Vos placements - Savoir gérer le risque

Je gère par le biais de deux courtiers à escompte depuis l’été 2010 le portefeuille de ma mère (92 ans). Auparavant, j’étais avec deux courtiers en placement, un avec RBC Dominion et l’autre avec Valeur mobilière Banque Laurentienne. Tous les titres (voir fichier Excel) en actions plus l’unité de Cominar sont mes choix, même lorsque j’étais avec les courtiers, sauf pour Rio Can qui m’a été suggéré (parce que je voulais racheter du Cominar une deuxième fois).

Depuis 2010, deux rentes à terme sont venues à échéance et ont fait diminuer ses revenus bruts annuels (placements + RRQ + PSV) de 57 100 $ à environ 40 000 $ avec une encaisse de 15 500 $.


Il manque environ 3300 $ par année que je dois décaisser. Je recherche donc des titres qui donnent de bons dividendes pour décaisser le moins possible (c’est un peu mon obsession), mais je ne veux pas non plus augmenter son risque, que je trouve élevé étant donné son âge et le contexte économique américain (déficit dans la stratosphère de 1,6 billion) que les Américains ne cessent de repousser et qui peut drainer l’économie mondiale en récession. Je crains également une autre chute de la Bourse, bien qu’en 2009 j’aie saisi l’occasion pour acheter quelques titres au rabais.


La répartition action/obligation/encaisse est de 54 %/42 %/4 % - voir le tableau Excel. (J’ai inscris l’action privilégiée de Brookfield comme une obligation).


Voici mes interrogations sur mes récents achats. Le dividende de Genivar est-il réaliste ? Craignez-vous une baisse du titre à la suite des révélations de la commission Charbonneau ? Court terme et moyen terme.


Colabor a déjà réduit son dividende, mais le titre a tellement baissé que le dividende est encore très élevé. À conserver ? Ce texte ayant été écrit dimanche, j’ai vendu sous la panique (-10 % en matinée lundi) à la suite de la diffusion d’un communiqué de presse mentionnant un avis de cotisation de l’Agence de revenu du Canada. Une longue histoire à suivre ?


Rogers Sugar m’avait été déconseillé par le courtier alors qu’il était à 4,35 $, après le krach de 2008. Il donne quand même un bon dividende (6 %), qui a été augmenté l’automne dernier. Ses derniers résultats financiers ont déçu, mais le titre s’est stabilisé rapidement. À conserver ?


Enbridge Income Fund Holding. Le dividende est plus élevé que le titre. Un autre titre que j’ai regardé augmenter sans agir au bon moment, mais ça me semble un titre moins volatil. Augmentation du dividende en décembre 2012.


Bell Alliant ayant un dividende très attrayant à 7,22 %, serait-il un titre que vous jugez moins volatil ?


J’aurais également une question sur certaines débentures d’entreprises comme ATLANTIC POWER CORP. 5,75 %, DEB C 6/30/19 à 96,19 $; COLABOR GROUP INC. 5,70 %, CV 04/30/17 à 101,60 $; ATRIUM INNOVATIONS INC. 5,75 %, 08/31/18 à 99,98 $.


Comment expliquer que ces obligations soient au pair ou même à escompte par rapport à d’autres débentures qui sont à prime de 10 à 20 % et qui versent des intérêts assez similaires, si on exclut comme raison que ces titres sont moins liquides parce qu’ils se transigent peu ?


Merci infiniment de porter attention à mes interrogations. Au plaisir de communiquer avec vous à nouveau.


P. C.


 

La recherche à tout prix de rendements plus élevés peut constituer un piège pour plusieurs petits investisseurs et épargnants. En effet, dans le contexte actuel de très faibles taux d’intérêt, plusieurs d’entre eux seront tentés d’acheter des placements accordant des taux d’intérêt plus élevés. Mais, pour ce faire, ils devront concéder sur la qualité des placements choisis. C’est inévitable. Qui dit rendement plus élevé dit aussi risque plus élevé. Cette corrélation est implacable en matière de placement. Du côté des actions, un taux de dividende allant de 2 % à 5 % environ sera généralement versé par de grandes entreprises solides financièrement et dominant leur marché. Mais lorsque les taux de dividende annuels offerts passent la barre de 6 %, les entreprises qui consentent de tels émoluments sont soit beaucoup plus petites, soit confrontées à un contexte plus difficile. Ces entreprises montreront un bilan moins solide et/ou des flux de trésorerie moins constants à moyen terme. Cela ne signifie pas que ces entreprises sont démunies de toute plus-value potentielle à long terme. Mais elles comportent un niveau de risque plus élevé et, dois-je dire, trop élevé pour votre mère âgée de 92 ans.


Cela vaut aussi pour les débentures émises par les entreprises. Les obligations des entreprises comportent un niveau de risque beaucoup plus élevé que celles émises par les divers paliers de gouvernement (Canada, provinces et municipalités). À mon avis, si vous envisagez d’investir quelque peu dans les obligations d’entreprises, tenez-vous-en aux plus grandes entreprises canadiennes, telles que les grandes compagnies de téléphone, les grandes banques et les principaux services publics, sans plus.


Du côté des actions, celles de Genivar (une firme d’ingénierie), de Groupe Colabor (un grossiste en alimentation) et de Vermillon Energy (un petit producteur de gaz naturel et de pétrole) représentent un risque trop élevé pour le portefeuille d’une personne retraitée. D’ailleurs, on le constate aisément à votre réaction lorsque vous dites avoir vendu en panique les titres que votre mère détenait dans le Groupe Colabor.


Dites-vous bien que les débentures émises par ces mêmes compagnies ou par des firmes similaires n’ont pas plus leur place dans le portefeuille de votre mère. Bien sûr, ces débentures accordent un rendement supérieur aux obligations gouvernementales. Mais leur risque intrinsèque est de loin supérieur. Certaines de ces firmes traversent des périodes difficiles, ce qui explique que leurs débentures se vendent à un escompte plus important que d’autres débentures comparables. Même chose, en passant, pour la débenture convertible d’Atrium, une entreprise québécoise oeuvrant dans les suppléments nutritifs.


Je le répète : certaines des petites et moyennes entreprises dont votre mère possède des actions ou débentures ne sont pas nécessairement dénuées de tout intérêt. Genivar est une firme d’ingénierie en forte croissance grâce à de nombreuses acquisitions. L’été dernier, la compagnie a effectué une importante acquisition en Angleterre (la firme WSP) au coût de près de 440 millions de dollars. Cette acquisition fera passer les revenus annuels de Genivar de près de 700 millions à 1,8 milliard de dollars. Il faudra voir les résultats de Genivar une fois les données de WSP entièrement incluses pour savoir si le dividende généreux est à risque. Jusqu’à présent, l’entreprise génère des flux de trésorerie suffisants pour soutenir le dividende. Une chose est sûre : ces flux de trésorerie ne sont plus suffisants pour permettre à l’entreprise de verser un dividende spécial (qui est en plus du dividende régulier) comme elle le faisait avant de devoir troquer son statut de société de fiducie contre celui d’une entreprise.


Par ailleurs, je constate que vous avez fait votre nid avec quelques sociétés de fiducie immobilières. Cela se défend étant donné les distributions élevées de ces entreprises. Vous devez cependant être conscient qu’il s’agit de sociétés de fiducie immobilières oeuvrant dans les secteurs des immeubles commerciaux et industriels. Ces secteurs sont de nature plus cyclique que celui des immeubles résidentiels. Advenant une récession, attendez-vous à un recul significatif du cours des unités. Il reste que la présence de ces unités dans le portefeuille est acceptable. Mais à 24 % de la valeur de celui-ci (j’inclus ici la débenture de Cominar et les actions privilégiées de Brookfield Assets Management), leur poids est trop élevé.


Vous mentionnez également dans votre lettre détenir des actions de la firme Enbridge Income Funds Holding (une ancienne fiducie de revenus convertie en entreprise). Il s’agit ici d’une firme associée au plus important exploitant de pipelines au pays qu’est Enbridge. La plupart des entreprises exploitant des pipelines (gaz naturel ou pétrole) ont créé de telles sociétés dans lesquelles elles transfèrent (en leur vendant bien entendu) des réseaux de pipelines devenus matures. Ces pipelines recèlent peu de potentiel de croissance mais génèrent des flux de trésorerie élevés et relativement stables. Ces sociétés voient à redistribuer lesdits revenus à leurs actionnaires, d’où les taux de distribution élevés. Enbridge et TransCanada se servent donc de ces sociétés pour financer leur croissance. Je suis à l’aise avec ce type de placement, mais je leur préfère les actions d’Enbridge ou de TransCanada Corp., dont la plus-value potentielle est supérieure et dont le dividende versé est appréciable et croissant. Notez que les actions de ces deux dernières firmes ont grimpé sensiblement depuis un an et qu’elles ne sont donc pas données à leur cours actuel.


Enfin, votre placement dans Brookfield Assets Management est constitué d’actions privilégiées et non d’actions ordinaires. Il ne faut pas confondre les deux. Les actions privilégiées sont des titres à revenus fixes de moindre qualité que les débentures. Bien souvent elles n’ont pas d’échéance et leur dividende est fixe. La plus-value potentielle de ces actions privilégiées est essentiellement fonction des mouvements des taux d’intérêt, comme pour les obligations : les taux grimpent, leur valeur baisse, et vice-versa. Donc, leur plus-value est limitée à moyen terme, surtout que les taux d’intérêt peuvent difficilement baisser étant déjà à des planchers historiques.


Enfin, je pense que vous auriez intérêt à rehausser la qualité du portefeuille d’actions de votre mère en considérant les actions des grandes banques, des compagnies de chemins de fer et des pétrolières intégrées.


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