#chroniquefd - Transparence déficiente

C’est amusant… quoique. Samedi dernier, alors que la planète entière avait mis ses accros de la techno et de la démocratie numérique au diapason de la Journée internationale des données ouvertes, la Ville de Montréal a décidé de rendre publique une nouvelle série de données numériques détenues par l’administratif public. Pour l’occasion.

Au total, 21 ensembles ont ainsi été libérés. On cite les plus signifiants : « description et géolocalisation des arbres du domaine public », « relevé d’altitude à des points sélectionnés sur l’île de Montréal », « géolocalisation des arceaux à vélo », « localisation des monuments et sites » ou encore « tracé des rues de Montréal (ensemble de lignes) ».


Paradoxalement, deux jours plus tôt, Montréal Ouvert, un groupe qui appelle à une plus grande transparence des données démocratiques de la ville avait réclamé, à l’approche de cette journée, une libération de données un peu plus consistantes que d’ordinaire de la part de la Ville. L’organisme a ciblé par exemple les informations numériques sur la participation des élus aux votes, sur les dépenses des élus, sur l’agenda des réunions des conseils, sur les procès-verbaux des réunions des conseils, mais également a réclamé la liste et les détails de tous les contrats octroyés par la Ville et les arrondissements. Entre autres choses.


Visiblement, l’appel a dû entrer à l’Hôtel de Ville le jour où l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a fait sortir tout le monde pour perquisitionner dans l’institution démocratique. C’était mardi dernier. Du coup, Montréal Ouvert et les autres groupes versés dans la numérisation sociale et politique du présent vont devoir se contenter des « polygones délimitant les jardins communautaires », des « cours d’eau » ou encore de la liste des « 488 piscines avec données de géolocalisation », pour mener à bien leur vaste projet de transparence par le numérique et de construction d’une nouvelle démocratie, dans ce même format. Pour le moment, du moins.


Dans une lettre publiée dans nos pages la semaine dernière, Montréal Ouvert ne manquait pourtant pas d’arguments pour inciter l’administration publique à cesser de parler de transparence - ce que le premier magistrat Michael Applebaum fait d’ailleurs de manière assez redondante, merci - afin de se donner les moyens de la faire réellement. Le groupe estime que, dans un environnement social et professionnel de plus en plus numérisé, la démocratie montréalaise ne peut pas rester plus longtemps numériquement impénétrable. Elle doit se mettre rapidement en harmonie avec ce présent où la donnée cultive les liens tout en permettant, de façon inédite désormais, grâce à la rapidité des calculateurs informatiques et au potentiel de croisements de l’information, une surveillance accrue, des internautes, certes, de leur comportement, mais aussi de suivre la circulation des idées et… les déplacements des fonds publics, à condition que l’information de base ait été « libérée ».


L’organisme soulignait au passage qu’il est toujours impossible pour un citoyen « de consulter le vote des élus, leurs participations à des réunions, de connaître les personnes qu’ils rencontrent, les motions proposées aux réunions des conseils » ou encore d’avoir accès « aux procès-verbaux complets des réunions des conseils et des arrondissements ». Il appelait dans la foulée à un « changement de culture dans la publication et la transparence des informations civiques municipales », et ce, pour restaurer la confiance des citoyens en l’institution, tout en induisant une plus grande participation des citoyens dans la vie démocratique.

 

Ni cher ni compliqué


Pas besoin pourtant d’aller fouiner dans les « 408 fiches descriptives des fonds d’archives » ou dans « les prévisions budgétaires des dépenses et des revenus » - que la Ville vient d’accrocher sur son portail de données ouvertes - pour savoir que la démocratie, quand elle se joue derrière des portes closes, n’est pas profitable au bien commun, et ce, que ces portes closes soient numériques, ou pas.


Depuis l’automne dernier, une commission Charbonneau donne à chaque audience la pleine mesure des dérives qui viennent avec l’opacité et qui se chiffrent en millions de dollars dont les contribuables montréalais - à qui l’on demande soit dit en passant (et cavalièrement dans les circonstances) de payer cette année un peu plus de taxes - ont été floués au fil des années. Leur permettre, pour ce double paiement, un pour la hausse de taxes, l’autre pour l’incurie de fonctionnaires véreux, de poser un regard numérique sur la vie de la cité, sur les activités de leurs élus et sur les déplacements des fonds publics lors de l’octroi des contrats municipaux est loin d’être une demande extravagante.


Les défenseurs d’un gouvernement ouvert précisaient la semaine dernière que la diffusion de ces données démocratiques n’était pas une chose techniquement compliquée, ni chère. Elle relève surtout d’une « décision politique » que l’administration Appelbaum, plutôt que de « patiner », comme on dit, sur « l’historique des conditions des patinoires extérieures depuis 2002 » qu’elle vient de libérer, gagnerait à prendre. Et ce, pour que Montréal soit un peu moins citée en exemple sur la scène internationale pour ses odieuses embrouilles et un peu plus pour la solution novatrice qu’elle a trouvée pour enrayer la corruption qui l’afflige.

 

Sur Twitter : @FabienDeglise

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2 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 26 février 2013 07 h 03

    Pas

    Pas ouvert, pas transparent, pas rien de ces nouveaux mots, juste «efficace» !

  • Richard Laroche - Inscrit 26 février 2013 12 h 36

    Besoin de jalousie.

    La logique de "bonne gestion" appliquée ici à la Ville de Montréal pourrait s'appliquer pour l'ensemble de la gouvernance Publique.

    Le contribuable devrait pouvoir suivre chaque sou de son argent public à travers les organismes dont il est le propriétaire.

    Le contribuable devrait pouvoir avoir accès à toutes les informations auxquelles sont exposés ses soit-disant "représentants", incluant les contrats, ententes et traités qui sont pris en son nom.

    Il est temps qu'on cesse de faire confiance aveugle à ceux qui prétendent nous représenter. Comme disait Thomas Jefferson: "Confidence is everywhere the parent of despotism. Free government is founded in jealousy, and not in confidence."