Libéraux du Québec et/ou du Canada

La tenue en l’espace d’un mois de votes successifs à la direction du Parti libéral du Québec et de son pendant fédéral est inédite dans les annales politiques modernes.

Il faut d’abord y voir un signe des temps difficiles que traversent simultanément ces deux formations. Ce printemps, le PLQ et le PLC choisissent des chefs d’opposition dont la tâche principale consistera à réunir les conditions gagnantes d’un retour au pouvoir. L’un comme l’autre devra tirer son épingle d’un jeu qui se joue de plus en plus à trois plutôt qu’à deux. Mais pour l’essentiel, les ressemblances s’arrêtent là.

 

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Samedi, 750 militants fédéraux ont assisté à Montréal au seul débat québécois de la course à la direction du PLC. C’était le dernier d’ici au dénouement de la campagne le 14 avril. Le week-end précédent, quelques milliers de membres du PLQ s’étaient réunis à Verdun pour choisir Philippe Couillard comme successeur à Jean Charest.


Par définition, l’événement fédéral était voué à être plus intime que le congrès du PLQ. Mais la différence de genre n’explique pas toutes les différences entre les deux auditoires. Au Québec, le PLQ compte de trois à quatre fois plus de membres que son pendant fédéral ne compte de participants en règle en vue du vote du mois prochain, et le déficit du PLC se calcule en adhérents francophones.


Malgré l’entrée en scène de la Coalition avenir Québec, les libéraux québécois ne se posent pas de questions existentielles sur la place de leur formation sur l’échiquier du Québec. À tort ou à raison, le résultat serré du scrutin du 4 septembre les a rassurés quant au caractère incontournable de la présence du PLQ dans la dynamique du pouvoir à Québec. Les sondages postélectoraux sur les intentions de vote ont encore alimenté cette conclusion. À Verdun, la vaste majorité des militants étaient convaincus qu’en Philippe Couillard, ils élisaient un futur premier ministre du Québec.


Après avoir vu Paul Martin perdre le pouvoir, Stéphane Dion ne pas réussir à le reprendre et Michael Ignatieff se faire doubler par Jack Layton, les militants libéraux fédéraux n’ont plus cette foi aveugle dans l’inévitabilité du retour de leur parti au pouvoir.


Les débats qui ont marqué la course à la direction fédérale ont fait une place importante à l’idée que l’époque où le PLC pouvait ne compter que sur lui-même pour arriver au pouvoir avait fait son temps. Incarnée par la députée de la Colombie-Britannique Joyce Murray, l’idée d’une coalition électorale entre le PLC, le NPD et le Parti vert pour défaire les conservateurs aux élections de 2015 a fait suffisamment de chemin pour qu’elle puisse espérer finir la course en deuxième place le 14 avril.


Au fil de la course libérale québécoise, on a pu constater qu’il n’y avait guère de discordance entre les visions économiques de Philippe Couillard, Pierre Moreau et Raymond Bachand. D’ailleurs, une des premières décisions du nouveau chef a été de maintenir M. Bachand dans le poste névralgique de critique aux finances.


La course fédérale, par contre, a mis en évidence des divergences réelles sur l’arrimage de l’industrie énergétique de l’Alberta à l’économie canadienne. Depuis le début de la campagne, l’ex-députée torontoise Martha Hall Findlay est celle qui a défendu le plus vigoureusement l’importance de rendre de nouveaux marchés accessibles à l’industrie des sables bitumineux, en particulier du côté de la côte du Pacifique.


Samedi, cela lui a valu d’être accusée par Joyce Murray d’être à la solde des compagnies pétrolières. L’échange a donné un avant-goût des arbitrages internes qui attendent le prochain chef sur une des questions centrales du débat économique fédéral actuel.


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Enfin, ce n’est pas parce qu’un clivage est familier qu’il n’est pas important. On a assisté samedi à une brève passe d’armes entre l’ancien ministre Martin Cauchon et Justin Trudeau sur l’importance d’incorporer la reconnaissance du caractère distinct du Québec dans le credo libéral fédéral et, à terme, de créer des conditions favorables à l’adhésion formelle du Québec à la constitution de 1982.


Selon Martin Cauchon, il s’agit d’un passage obligé pour que le PLC renoue avec le Québec francophone. Justin Trudeau soutient plutôt que la question est secondaire par rapport à l’importance de présenter aux Québécois une vision économique et sociale du Canada plus attrayante que celle de Stephen Harper.


C’est le candidat Cauchon qui a pris l’initiative de faire écho aux préoccupations constitutionnelles énoncées par Philippe Couillard devant ses militants le week-end précédent. Pour le seul débat de la campagne fédérale en sol québécois, le thème Québec/Canada ne faisait pas partie des sujets retenus par le parti. Sur cette question, le courant majoritaire au Parti libéral du Québec est plus marginal que jamais au sein du Parti libéral du Canada.

 

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

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