Théâtre - Ça commence Aujourd’hui

On l’attendait avec impatience, ce dévoilement. Une attente faite de curiosité et d’enthousiasme, une attente néanmoins de pied ferme. Si Sylvain Bélanger anime le Théâtre d’Aujourd’hui de sa présence depuis plusieurs mois déjà, la maison de la rue Saint-Denis a dévoilé la semaine dernière le contenu de la première saison programmée par le metteur en scène et acteur depuis que ce dernier a officiellement pris le relais de Marie-Thérèse Fortin à la direction artistique, en septembre dernier.


À la lecture du programme 2013-2014, on constate moins un changement de cap radical qu’une poussée qui imprime une inflexion significative à la trajectoire de ce théâtre fondé en 1968. Je dénote un double souci de cohérence, dans la mesure où la prochaine saison s’inscrit dans une certaine continuité par rapport aux précédentes tout en reflétant une vision du théâtre forgée par les années de pratique du nouvel hôte des lieux.

 

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Continuité donc dans la mesure où Bélanger semble faire sienne l’une des préoccupations affichées de Fortin, soit d’ajuster la mission historique d’être le théâtre « de tous les auteurs », c’est-à-dire ouvert sur l’ensemble des dramaturgies d’ici, à la responsabilité de bâtir une relation avec certains d’entre eux au-delà de la première chance accordée.


On ne peut ainsi qu’applaudir à la décision de faire découvrir Le carrousel, la nouvelle pièce de Jennifer Tremblay qui, avec La liste, avait récolté bien des éloges, dont le Prix du Gouverneur général avant même sa création à la scène par le Théâtre d’Aujourd’hui. Le souci d’approfondir certaines fidélités se traduit aussi par un partenariat avec le Simoniaques Théâtre de Simon Boudreault (Sauce brune, Soupers), qui fut compagnie en résidence à la salle Jean-Claude-Germain pendant deux ans ; non seulement Boudreault accédera-t-il à la salle principale l’an prochain, il bénéficiera également de l’engagement du TdA à titre de coproducteur pour la création d’As It (Tel quel), son nouveau texte.


Autre choix assumé qui fait pour sa part écho à la mise à l’affiche en 2011 d’une oeuvre du dramaturge anglo-montréalais Greg MacArthur, le Théâtre d’Aujourd’hui signera à l’automne 2013 la création en français de la dernière pièce de Michael Mackenzie (La baronne et la truie), frondeusement titrée Instructions pour un éventuel gouvernement socialiste qui souhaiterait abolir la fête de Noël. Le parti pris fera-t-il grincer des dents dans les chaumières ? Je vois là pour ma part un esprit d’ouverture et une occasion d’échange, entre autres dans la mesure où un libre penseur comme Alexis Martin assure la traduction du texte que mettra en scène Marc Beaupré pour sa première prise en charge du plateau d’une scène établie.

 

Insuffler


Les deux dernières années du directorat de Marie-Thérèse Fortin avaient été inscrites sous le signe de l’Ailleurs et de l’Autre, notamment avec des textes signés Carole Fréchette, Larry Tremblay et Olivier Kemeid, dont on reprendra d’ailleurs l’an prochain l’important Moi, dans les ruines rouges du siècle en ouverture de saison. À ces échanges entre l’Ici et le Là-bas, Sylvain Bélanger a pour sa part privilégié une dialectique de l’Avant et de l’Après en posant comme questions : « Qu’avons-nous la volonté de transmettre ? De quoi sommes-nous les héritiers ? » On reconnaît là le cocréateur des Mutants de La Banquette Arrière, spectacle sur le poids de l’héritage culturel sur les plus jeunes générations.


Au nombre des décisions qui m’apparaissent significatives, faire passer Alexia Bürger du poste d’adjointe à la direction artistique à celui, nouvellement créé, d’artiste en résidence semble tenir d’une volonté marquée de faire du Théâtre d’Aujourd’hui un lieu qui, au-delà de ses rôles d’accueil et de soutien, se forge une identité créative qui lui serait propre. Ce geste de confiance et de reconnaissance permettra à la comédienne et metteure en scène, discrète mais précieuse collaboratrice d’Olivier Choinière (Chante avec moi) et de Sophie Cadieux (Je ne m’appartiens plus), de développer ses propres projets, dont cet Alfred (avril 2014) imaginé en compagnie d’Emmanuel Schwartz.


Se profile également à l’horizon une publication encore mystérieuse, un magazine dont le premier numéro sera lancé en mai. On nous promet des articles de fond prolongeant les thèmes abordés par les productions et des éditoriaux signés par le directeur ou d’autres intervenants. Voilà qui confirme une volonté de s’ancrer dans son époque, mais surtout de prendre la parole, tâche que l’on déléguait peut-être de manière plus exclusive aux auteurs ces dernières années au 3900, rue Saint-Denis.

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