Catherine Voyer-Léger, blogueuse de luxe

Politologue de formation la blogueuse, Catherine Voyer-Léger est une intellectuelle féministe qui ne craint pas de bousculer les idées reçues.
Photo: Jake Wright Politologue de formation la blogueuse, Catherine Voyer-Léger est une intellectuelle féministe qui ne craint pas de bousculer les idées reçues.

Catherine Voyer-Léger est une drôle de fille. Brillante, informée et énergique, elle blogue et twitte compulsivement avec intelligence et style, naviguant entre les grands enjeux sociaux et culturels et des considérations très intimes. « Ces allers-retours entre le Moi et le Monde, entre le chatoiement de références pop, de noms à la mode, et de fulgurantes plongées dans les abysses de l’âme : c’est son système, sa manière, son pari », écrit Marie-France Bazzo dans la préface de Détails et dédales, un recueil des meilleurs textes de Catherine Voyer-Léger.


Politologue de formation - elle a notamment étudié avec Thierry Hentsch -, la blogueuse est une intellectuelle féministe qui ne craint pas de bousculer les idées reçues. Allergique à « l’idée que toutes les opinions et, par le fait même, toutes les expertises se valent », à l’idée que « la parole expérientielle », fondée sur le vécu, vaut plus que celle des spécialistes, des penseurs ou des bons chroniqueurs, Voyer-Léger défend la nécessité d’une parole intellectuelle. « Or, penser, écrit-elle, ça s’apprend aussi. Et certaines personnes sont plus qualifiées, cultivées, outillées, douées, tout simplement, que d’autres. Ça ne veut pas dire qu’elles ont toujours raison, mais ça pourrait mériter qu’on leur accorde un certain crédit. »


Très critique envers la tendance au « tout à l’individu et au vécu [qui] tend à nous faire “ psychologiser ” n’importe quoi et à centrer toute analyse sur l’expérience individuelle », Voyer-Léger rappelle que « la première règle lorsqu’on analyse des phénomènes sociaux, c’est de comprendre qu’un tout n’est pas seulement l’addition de ses parties » et, par conséquent, que « ce n’est pas parce que des hommes sont gentils que le patriarcat n’a pas de poids, ce n’est pas parce que certains individus réussissent à sortir du lot qu’il n’y a pas d’atavismes de classe ».


La question de l’intimité


Actuellement directrice du Regroupement des éditeurs canadiens-français, Catherine Voyer-Léger vit désormais surtout en Ontario, mais elle reste branchée sur les médias québécois (Le Devoir, La Presse, Radio-Canada, Télé-Québec), qu’elle aime et critique avec passion. Des émissions de la radio de Radio-Canada, par exemple, elle dit qu’elles pèchent par un ton un peu trop estival, qu’elles « sont sur le party » et qu’un peu de calme et de sérieux leur ferait du bien. « Je rêve, écrit la blogueuse, d’une radio qui se prendrait juste assez au sérieux pour réduire un peu le rythme et devenir, un moment, contemplative. […] Une radio d’hiver qui tue la morosité en la regardant dans les yeux plutôt que d’essayer, en vain, de la contourner. »


Fine lectrice et cinéphile, Catherine Voyer-Léger est obsédée par la question de l’intimité. Aussi, elle invite le lecteur dans la sienne, mais elle se sert d’un détour par les oeuvres pour « transformer l’anecdote en une parole plus englobante ». Quand on lit ses textes qui traitent de culture et de société, on imagine Catherine Voyer-Léger en intellectuelle forte, volontaire et pétante de santé. Quand on entre dans son intimité, on la découvre fragile, ultrasensible et blessée.


Elle fut, en effet, une enfant trop grande et trop grosse trop vite, avec une « peau de guenon » (elle souffrait d’hirsutisme), ce qui ne facilite pas la drague adolescente. Elle aurait voulu être belle, c’est-à-dire avoir un autre corps, jusqu’à ce qu’une femme lui fasse comprendre qu’on ne se divise pas ainsi. « Je ne voudrais être personne d’autre, écrit Voyer-Léger. Je voudrais une autre apparence, mais être encore moi pour le reste. Or, “ moi ” n’existe qu’avec mes peurs, mes douleurs, mes angoisses, mes rejets et mes victoires. Avec aussi mes rondeurs et mon corps difficile. “ Moi ” se construit sur ce corps imparfait, par ce corps imparfait. »

 

L’envie de mourir


Cette prise de conscience, sans illusion - la blogueuse rejette l’hypocrisie du discours selon lequel la seule vraie beauté qui compte est à l’intérieur -, ne résout pas le problème du difficile rapport au corps. Voyer-Léger raconte par exemple que Paris, cette capitale intellectuelle « obsédée par l’apparence », lui « fait mal à [son] corps » et elle aborde à plusieurs reprises ses malaises relationnels liés à son apparence.


« L’envie de mourir, avoue-t-elle-même, a longtemps été chez moi un compagnon de voyage, une partie de la vie. Aujourd’hui, elle s’apparente à un vague malaise qui laisse un étourdissement passager. Mais elle n’est pas complètement partie. Il m’arrive de croire qu’elle ne partira jamais. […] Je suis prête à vivre avec cette idée d’un constant combat : moi vs moi. » [sic]


Ça pourrait être pathétique. Ça pourrait s’accompagner d’un discours larmoyant, visant à culpabiliser les méchants qui entretiennent une conception superficielle de la beauté. Or, ce n’est pas ça. Catherine Voyer-Léger, qui ne tombe à peu près jamais dans le cliché, veut la lucidité, clame « qu’il n’y a rien de plus beau que les gens qui assument leurs blessures », mais ne fait pas semblant que la tristesse n’existe pas, explore sa « peur du rejet », confesse qu’elle a « envie qu’on [la] choisisse » et constate avec un certain apaisement qu’« une des belles choses qui distinguent la vie adulte d’une cour d’école, c’est que nous sommes absolument libres de choisir avec qui nous souhaitons jouer. J’avoue un faible pour les gens un peu dépeignés ». Voilà : cette femme cultivée est adulte et libre, raison pour laquelle sa parole porte.


« Annie Ernaux, écrit la blogueuse, dépasse l’anecdote malgré le caractère intime de son écriture. » Catherine Voyer-Léger aussi.

 

louisco@sympatico.ca

2 commentaires
  • Marc Blanchard - Inscrit 2 mars 2013 15 h 44

    Une préface de Bazzo discrédite totalement cet ouvrage.

  • Julie Bouchard - Inscrite 3 mars 2013 08 h 44

    La mesquinerie se porte bien

    Monsieur Blanchard, pourquoi faire part à tous de votre méchanceté ?