C’est du sport! - Non merci

Il ne s’écoule guère une journée dans la grande marche du monde vers le bonheur infini sans qu’une organisation sportive professionnelle réclame des fonds publics pour se bâtir un nouveau stade, ou rénover en profondeur l’amphithéâtre actuel, ou simplement pour rien, juste pour remercier l’organisation sportive d’exister, de générer des milliards en belle activité économique de qualité totale et de divertir la population générale. Car une population divertie a moins tendance à aller se plaindre de son fardeau fiscal ou du piètre état des infrastructures à son conseiller municipal/maire/député/bourgmestre/prévôt de la maréchaussée. C’est logique.

En cette matière, le champ des possibles s’étend sans cesse. Les Nationals de Washington, pour prendre un exemple au hasard, ont largement profité de la contribution du contribuable du District of Columbia pour s’offrir un joli stade tout neuf il y a quelques années. Mais cela ne leur suffit point, et voilà qu’ils exigent plus de 36 millions de dollars des coffres du comté floridien pour de modestes retouches au complexe d’entraînement où ils tiennent leur camp annuel.


Des installations qu’ils occupent, faut-il le préciser, quelque six (6) semaines par année.


L’originalité est également de mise, comme en font éloquemment foi les Panthers de la Caroline, de l’auguste Ligue nationale de football américain. Les Panthers veulent améliorer l’expérience client, comme qu’on dit, dans leur Bank of America Stadium en installant des escaliers mécaniques et des tableaux indicateurs supplémentaires et en dotant l’édifice d’un réseau sans fil à tout casser. Coût : pas loin de 300 millions, et 200 millions seraient appréciés de la part de la population générale.


(Pour ce qui est de l’originalité, celle-là n’est pas piquée des hannetons : pour justifier les escaliers mécaniques, les Panthers font valoir qu’un détenteur de billets de saison qui avait 55 ans lorsque le stade a ouvert ses portes en 1996 en a maintenant approximativement 71 aujourd’hui et éprouve donc davantage de difficulté à se hisser aux gradins supérieurs. Si vous voulez l’avis d’un seul homme, voilà qui est aussi d’une logique implacable.)


En fait, soyons honnêtes, ce ne sont pas vraiment 200 millions qui sont attendus du public. Car une tranche de 140 millions proviendrait d’une augmentation de la taxe locale sur les mets préparés et les notes de restaurant et de bar, ce qui signifie qu’un individu qui ne voudrait pas faire sa part pour l’essor de l’expérience client n’aurait qu’à rester chez lui et à cuisiner son propre manger. Il y aurait un complot de l’industrie du livre de recettes là-dessous que je n’en serais pas étonné une miette.


Les 60 autres millions, eux, seraient versés directement par l’État de la Caroline du Nord. Parce que les Panthers, n’est-ce pas, constituent un trésor inestimable, et ici, là, on ne veut rien sous-entendre ou laisser croire qu’on se livre à une quelconque forme de chantage, mais ce serait éminemment dommage s’ils étaient contraints de déménager, non ? D’ailleurs, regardez-moi donc ça juste un peu, il y a de la place à Los Angeles…


À cet égard, il nous fait un plaisir indicible de décerner conjointement la première étoile de la semaine au conseil municipal de Charlotte, qui a dit non à la hausse de taxe, et au gouverneur Pat McCrory, qui a déclaré : « Nous n’avons pas d’argent pour ça. »


Peut-être bien que le bonheur infini n’est pas si loin, après tout.

À voir en vidéo