Le nouveau PLQ

La fidélité est sans doute une belle qualité, mais elle ne saurait remplacer la compétence. M. Bachand avait utilisé le ministère du Développement économique comme antichambre des Finances, mais Sam Hamad, qui détenait ce portefeuille dans le dernier cabinet Charest, s’emploie depuis des années à faire la démonstration de la justesse du principe de Peter.


Jean-Marc Fournier a tenu le fort de façon tout à fait adéquate durant la course au leadership, mais lui laisser le poste de chef parlementaire était peut-être moins une marque de reconnaissance qu’une façon élégante de le refuser à M. Hamad au profit de Pierre Moreau, qui était pourtant le plus qualifié.


S’il veut réellement rouvrir le dossier constitutionnel, ce qui reste à voir, le nouveau chef du PLQ n’aura sans doute pas grand mal à convaincre son ancien collègue des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoit Pelletier, de reprendre du service, mais il a indiqué que l’économie demeurerait la grande priorité de son éventuel gouvernement.


M. Couillard lui-même n’est cependant pas associé au développement économique dans l’esprit de la population. Ce n’est pas une obligation pour un premier ministre, mais cela rend indispensable de s’entourer de gens qui le sont, comme ont dû le faire René Lévesque, Lucien Bouchard ou encore Jean Charest. Actuellement, le tandem que forment François Legault et Christian Dubé donne à la CAQ un net avantage sur le plan de l’image économique. Le PLQ ne peut pas se permettre de se laisser damer le pion sur ce terrain.


Une rumeur prête à M. Couillard l’intention de réserver la circonscription d’Outremont, que représente M. Bachand, à l’ancien ministre délégué aux Finances, Alain Paquet, défait dans Laval-des-Rapides le 4 septembre dernier. M. Paquet n’a malheureusement pas la stature requise pour être ministre en titre. Même s’il était un député apprécié de ses commettants, ses talents politiques étaient pour le moins limités. D’ailleurs, depuis la difficile expérience d’André Raynauld, brillant économiste mais piètre politicien, les libéraux n’ont plus affiché de vedette économique issue de l’université, comme c’est le cas de l’actuel ministre des Finances, Nicolas Marceau, privilégiant plutôt le recrutement dans le milieu des affaires.


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M. Couillard a pris une telle avance dès le début de la course au leadership qu’il s’est facilement laissé convaincre de jouer la carte de la prudence. Maintenant qu’il est élu, il pourra se permettre un peu plus d’audace, mais ceux qui s’attendent à ce que le « nouveau PLQ » se caractérise par des changements d’orientation fondamentaux seront déçus. Les « valeurs libérales » codifiées par Claude Ryan dans son essai de 2002 et célébrées ad nauseam par le nouveau chef demeureront essentiellement celles dont M. Charest disait aussi s’inspirer : défense des libertés individuelles, fédéralisme inconditionnel, priorité accordée au développement économique, justice sociale, etc.


Les militants libéraux, que les trois candidats à la succession de Jean Charest ont promis d’associer davantage à l’élaboration du programme, ne mettent aucunement ces principes en question. Ils souhaitent simplement ne plus avoir le sentiment d’être confinés à un rôle de figuration. On va donc les dorloter, leur fournir des documents et organiser les colloques, comme dans les années 70.


M. Couillard, qui est certainement le plus cérébral des chefs libéraux depuis M. Ryan, saura sans doute se prêter à ces exercices avec moins d’ennui que Robert Bourassa deuxième manière ou Jean Charest, mais il ne faut pas se faire d’illusions : s’il a été incapable de recruter plus de 5000 nouveaux membres durant la dernière course, il est illusoire de s’imaginer que le PLQ pourra retrouver son dynamisme d’antan. La dernière décennie a été particulièrement démobilisante, mais l’apathie avait commencé à s’installer dès le milieu des années 1980.


En réalité, c’est essentiellement en présentant de nouvelles figures que M. Couillard pourra donner l’impression d’un renouveau, en espérant que la population confondra nouveauté et changement. Dans le climat d’extrême suspicion envers la politique - particulièrement envers le PLQ - créé par la commission Charbonneau, convaincre des hommes et des femmes jouissant d’une grande réputation de porter les couleurs libérales sera également son plus grand défi.


La prolongation des travaux de la commission jusqu’en avril 2015 n’est pas de nature à lui faciliter la tâche. Qui voudra prendre le risque de s’associer à un parti dont les turpitudes risquent à tout moment de faire la manchette des journaux ?

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