Perspectives - Ingérence bancale

Hier critiqué par l’opposition, l’interventionnisme du ministre Flaherty dans les stratégies commerciales des banques déchire aujourd’hui son propre parti. L’auteur du « schisme » conservateur est Maxime Bernier qui, phénomène plutôt rare, étale une dissension conservatrice sur la place publique. Il reste que Maxime Bernier a raison. Le ministre Flaherty n’avait pas à s’ingérer dans une énième guerre hypothécaire printanière. D’autant qu’il est connu que, sous les taux hypothécaires officiels affichés, se cache une marge de manoeuvre permettant à l’emprunteur, selon son profil, de négocier un taux plus bas. Jim Flaherty envoie un mauvais signal.


Le ministre fédéral des Finances s’est défendu mercredi. « Notre préoccupation, ma préoccupation, depuis plusieurs années, avec les taux d’intérêt très bas, est de m’assurer que les gens pourront payer leur hypothèque lorsque les taux d’intérêt augmenteront », a-t-il répété. Mais cette hausse maintes fois annoncée n’apparaît toujours pas sur le radar. Et déjà, la semaine dernière, le gouverneur de la Banque du Canada soulignait que la situation financière des ménages était devenue moins inquiétante, malgré un taux d’endettement toujours record. Car le marché immobilier résidentiel est engagé depuis six mois dans une phase de correction. La construction neuve est en baisse et les ventes dans l’existant sont en recul, principalement dans les grands marchés où l’on observait auparavant des poches de surchauffe. Les prix se montrent résilients, mais leur progression ralentit.


Selon l’indice de prix de maison Teranet-Banque Nationale dévoilé mercredi, les ventes ont baissé au cours de neuf des dix derniers mois, avec un recul cumulé de 13 % depuis le pic d’avril 2012. Ces baisses ont été particulièrement ressenties à Toronto, à Montréal et à Vancouver. Pour leur part, les prix reculent depuis cinq mois à Toronto, depuis six mois à Montréal. À Vancouver, ils sont en baisse de 4,5 % depuis juin 2012. Toujours selon cet indice, dans l’ensemble, d’une année à l’autre, les prix de l’immobilier résidentiel évoluent désormais en mode décélération. Les progressions de janvier puis de février étaient les plus faibles depuis novembre 2009, a fait remarquer la Banque Nationale.


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Outre la conjoncture économique et la réalité démographique, on peut conclure que les mesures annoncées l’été dernier par le ministre Flaherty portent leurs fruits. Du moins, elles semblent suffire et engendrer cet atterrissage en douceur souhaité. Le ministre répondait à l’inquiétude de la Banque du Canada devant l’endettement record des ménages en modifiant les règles hypothécaires pour une quatrième fois depuis 2008. On s’attaquait visiblement aux acheteurs d’une première maison. La mesure la plus importante ramenait de 30 à 25 ans la période maximale d’amortissement. On a également fait passer de 85 à 80 % le plafond du montant du refinancement. On durcissait également les calculs conduisant à l’admissibilité à l’assurance hypothécaire.


La préoccupation du ministre est légitime. La crise immobilière aux États-Unis a atteint une intensité dramatique avec son nombre record de familles frappées d’une saisie immobilière. Mais la crainte, probablement plus réelle encore, du ministre était la forte exposition de la SCHL à la détérioration alors appréhendée de la qualité des prêts hypothécaires et de la valeur cautionnée.


Quatre prêts hypothécaires sur cinq sont garantis par le gouvernement fédéral, dont la moitié affichant un faible écart entre le prêt et la valeur. Au moment des mesures, la valeur des prêts garantis de la Société canadienne d’hypothèques et de logement atteignait 35 % du PIB canadien. S’ajoutait, mais sans s’additionner, un cautionnement sur titres hypothécaires atteignant 23 % du PIB. Vue autrement, la valeur des prêts garantis par la SCHL est passée de 20 à 35 % du PIB canadien depuis 2007. Dans l’intervalle, le cautionnement de la société d’État sous forme de titrisation a été multiplié par 2,3.


Le tir ayant été corrigé, fallait-il en faire plus ?

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