Le citoyen Breton

Le recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton, n’a pas mâché ses mots durant la plénière du Sommet sur l’enseignement supérieur. Selon lui, le système universitaire québécois est si « anémique » que ses facultés de médecine pourraient perdre leur accréditation auprès de l’Association canadienne des facultés de médecine. Toutefois, à l’issue du Sommet, il a dit : « Comme citoyen, je suis content. On a tourné la page sur les événements de l’année dernière. »

Bon nombre de Québécois partageront sans doute le soulagement du citoyen Breton, alors que l’inquiétude du recteur Breton risque de les laisser plus ou moins indifférents. Pourtant, personne au Sommet, ni le gouvernement ni les associations étudiantes n’ont nié qu’au terme du réinvestissement annoncé d’ici 2018-2019, les universités québécoises vont demeurer largement sous-financées par rapport à celles du Canada anglais.


En réalité, la population ne s’est jamais sentie réellement concernée par le sous-financement des universités. Le gouvernement lui-même semblait en douter. Et puis, la commission Charbonneau révélait de telles horreurs que les allégations de mauvaise administration semblaient tout à fait plausibles.


Le Sommet était perçu essentiellement comme un moyen d’en finir avec le « printemps érable » et de faire en sorte qu’il ne se répète pas de sitôt. Malgré les protestations des partis d’opposition, aucun gouvernement n’osera proposer avant des années une hausse des droits de scolarité qui irait au-delà de l’indexation annoncée.


Plusieurs avaient parié sur un échec, mais le risque était sans doute moins grand qu’il n’y paraissait. S’il y avait un consensus parmi les participants, c’était que le Québec devait impérativement passer à autre chose. Chacun était donc plus ou moins condamné à ravaler son mécontentement.


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François Legault a vu dans l’indexation à 3 % des droits de scolarité le paiement de la « dette politique » que le PQ avait contractée auprès de la FEUQ. Il est vrai que l’alliance du printemps dernier avec les étudiants avait un prix que devront assumer les contribuables.


Malgré la déception qu’affichait sa présidente, Martine Desjardins, le gain réalisé par les étudiants est considérable par rapport à l’entente qu’elle-même et ses collègues de la FECQ et la CLASSE, Léo Bureau-Blouin et Gabriel Nadeau-Dubois, avaient conclue avec le gouvernement Charest le 5 mai 2012.


Cette entente maintenait intégralement la hausse annuelle de 254 $ des droits de scolarité décrétée au départ, tandis qu’une indexation de 3 % représente une hausse de 70 $. L’entente de mai laissait bien entrevoir une baisse des frais afférents, mais elle était conditionnelle à de très hypothétiques économies qui résulteraient d’un resserrement de la gestion des universités.


Même avec l’indexation des frais afférents, qui pourrait être quelque peu tempérée par le « chantier » chargé de développer la nouvelle formule de financement des universités, la facture totale assumée par les étudiants sera nettement moindre que celle prévue par les libéraux.


Le chef intérimaire du PLQ, Jean-Marc Fournier, a eu beau jeu de citer un document préparatoire au Sommet, qui soulignait le fardeau que le financement des universités impose « aux 70 % de contribuables qui n’accèdent pas aux études supérieures ». Ce passage se voulait un argument contre le gel, mais Pauline Marois n’a-t-elle pas dit elle-même que l’indexation est l’équivalent d’un gel ?


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Françoise David s’est attiré des applaudissements quand elle a exprimé sa reconnaissance aux étudiants qui, à la faveur du « printemps érable », ont provoqué une prise de conscience au sein de la société québécoise. Les débordements auxquels a donné lieu la manifestation organisée par l’ASSE mardi après-midi, à peine quelques heures après la clôture du Sommet, risquent toutefois de couper court à cette reconnaissance. Du coup, les plus mauvais souvenirs du « printemps érable » sont revenus dans les mémoires.


Depuis des mois, le ministre de l’Enseignement, Pierre Duchesne, a répété inlassablement que le temps de la confrontation était terminé, comme s’est empressé de le rappeler son homologue libéral, Gerry Sklavounos. S’agissait-il d’un baroud d’honneur ou la confrontation a-t-elle simplement fait une pause ? Si l’appel à la grève de l’ASSE n’a pas reçu l’écho souhaité dans plusieurs cégeps, il demeure manifestement en mesure de causer de sérieuses perturbations.


À voir la déception affichée par la présidente de la FEUQ depuis lundi soir, il était bien difficile pour un étudiant de ne pas voir une cuisante défaite dans l’indexation des droits de scolarité. En fin de journée, Martine Desjardins semblait plus encline à insister sur les gains réalisés au Sommet. Elle se souvient certainement que l’entente intervenue avec le gouvernement Charest en mai 2012 avait été perçue comme une véritable insulte par le mouvement étudiant, qui s’était radicalisé. Le citoyen Breton se serait-il réjoui trop rapidement ?

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