $ à Vidéotron pour toi, dimanche, en plus de mon compte mensuel de 112,25 $ (coach Marc Dupré).
 



Julie

Il était une fois des gens heureux de Stéphane Venne, chantée par Julie Massicotte, ça vaut son pesant d’or aussi. Quelle superbe femme. (coach Jean-Pierre Ferland).

 

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