Repères - Newtown? C’est si loin, tout ça…

Washington n’est pas l’enfer, mais elle est certainement pavée de bonnes intentions. La seule loi sur les armes à feu qu’on y ait adoptée depuis la tragédie de Newtown, au Connecticut, en décembre dernier, en est une qui prévoit des peines accrues pour les personnes trouvées coupables de « trafic ». Le problème, c’est qu’il est si facile de se procurer une arme à feu légalement aux États-Unis, sans passer par un caïd diplômé, que ce modeste resserrement des règles existantes ne changera rien à la situation.

Dans la foulée du drame de Newtown, Barack Obama avait pourtant exprimé son souhait de voir le Congrès bannir la vente des fusils d’assaut et de chargeurs de grande capacité. Il avait également plaidé pour la suppression des échappatoires qui permettent à un individu d’acheter des armes à feu sans que ses antécédents soient scrutés, en le faisant dans une des nombreuses foires organisées dans les centres commerciaux, par exemple.


Les élus favorables à une interdiction des fusils d’assaut et des mégachargeurs admettent que, si jamais une nouvelle loi à cet effet est adoptée, elle risque d’être édulcorée et privée de mordant. Il y a au Congrès une forte réticence à agir, entretenue par la National Rifle Association, si bien, qu’il est toujours aussi facile, aujourd’hui, de se procurer une arme aux États-Unis. Et comme les psychopathes violents sont nombreux, des citoyens normaux, notamment les enseignants, veulent s’armer pour se défendre, augmentant ainsi le stock d’armes en circulation, qui égale ou dépasse déjà le nombre d’habitants dans le pays.


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On ne sait pas exactement combien d’armes à feu sont vendues par des négociants « privés », soit dans les foires dont on vient de parler, soit entre particuliers, mais les estimations varient entre 14 % et 40 % des ventes, selon un récent reportage de la BBC. Un comité du Sénat vient d’approuver le principe d’étendre aux foires l’obligation de vérifier les antécédents des acheteurs. On est encore loin d’une adoption par les deux Chambres. Quand la transaction se fait dans un commerce « licencié », il y a une vérification sommaire, mais seules les personnes que les autorités ont déclarées inaptes ou qui ont un casier judiciaire risquent de se voir refuser l’achat d’un fusil. Un psychopathe qui, par exemple, aurait de son propre gré consulté une cinquantaine de « psys » pour divers délires n’est pas dans la mire du FBI et devrait pouvoir se procurer le flingue de ses rêves.


Ce genre d’échappatoires ont été supprimées dans certains États, qui ont pris l’initiative après la tuerie du Connecticut, vu que Washington hésite à agir. Ainsi, au Colorado, où un forcené avait tué douze cinéphiles l’été dernier, le Sénat local s’apprête à légiférer afin d’obliger tous les acheteurs à se soumettre à une vérification de leurs antécédents. Au Maryland, le Sénat a adopté des lois pour bannir les fusils d’assaut et les mégachargeurs, tout en resserrant les règles régissant l’obtention d’un permis de port d’armes.


Dans les « capitoles » des États, environ 600 projets de loi visant à raffermir le contrôle des armes à feu sont actuellement à l’étude, mais il y en aurait à peu près autant qui vont dans le sens inverse. Le second amendement à la Constitution américaine, est-il nécessaire de la rappeler, garantit le droit au port d’armes, quoiqu’en des termes un peu surannés.


Depuis 1982, il y a eu plus de 60 tueries et dans plusieurs cas, les tueurs avaient de sérieux problèmes de santé mentale. Gaby Gifford, une ancienne élue de l’Arizona qui avait été grièvement blessée lors d’une de ces fusillades, à Tucson en Arizona en janvier 2011, milite activement pour l’adoption de nouvelles lois fédérales visant à vérifier le profil psychologique des acheteurs de fusils.

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