C’est du sport! - La grande grille

Comme c’est maintenant la tradition, Barack Obama, un fervent amateur, a procédé à ses propres pronostics sur les ondes du réseau ESPN, et il a choisi Indiana pour décrocher les honneurs aux dépens de Louisville en finale. Remarquez, cela se tient, même si on subodore confusément que le président des États-Unis ne dispose guère des temps libres requis pour suivre les activités de la NCAA de près. (Quoique, dans le temps, Richard Nixon appelait régulièrement George Allen, l’entraîneur-chef des Redskins de Washington, pour lui recommander des jeux.)


Oui, cela se tient, et pas seulement parce que les Hoosiers forment une excellente équipe. C’est que, voyez-vous, on pourrait avoir ici affaire à un sérieux alignement des corps célestes. En effet, si on remonte quelques semaines en arrière, on se retrouve comme par magie au Super Bowl XLVII, où s’affrontaient les Ravens de Baltimore et les 49ers de San Francisco. Dont les entraîneurs étaient qui au juste ? En plein cela : les frères Jim et John Harbaugh. Or il s’avère que les Harbaugh ont une petite soeur, qui s’appelle Joani. Et Joani s’adonne à être la charmante épouse de Tom Crean, qui est l’entraîneur-chef de l’équipe masculine de basketball de l’Université de l’Indiana. Des trucs semblables ne peuvent décemment relever de la simple coïncidence.


Personnellement, je me ramasse cette année en deuil de délectable panure frite aux onze épines et fines herbes puisque Kentucky, tout champion national en titre soit-il, n’a même pas été foutu de se classer parmi les 68 clubs invités, participant plutôt au tournoi secondaire NIT où il s’est fait sortir dès le premier tour par Robert Morris, un établissement d’à peine 5000 étudiants de la région de Pittsburgh. La honte, en quelque sorte.


Il y a bien Western Kentucky, mais ce n’est pas pareil, c’est comme juste un morceau de Kentucky, et puis Western Kentucky est coté 16e et dernier de sa zone et il affrontera d’entrée le puissant Kansas et jamais en 112 joutes un numéro 16 n’a battu un numéro 1. Et pas question d’appuyer Louisville qui, bien que située au Kentucky, constitue un ennemi juré de Kentucky.


Que faire en pareilles circonstances ? Après interminable réflexion, je me suis montré en mesure d’en arriver à un accommodement raisonnable.


C’est que l’équipe de l’Université de St. Louis a pour nom les Billikens. Le billiken est une créature fictive, issue d’une oeuvre du poète canadien Bliss Carman publiée aux alentours de 1908, dont l’apparence générale pourrait être assimilée, comme disait l’autre, à un amalgame de Bouddha, d’une poupée Kewpie et du célèbre garçon-chauve-souris du Weekly World News. Le billiken a été intimement lié à l’Université de St. Louis lorsque, dans les années 1910, John Bender y a agi à titre d’entraîneur du club de football. Il appert que Bender, le pauvre, ressemblait à un billiken ; les étudiants se sont mis à appeler ses joueurs Bender’s Billikens, et puis voilà. Allez St. Louis.


Et quand St. Louis aura perdu, il me restera à me consoler en songeant à nouveau que la probabilité de dresser une grille parfaite est de 1 sur 9 223 372 036 854 775 808 et qu’il serait déraisonnable de sombrer dans la neurasthénie pour si peu.

À voir en vidéo