Madame Foradori

Elisabetta Foradori
Photo: Jean Aubry Elisabetta Foradori

Moi, je l’appelle madame Foradori. Ce n’est pas une question d’âge, plutôt une attitude qui sourd d’un respect sincère. C’est qu’il y a chez elle, et cela depuis la fin de ses études, en 1984, à l’université San Michele all’Adige dans son Trentin natal, cette motivation à vouloir repousser ses propres limites et celles, bien sûr, de ses cépages chéris, dont le teroldego est sans doute l’enfant roi. Le constat est d’autant plus épatant qu’il me tarde, à chaque nouveau millésime, de faire sauter le bouchon et de plonger au coeur.


Au coeur de madame ? Bien visé ! Il arrive parfois, je dis bien parfois, qu’un vigneron ou une vigneronne investisse à ce point son vin qu’il s’incarne à même le fruit en y initiant justement cette pulsation qui fait mouche. Au Vatican, ils appellent ça la transsubstantiation.


Moi, j’appelle ça un don de soi. Et c’est très exactement ce qui se passe avec les vins d’Elisabetta Foradori. Pas de miracles, ici, mais une plongée corps et âme au coeur d’un cépage autochtone réputé impénétrable, tant du côté de la couleur que de la substance.


Dans la foulée du grand-père Vittorio et de son père Roberto, Elisabetta réussit aujourd’hui à livrer un teroldego capable de vibrer sur plus d’une dimension. Mais que d’acharnements pour en arriver là ! En 1985, déjà, la dame sélectionnait une quinzaine de clones du fameux teroldego, issus de la plaine du Campo Rotaliano mais aussi du cru Vigneto Morei, afin de nuancer un peu plus ses cuvées. Depuis, sa production en rouge se répartit entre ce Vigneti delle Dolomiti 2009 (24,90 $ - 712695) et cet étonnant Granato 2009 (58,25 $ - 898130), avec quelque 160 000 bouteilles produites.


Suivra en 2002 une conversion du vignoble en biodynamie. Avec 10 ans de recul, maintenant, on constate que les vins n’ont pas seulement gagné en pureté mais ils semblent, avec chaque nouveau millésime, investis d’une vitalité, d’une vraisemblance mais aussi d’une portée qui dépassent la simple expression végétale de la vigne. Calme, observatrice, en retrait derrière ses cuvées, je sentais déjà chez elle, lors d’une rencontre au tout début des années 2000, une quête de sens, une recherche, un accomplissement à venir.


Rares sont les vins qui, à prix encore décents, non seulement livrent cet accomplissement mais le font de façon instinctive, sans tirer de plans sur la comète, éveillant l’humanité dans le simple buveur de vin. Ce Vigneti delle Dolomiti 2009 (24,90 $ - 712695) en témoigne. Robe sombre et juvénile, expression fine mais généreuse d’un fruité mûr, abondant, à la fois « porté » et « libéré » de ses amarres tanniques sous l’impulsion d’une superbe acidité. Vin de coeur et de corps, pour esprits sains (saints). (5 +) ***1/2 ©


Un Cellier italien


La dernière proposition du magazine Cellier ne manque pas de panache. Avec cette délicieuse impression qu’on ne se fait pas avoir côté prix. En voici quelques-uns résumés.


Cipressi della Court 2009, Barbera d’Asti Superiore, M. Chiarlo (16,95 $ - 11863101) : fruité vivace circonscrit avec précision sur un ensemble fluide, particulièrement digeste. (5) **1/2


Tenuta di Nozzole Riserva 2009, Chianti Classico (24,55 $ - 11881878) : on se régale des beaux tanins mûrs, frais et abondants sur un ensemble capiteux et bien nourri. Classique. (5 +) ***


Vigna Monticchio 2006, Torgiano Rosso Riserva, Lungarotti (39,75 $ - 10295789) : ce cru exceptionnel d’une maison familiale non moins exceptionnelle a ses adeptes et disparaît trop rapidement. Bouquet large et expressif, trame fine et serrée, profonde, stylée. Superbe longueur. (5) ***1/2


Guidalberto 2010, Tenuta San Guido (44,25 $ - 10483384) : superbe réussite dans ce millésime pour un rouge entier, très pur, d’une classe indéniable. Fruité riche, soutenu, vivant, doté d’un élevage sophistiqué, mais juste. (10 +) **** ©


Cygnus 2009, Tasca d’Almerita, Sicile (23,45 $ - 11896519) : cette maison familiale sicilienne ne cesse de se démarquer. Et cet assemblage nero d’avola/cabernet sauvignon exprime avec classe, distinction et authenticité le meilleur de la Sicile. C’est floral, anisé, vigoureux, très frais, d’une présence rare. (5 +) ***1/2


Sherazade 2011, Donnafugata, Sicile (20,20 $ - 11895663) : il y a beaucoup de musicalité, de sonorités vives et d’éclat dans ce rouge souple, frais et friand, au goût charmeur de cerise. Une poire pour la soif. (5) ***


Primitivo Triusco 2009, Rivera, Pouilles (22,20 $ - 11889546) : palais fragiles, attention ! Voilà qui peut faire sourciller. C’est dense, serré, vineux, tannique, corsé, avec une formidable remontée amère sur la finale, qui force le respect. Viandes braisées acceptées ici. (5 +) ***1/2


Riserva di Costasera 2007, Amarone della Valpolicella Classico, Masi (65 $ - 11873165) : insouciante jeunesse pour un rouge jouant la carte amer-sucré avec une harmonie tout simplement complète. Un rouge puissant, profond, immense, long en bouche. (10 +) **** ©


Arneis 2011, Pio Cesare (22,85 $ - 11890213) : un blanc brillant, fin, floral avec sa pointe citronnée et son parcours en bouche à la fois expressif et aérien. (5) ***


Pinot Grigio 2011, Jermann (26,60 $ - 11865851) : vous ne savez rien des pinots grigios si vous n’avez pas approché celui-ci : voilà l’étalon de mesure ! Un blanc sec maîtrisé avec art, au fruité consistant, alléchant, fluide et pourtant d’une longueur étonnante. Un gentleman ! (5) ***1/2


Curtefranca 2011, Ca’del Bosco (27,65 $ - 11155577) : imaginez un grand spumante, mais ici sans les bulles. Sève fruitée généreuse, détaillée, saline, d’une profondeur étonnante. Un must ! (5 +) ***1/2

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