Le pouvoir d’abord

M. Ryan parlait en connaissance de cause. À l’époque où il était chef, il se félicitait de voir les délégués plancher studieusement sur les documents dont il les inondait, plutôt que de faire la fortune des bars avoisinants, comme c’était leur habitude. Ce pensum n’avait pas plu à tous. Après la défaite d’avril 1981, on s’était empressé de le mettre à la porte et de revenir aux idées peut-être plus simples, mais gagnantes, de Robert Bourassa.


L’ancien alter ego de M. Bourassa, Jean-Claude Rivest, s’est dit déçu du peu de contenu généré par la course au leadership, mais il n’a sans doute pas été surpris. Selon lui, celui qui l’emportera devrait résister à la tentation de renverser le gouvernement pendant au moins un an et lancer « une grande opération de réflexion sur la vision du parti », mais l’insatisfaction grandissante à l’endroit du PQ n’est pas de nature à inspirer la patience.


Un gain de quelques points dans les sondages, comme cela se produit souvent à l’arrivée d’un nouveau chef, pourrait donner envie de précipiter les choses. Raymond Bachand répète à qui veut l’entendre que le gouvernement Marois est « le pire de l’histoire du Québec ». Dès lors, s’en débarrasser au plus vite devient presque un devoir.


« Ça peut devenir une question de principe », a fait valoir Daniel Johnson. Cela est en effet possible, mais il est remarquable de constater à quel point l’attachement aux principes peut varier en fonction des résultats des sondages.

 

***


Comme le sénateur Rivest, certains militants libéraux sont sans doute restés sur leur faim, mais M. Ryan avait raison de dire que c’est essentiellement le pouvoir qui les intéresse. Au conseil général tenu en octobre dernier pour définir les règles du jeu, il n’a semblé venir à l’esprit de personne que le parti aurait eu intérêt à prendre le temps de réfléchir.


Il était pourtant clair que le règne de Jean Charest était trop récent pour qu’il soit décemment possible de s’en dissocier. Même Philippe Couillard, qui avait pourtant quitté le gouvernement depuis plus de quatre ans, s’est fait reprocher un manque de solidarité chaque fois qu’il a fait mine de prendre ses distances.


Il n’y avait personne en mesure de forcer les autres à sortir des sentiers battus, comme Louis Bernard l’avait fait au PQ durant la course à la succession de Bernard Landry en 2005. L’ancien président de la commission politique du PLQ, Jean David, aurait peut-être pu jouer ce rôle, mais il est presque impossible pour un candidat extérieur au sérail de lever les fonds nécessaires.


Après quatre mois de course, on ne voit pas très bien ce qui va changer au PLQ. Aucun candidat ne pouvait prendre le risque d’indisposer les délégués au congrès en s’éloignant du credo libéral. Au départ, l’idée d’étendre le processus de francisation aux petites entreprises souriait à M. Couillard, mais il s’est vite rendu compte qu’au PLQ, toute velléité de renforcer la loi 101 est considérée comme une hérésie.


L’ancien ministre de la Santé a confirmé qu’il est un homme brillant, ce que tout le monde savait, mais sa vision de l’avenir du Québec, pour autant qu’il en ait réellement une, demeure très nébuleuse. Faire coïncider le retour du Québec dans le giron constitutionnel canadien avec le 150e anniversaire de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique relève du fantasme. M. Couillard ne tardera pas à découvrir à son tour que « le fruit n’est pas mûr ». Le PLQ devra pourtant trouver quelque chose pour récupérer une partie du vote francophone.

 

***


De toute manière, le contenu des différentes plateformes pèsera beaucoup moins lourd dans la balance que le dernier sondage Léger Marketing-QMI, selon lequel M. Couillard est le seul qui pourrait éventuellement conduire le parti à la victoire. Malgré le boulet que constituent ses liens avec Arthur Porter, il demeure - de loin - celui qui ferait le meilleur chef dans l’esprit des électeurs.


Même si une élection par délégation peut toujours réserver des surprises, comme Stéphane Dion en a fait une démonstration spectaculaire en décembre 2006, l’attrait du pouvoir rend très improbable le succès d’un mouvement ABC - anybody but Couillard - dans l’éventualité où un deuxième tour serait nécessaire.


Il n’y a pas de divergence idéologique fondamentale entre les trois candidats. Si, sur le plan personnel, une cohabitation de MM. Couillard et Bachand semble maintenant impossible, la grande majorité des députés et des militants dont l’ancien ministre de la Santé n’est pas le premier choix n’auront sans doute aucun mal à s’en accommoder.

À voir en vidéo