C’est du sport! - Le respect, y a que ça

Bon, voici que le proverbial torchon est en proverbial feu entre Canadien et le Boston, une occurrence aussi ennuyante que Joe Flacco (nous y reviendrons). Quoi, on s’attend à ce que ces deux-là se fiancent ? Qu’ils se fassent les yeux doux en se murmurant de petits riens sucrés dans le creux de la portugaise, même si cela demeure relativement difficile, d’un strict point de vue spatial, à accomplir ? Qu’ils proposent une fusion des deux entités ? Remarquez, ce serait marrant : un logo CHB et de superbes uniformes bleu, blanc, rouge, noir et jaune.

Canadien ne l’a pas facile cette année côté affaires interéquipes générales. Il y a quelques jours, John Tortorella donnait à laisser sous- entendre à demi-mots à peine couverts que Canadien pratiquait un style de jeu plate. Et là, Claude Julien prétend que Canadien joue la comédie en se laissant choir sur la surface afin d’enduire l’arbitrage d’erreur et d’envoyer l’adversaire songer au banc de punition qu’il vient de donner à Canadien une supériorité numérique indésirable. Ce à quoi Michel Therrien a rétorqué que, pour autant qu’il était concerné, Julien pouvait bien aller se faire frire deux tournés bacon.


Il faut noter que les statistiques, qui, elles, sont neutres, objectives et froides comme la guerre qui sévissait sous monsieur Staline dont nous commémorions mardi le 60e anniversaire du malencontreux passage de l’arme à gauche, parlent d’abondance. Ainsi, depuis le début de la saison écourtée (et avant les joutes de ce même mardi), Canadien s’est retrouvé en avantage numérique à 100 reprises, le plus haut total de la Ligue nationale. Le Boston, lui, 61 fois, au dernier rang. Clairement, il y a là une forme quelconque de complot.


Et ce qui demeure certain, vous pouvez aller mettre votre propriété résidentielle là-dessus à Vegas, quelqu’un dira bientôt que bondance que ce serait quelque chose d’énorme que les deux vieux ennemis croisent le matériau composite en séries. Auquel cas, bien sûr, il ne se passerait rien de particulier.


Par ailleurs, puisqu’il est question de Joe Flacco, le gaillard a signé lundi une entente de 120,6 millions de beaux dollars pour six ans, devenant ainsi le joueur le mieux payé de l’histoire de la NFL même s’il y en a qui font la file pour faire valoir qu’il est pas mal moins bon que Peyton Manning, Tom Brady, Aaron Rodgers, Drew Brees et même Ronald Reagan quand il tenait avec brio le rôle de George Gipp dans Knute Rockne All American.


Flacco, qui a mené les Ravens de Baltimore à la conquête du Super Bowl pas plus tard que l’autre jour, est quand même le premier quart-arrière de l’histoire de la NFL à remporter au moins un match éliminatoire à chacune de ses cinq premières campagnes dans le grand circuit. Mais il n’est pas ce qu’on appellerait un sujet caractérisé par la flamboyance. En janvier dernier, son propre père déclarait dans une interview que « Joe est terne. Les médias empruntent des détours pour le décrire comme terne, et il est terne à ce point. Il est terne. »


Pas trop étonnant, dès lors, que Flacco ait célébré sa nouvelle fortune en se rendant chez McDonald’s (au service à l’auto, pour être précis), où il a commandé 10 croquettes de poulet, une portion de frites et un thé glacé sans sucre ajouté, ni que lorsqu’on lui a demandé ce qu’il entendait faire de tout cet argent, il ait répondu « le regarder ».


Mais ce qu’on retiendra surtout de cet épisode, c’est cette autre déclaration du jeune homme : « Ce n’était pas une question d’argent, mais de respect. » S’il le dit, ça doit être vrai.

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