Le temps des roses

François Legault a trouvé que le gouvernement Marois faisait payer cher aux contribuables la « dette politique » que le PQ avait contractée auprès des associations étudiantes.

Tout dépend du point de comparaison. Selon les chiffres du ministère de l’Enseignement supérieur, l’ensemble des mesures annoncées au Sommet représente une dépense additionnelle de 696 millions sur une période de sept ans pour l’État, soit environ 100 millions par année.


Le chef de la CAQ a la mémoire bien courte s’il a oublié la pénible expérience du Sommet québécois de la jeunesse, qu’il avait lui-même organisé en février 2000, à l’époque où il était ministre de l’Éducation dans le gouvernement de Lucien Bouchard. C’est ce dernier qui avait promis ce sommet durant la campagne de 1998 pour s’attirer le vote des jeunes et il s’était bien juré qu’on ne l’y reprendrait plus.


Ceux qui ont trouvé que la rencontre tenue à L’Arsenal sentait l’improvisation n’étaient sûrement pas au Grand Théâtre de Québec il y a 13 ans. Dès l’ouverture, une manifestation avait tourné à l’émeute. Par la suite, le gouvernement avait complètement perdu le contrôle de l’ordre du jour et s’était fait imposer celui des jeunes.


Pour éviter que l’affaire ne tourne définitivement au désastre, M. Bouchard avait été forcé de prendre les commandes et de s’engager à injecter 1 milliard « d’argent frais » dans le système d’éducation sur une période de trois ans.


On avait ajouté 240 millions pour créer un nouveau « Fonds jeunesse » qui devait financer des projets permettant d’intégrer les jeunes au marché du travail. Tant qu’à y être, on avait profité de l’occasion pour ajouter 23 millions à l’aide sociale. On avait aussi promis d’installer Internet dans toutes les maisons de jeunes, de monter des projets d’échange avec des étudiants étrangers, de financer des organismes sportifs pour les autochtones, etc., etc.


***


Bien entendu, on n’avait exigé aucune contribution des étudiants. Depuis le retour au pouvoir du PQ en 1994, les droits de scolarité étaient de nouveau gelés et il n’était pas question de les indexer, encore moins de les augmenter. Pourtant, on avait à la retraite des milliers de médecins et d’infirmières dont le départ avait plongé le réseau de la santé dans une crise dont il ne s’est pas encore relevé complètement.


À la fin du sommet, François Legault avait lancé aux jeunes : « Vous ne vous êtes pas fait avoir. » C’est ce qu’on appelle un euphémisme. À côté de ces largesses, il est difficile d’accuser le gouvernement Marois d’avoir laissé les étudiants dévaliser la banque.


D’ici les prochaines élections, il sera fascinant de voir comment les partis d’opposition vont se repositionner sur la question des droits de scolarité, comme l’explique mon collègue Robert Dutrisac dans le texte ci-contre. Aux yeux de la population, a-t-on vraiment payé trop cher le retour de la paix sur le campus ?


Même si le PLQ et la CAQ en arrivent à la conclusion qu’il serait politiquement trop risqué de rouvrir le dossier, les étudiants demeureront sans doute très méfiants, mais il ne faudrait surtout pas croire qu’ils seront reconnaissants au PQ d’avoir aboli la hausse décrétée par le gouvernement Charest au profit d’une modeste indexation, bien au contraire.


***


Dans l’immédiat, le Sommet sur l’enseignement supérieur constitue indéniablement un succès pour le gouvernement. L’entente subséquente avec les recteurs, qui atténuera considérablement l’impact des compressions budgétaires, a même renforcé l’impression d’un jugement à la Salomon qui a équilibré les mécontentements.


Si positif qu’il soit, son effet politique pourrait toutefois ne durer que le temps des roses. François Legault n’est pas le seul à avoir la mémoire courte. En 2003, les jeunes avaient déjà oublié la « générosité » du gouvernement Bouchard. La baisse de 8 points du taux de participation par rapport à 1998 laisse croire qu’ils ne s’étaient pas précipités aux urnes.


À l’époque, cela traduisait sans doute moins de l’ingratitude que de l’indifférence. La prochaine fois, c’est plutôt le ressentiment qui pourrait pousser plusieurs étudiants à appuyer Québec solidaire ou Option nationale, qui proposent tous deux la gratuité complète.


À l’occasion du deuxième congrès d’ON, qui se tient en fin de semaine, ses militants se feront sans doute un devoir de réaffirmer cette position. Coïncidence, Jacques Parizeau, qui s’est également prononcé en faveur de la gratuité dans une récente entrevue au Devoir, a été invité à prendre la parole, mais il serait étonnant que l’ancien premier ministre leur souligne que la gratuité pourrait s’accompagner d’un sévère contingentement.


Le Comité national des jeunes du PQ, qui s’était prononcé pour un gel, ne s’y est pas trompé : la décision d’indexer les droits de scolarité constitue « un coup dur en plein coeur de la fibre militante ». Il a invité les jeunes péquistes à se « retrousser les manches pour poursuivre nos idéaux », mais certains pourraient bien décider qu’il vaut mieux les poursuivre ailleurs.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

1 commentaire
  • Normand Carrier - Inscrit 2 mars 2013 07 h 01

    Un devoir de mémoire pour Francois Legault ....

    Se faire rappeller de la sorte son sommet de la jeunesse québécoise en 2000 et le fiasco financier qui en avait résulté aurait du incité Legault a pondérer ses commentaires car lui s'était fait déculotté et avait tout donné .... Il avait même eu besoin de l'aide de son chef Lucien Bouchard pour éviter de perdre la face .... En comparaison , on peut affirmer que Pierre Duchesne et madame Marois furent des modèles de planification et d'organisation ..... Ne parlons pas des libéraux qui eux dont politique d'affrontement a coûté $90 millions en sécurité et que rien ne fut réglé ....

    En politique , les politiciens savent qu'ils ne peuvent s'attendre a de la reconnaissance et le PQ en est très concient .... Leurs stratèges savent qu'une partie des étudiants , ceux de l'Assé ont voté solidaire et ON en septembre dernier et qu'une frange partielle votera encore pour ces partis ...... Il apparait évident que pour les stratèges du PQ , la part essentielle que le PQ ira cherché pour sa majorité proviendra de la CAQ nationaliste de Francois Legault .... Il sera beaucoup plus facile de gruger de 3 @ 5 % du 27 % obtenu qui est le vote le plus nationaliste de la CAQ ....Le vote de la CAQ est très volatile et donnera suffisemment de comtés et la division du vote nationaliste n'avantagera pas les libéraux la prochaine fois .....Il faut prévoir que les libéraux seront la cible a moins que la commission Charbonneau les aient complètement anéantis ...