Obama à Jérusalem

En 2007, au début de la course à l’investiture présidentielle démocrate qu’il allait remporter contre Hillary Clinton, Obama avait déclaré qu’« aucun peuple ne souffre autant que le peuple palestinien », provoquant un gros malaise dans les lobbies pro-Israël aux États-Unis. Vers la même époque, on avait appris que le futur président comptait parmi ses bons amis - ô scandale ! - un certain Rashid Khalidi, professeur à l’université Columbia, militant de la cause palestinienne et pourfendeur du sionisme. Ami d’un Palestinien militant, plein de sollicitude pour ce peuple opprimé… et ce monsieur prétendait devenir président des États-Unis !


Président, il l’est bien devenu. Mais il est vite apparu qu’en politique étrangère, quelles qu’aient été les convictions profondes (ou secrètes) de M. Obama avant 2008 sur la tragédie israélo-palestinienne, c’est l’occupation du poste qui crée la ligne politique… particulièrement sur cette question-là.


Le nouveau président tentera bien, en juin 2009, une ouverture vers le monde arabo-musulman (discours du Caire), restée au niveau des belles paroles. Puis, au fil de son premier mandat, il sera appelé plusieurs fois à réaffirmer « l’alliance indestructible » entre les États-Unis et le peuple juif incarné dans son État, même si certaines tensions se font jour et persistent entre Barack Obama et Benjamin Nétanyahou.


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L’abandon par la Maison-Blanche, entre 2009 et 2012, d’une stratégie de « pression douce » sur le gouvernement israélien, sera progressif. Il se déclinera au fil des rebuffades, plus ou moins douces, infligées à Washington par la partie israélienne.


En mars 2010, ce sera la gifle au vice-président Joe Biden, alors qu’une reprise des constructions illégales à Jérusalem-Est (jusqu’alors dénoncées par le monde entier… y compris par Washington, du bout des lèvres) est annoncée à la minute même où il met les pieds en Israël.


En mai 2011, à la limite de l’ingérence, ce seront les cajoleries de Benjamin Nétanyahou au Congrès américain devant lequel il se paye un triomphe en assénant ses inflexibles vérités.


Puis à l’été et à l’automne 2012, c’est l’appui à peine déguisé du gouvernement israélien à la candidature du républicain Mitt Romney, perçu comme un allié plus sûr… notamment sur l’opportunité d’une éventuelle attaque militaire contre l’Iran.


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Mais aujourd’hui, malgré les jambettes israéliennes, Obama a été réélu. Et pour son tout premier voyage en Israël, il arrive en position de force, ce mercredi à Jérusalem, à un moment où le premier ministre Nétanyahou, lui, est affaibli sur la scène nationale. Après son recul aux élections de janvier, il vient de former à grand-peine un gouvernement hétéroclite, sur lequel son contrôle est incertain.


D’où les questions suivantes : y a-t-il encore, en 2013, une chance pour que les choses, entre Washington et Jérusalem, évoluent dans le sens d’un alignement moins systématique ? Pour que l’intransigeance israélienne s’atténue, avec un Nétanyahou amoindri politiquement ? Et surtout, pour que le spectre d’une guerre avec l’Iran s’éloigne définitivement ?


Les analyses du vote présidentiel de novembre 2012 montrent que l’électorat juif américain - qui ne fait pas 2 % du total ! - n’a pas été influencé outre mesure par la question israélienne ou iranienne. Alors pourquoi, pourquoi, cet alignement hérité d’une autre époque persiste-t-il jusqu’à ce jour ? C’est un des mystères de la science politique contemporaine.


Obama à Jérusalem : l’occasion de repartir à neuf, sur de nouvelles bases ? De relancer un « processus » avec les Palestiniens, de bloquer l’escalade avec l’Iran ? On voudrait bien croire que le président, maintenant libéré du poids des lobbies (n’ayant plus à se faire réélire), pourrait aller dire leurs quatre vérités à ces alliés malcommodes qui lui ont mis des bâtons dans les roues. Mais on en doute.

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