Revue de presse - Double retour sur terre au PLC

Pour plusieurs commentateurs, l’abandon de Marc Garneau est venu confirmer les ratages d’une course au leadership qui n’a en réalité rien d’une course. Un candidat est en voiture sport, les six autres marchent loin derrière. « La campagne qui devait relancer les libéraux et les présenter comme une solution de remplacement excitante a plutôt révélé que le parti n’a pas vraiment d’autre but que gouverner », écrit l’analyste Greg Weston sur cbc.ca.


D’idées, on a peu discuté. Voilà pour le fond. Mais la forme aussi pose problème. La grande nouveauté de cette campagne - permettre aux « sympathisants » de voter, pas seulement aux membres - a en effet pris les apparences d’un bide. On a appris cette semaine que seulement le tiers des sympathisants recensés ont pris le temps de s’inscrire correctement pour pouvoir voter. La date limite pour l’inscription a dû être reportée.


« Mis ensemble, le départ de Marc Garneau et la perte d’une bonne partie des partisans de Trudeau montrent que la course est devenue un fiasco », écrit Andrew Coyne dans le National Post. Et les deux événements ont la même origine : l’erreur d’avoir confié aux « sympathisants » le choix du prochain leader plutôt que de laisser cette importante décision entre les mains des membres impliqués, dit Coyne.


L’affaire démontre aussi que « l’excitation générée par la candidature de Justin Trudeau est plus mince » qu’on le croyait, ajoute Thomas Walkom, du Toronto Star. « C’était une bonne façon de recueillir des noms et des adresses courriels, mais ç’a exagéré le niveau de soutien réel. » En toute chose, la valeur de l’engagement pro-Trudeau ne paraît finalement pas très importante. Un autre dur retour sur terre pour les libéraux.


Charles Adler (agence QMI) estime que le principe même des sympathisants recrutés par Facebook et autres réseaux était mauvais - à peine digne d’American Idol. « Ce n’est pas comme ça qu’on choisit le leader d’un parti qui veut former un gouvernement sérieux. C’est comme ça qu’on organise un party Tupperware ou un pyjama party », écrit-il.


Adler pense qu’un tel système ne peut convenir qu’au « plus bas dénominateur commun de citoyen, celui qui se demande “ Qui ai-je envie de voir à la télévision pour les 10 prochaines années ? ”».


En éditorial, le Post se demande dans la foulée pourquoi les libéraux n’ont pas simplement mené quelques sondages et « donné le job à celui qui arriverait premier ? Ç’aurait été plus rapide et plus économique… et le résultat aurait probablement été le même. »


« C’est vraiment un parti étonnant que les libéraux sont en train de bâtir, conclut Andrew Coyne. Un parti virtuel, qui existe davantage en théorie que dans la réalité. Le futur vainqueur n’a rien proposé de sérieux comme programme de gouvernement. Ses partisans, pour autant qu’on puisse en trouver la trace, ne sont pour la plupart pas membres du parti. Les libéraux sont plus légers que l’air. »

 

Mort d’une idole inconnue


Le concept des deux solitudes séparant le Canada s’incarne souvent bien par la culture. On se souvient du ministre James Moore peinant à nommer quelques figures artistiques légendaires du Québec lors d’un passage à Tout le monde en parle ? La mort du monument de la musique canadienne Stompin’Tom il y a une dizaine de jours a fourni l’exemple inverse.


Véritable icône country-folk au Canada, Stompin’Tom demeurait parfaitement inconnu au Québec, où son décès est passé complètement inaperçu. Tout le contraire du Canada anglais, qui a rendu de vibrants hommages au chanteur. Toute la classe politique s’y est mise, le Nouveau Parti démocratique y allant même d’une interprétation d’un des classiques de l’artiste au Parlement. « On ne connaît pas toujours nos grands de la musique des deux côtés linguistiques », remarquait alors Thomas Mulcair.


Dans un éditorial publié mercredi, le National Post écrivait que les histoires et les personnages créés par Stompin’Tom ont « lié ensemble les villes, les villages et les paysages du Canada pour former une mythologie collective » qui aura marqué durablement le Canada - à défaut de marquer le Québec.

 

Souverainement tannés


Mentionnons aussi, sur le thème des relations Québec-Canada, une chronique de Jeffrey Simpson dans le Globe and Mail de mercredi où il écrit que les Québécois sont fatigués d’entendre parler de sécession.


Simpson - qui connaît bien le Québec - rappelle que, malgré tous les efforts du Parti québécois pour promouvoir l’idée d’indépendance (40 ans de « propagande, batailles avec Ottawa, budgets de l’an 1, usage de fonds publics »), l’appui à la souveraineté est plus bas aujourd’hui qu’au moment du référendum de 1980. Même le gouvernement Harper n’a pas aidé la cause, relève Simpson.


Dans ce contexte, le chroniqueur se demande quelle mouche a piqué le NPD pour qu’il relance le débat sur la Loi sur la clarté. C’était une chose que le Bloc québécois tende un piège au NPD afin d’exposer les divisions du caucus québécois, dit Simpson. Mais le NPD n’avait pas à se tendre lui-même un autre piège - et à le déclencher.

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