Les nouveaux amis

L’adage de l’auteur américain Charles Dudley Warner voulant que la politique réunisse d’étranges partenaires de lit ne s’est pas démenti. En ce lendemain de Saint-Valentin, il était savoureux d’entendre Amir Khadir parler de « notre ami François Legault de la CAQ ». Tout de même, trois fois dans la même semaine…
 
« C’est ça, faire de la politique autrement », a lancé M. Legault en se présentant à un point de presse conjoint avec le député de Québec solidaire pour dénoncer le projet de minicentrale de Val-Jalbert, que le gouvernement Marois a décidé de maintenir malgré l’annulation de six autres projets du genre.
 
Certes, toute occasion est bonne pour l’opposition de dénoncer les faits et gestes du gouvernement, mais il est rafraîchissant de constater que les deux partis les plus éloignés l’un de l’autre sur le plan idéologique peuvent être occasionnellement réunis par un sain pragmatisme.
 
Peu importe l’angle sous lequel on l’examine, la poursuite du projet de Val-Jalbert est totalement injustifiable, pour ne pas dire franchement absurde, que ce soit sur le plan de l’économie, sur le plan de l’environnement, sur le plan du patrimoine ou sur le plan de l’acceptabilité sociale. C’est l’exemple parfait de l’incohérence qui caractérise trop souvent l’action du gouvernement Marois depuis l’élection du 4 septembre.
 
Pour donner le moins de coloration partisane possible à leur intervention, les nouveaux amis n’ont pas voulu insister sur les lourds soupçons de favoritisme qui pèsent sur le gouvernement, mais sa décision semble si inexplicable qu’il est très difficile d’y voir autre chose qu’un prix de consolation offert à Bernard Généreux, qui a échoué pour la quatrième fois dans sa tentative d’être élu député.
 
Dire qu’en 1995, le gouvernement Parizeau avait institué une commission d’enquête pour tenter de prouver que les libéraux avaient fricoté avec les producteurs d’électricité privés. À l’époque, on parlait d’un scandale « aussi grave que celui du gaz naturel » qui avait marqué la fin du régime Duplessis. Par la suite, le gouvernement Bouchard a eu beau multiplier les prolongations du mandat de la commission, celle-ci n’a rien trouvé.
 
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Jeudi, à l’Assemblée nationale, M. Khadir avait déjà accueilli avec autant de plaisir que d’étonnement la proposition du chef caquiste de rogner sur les crédits d’impôt accordés aux entreprises afin de compenser les compressions de 124 millions que les universités subiront cette année et l’an prochain.
 
En réalité, cela n’aurait pas dû le surprendre. M. Legault a toujours eu des doutes sur ce type d’aide aux entreprises. La plateforme électorale de la CAQ prévoyait déjà de faire le ménage dans les 95 crédits d’impôt différents totalisant 4 milliards qui leur sont offerts. La CAQ suggérait d’en abolir l’équivalent de 2 milliards et d’avoir plutôt recours à Investissement Québec — ou à la future Banque de développement du Québec — pour stimuler l’investissement.
 
Plusieurs voient à tort en M. Legault un suppôt du néolibéralisme qui ne vise qu’à poursuivre l’entreprise de « réingénierie » — ou de démantèlement de l’État — au profit du secteur privé, que le gouvernement Charest avait dû laisser en plan. Qu’il s’agisse de Val-Jalbert ou des compressions imposées aux universités, il est parfaitement capable de voir où se situe l’intérêt public.
 
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Inversement, Québec solidaire n’est pas allergique au privé au point de perdre tout bon sens. Mardi, Françoise David trouvait tout aussi incompréhensible que la CAQ l’entêtement du gouvernement à rejeter toute possibilité de convertir en places à 7 $ celles qui sont actuellement vacantes dans les garderies privées non subventionnées, ce qui permettrait d’étendre le réseau à moindre coût pour l’État.
 
L’argument de la ministre de la Famille, Nicole Léger, qui objecte qu’il ne s’agirait pas de « nouvelles places », relève du sophisme. Tout ce que recherchent les parents, ce sont de nouvelles places à 7 $, peu importe qu’il s’agisse d’anciennes places à 35 $.
 
Personne ne demande au gouvernement de convertir des places là où on n’en a pas besoin. Il va également de soi que les normes de qualité du ministère devront être respectées. Refuser toute conversion sous prétexte que les propriétaires de garderie non subventionnée, attirés par un crédit d’impôt introduit par le gouvernement Charest, ont originellement choisi un autre « modèle d’affaires », comme le fait valoir Mme Léger, témoigne cependant d’un aveuglement idéologique navrant. À moins qu’il s’agisse simplement d’étroitesse d’esprit.
 
« Faire de la politique autrement » ne consiste pas seulement à changer des lois. C’est aussi une question d’attitude. Manifestement, certains ne l’ont pas compris. Les électeurs devront peut-être le leur expliquer.
18 commentaires
  • Jacques Boulanger - Inscrit 16 février 2013 06 h 46

    C'était bien mieux dans le temps !

    À vous lire, on croirait comme Jean Dion que c’était bien mieux dans le temps. Une «poigne d’homme», voilà ce qu’il nous faut ! Au lieu de cela, nous n’avons que tergiversation, volte-face et dogmatisme à rebours. On croirait lire du Andr.... Ah non, quand même. Mais c’est pas loin. C’est pas que vous ayez tout faux, bien au contraire, mais c’est comme dans l’univocité du propos à l'égard du PQ au point qu'à l'autre bout du spectre, Khadir et Legault trouvent grâce à vos yeux et en même temps !

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 17 février 2013 08 h 13

      « …mais c’est comme dans l’univocité du propos à l'égard du PQ au point qu'à l'autre bout du spectre, Khadir et Legault trouvent grâce à vos yeux et en même temps ! »

      Effectivement. Et si c’était le but justement!

  • Normand Carrier - Abonné 16 février 2013 06 h 48

    Mariage contre nature .....

    Il était amusant de constater ce mariage contre nature CAQ-QS et on se demande combien de temps sela durera , car les points de divergeances sont plus nombreux que le contraire .... Cette alliance circonstantielle n'a de but qu'emmerder le gouvernement sur la centrale de Val-Jalbert ....On peut être sur que les ministres péquistes se feront un plaisir de mettre en relief tout ce qui distance ces deux parties dans les mois qui viennent .....

    Ma perspective comme électeur est d'y voir l'arrêt de six petites centrales hydroélectriques comme une excellente décision mais celle-ci a déplue aux maires et aux communautés locales qui ne se sont pas privés pour critiquer cette décision du PQ ... Bernard Landry avait du faire la même chose en 2002 pour terminer cette exploitation de petite centrales que les libéraux avait laissé allègrement exploiter .....Mais on doit comprendre qu'il est toujours possible de critiquer chaque décision gouvernementale comme les partis d'opposition le font présentement et qui amène occasionnellement des alliances contre-natures .....

    Nous devons comme électeurs se fier sur les éditorialistes et les chroniqueurs pour nous donner un point de vue fouillé et objectif et en se dégageant des critiques perpétuellement négatives des partis d'opposition car ces partis n'ont comme objectif de le faire mal paraitre le parti au pouvoir pour le remplacer a la prochaine élection ....Cette exemple de petites centrales est l'exemple parfait du < you damn if you do , you damn if you don't > .

  • Jean Lapointe - Abonné 16 février 2013 09 h 26

    A propos du projet de Val-Jalbert

    «Peu importe l’angle sous lequel on l’examine, la poursuite du projet de Val-Jalbert est totalement injustifiable, pour ne pas dire franchement absurde, que ce soit sur le plan de l’économie, sur le plan de l’environnement, sur le plan du patrimoine ou sur le plan de l’acceptabilité sociale.»

    Ce que j' avais cru comprendre c'est que le projet, mis en route sous les Libéraux de Jean Charest était tellement avancé qu'il était pratiquement plus possible de revenir en arrière.

    Est-ce que c'est vrai ou est-ce que c'est faux? Je ne le sais pas.

    Il faudra donc que le gouvernement nous en dise un peu plus à ce sujet.

    Je me demande bien ce qui a amené François Legault et Amir Khadir à s'associer pour dénoncer ce projet de mini-centrale.

    Comme surprise c'est toute une surprise. Il faut croire que chacun donne le sens qu'il veut à l'expression «faire de la politique autrement.»

    Il serait intéressant de savoir comment il se fait qu'ils en sont venus à cela.

    On ne le saura probablement jamais.

    • Alain Saladzius - Abonné 16 février 2013 20 h 58

      Je vous invite à écouter l'émission de Michel C. Auger de vendredi, la 3e portion à 12h38. Vous aurez la réponse suivante à votre interrogation: c'est la Fondation Rivières qui a contribué à cette rencontre.

  • Bernard Gervais - Inscrit 16 février 2013 10 h 46

    Vraiment ?

    Toute une chronique consacrée à la position commune de MM. Legault et Khadir sur la centrale de Val-Jalbert et la volonté de leurs partis, comme vous l'écrivez, de « faire de la politique autrement » ! Vous y croyez tant que ça, vous ?

    • Louka Paradis - Inscrit 16 février 2013 11 h 16

      Ça ressemble plutôt à de la politique de pacotille pour tenter d'aller grapiller des votes en dénigrant le gouvernement Marois qui, rappelons-le, a déjà aboli au moins 6 projets de mini-centrales. Et QS qui joue ce petit jeu au lieu d'appuyer un gouvernement progressiste... Un peu plus, et il s'acoquinera avec le PLQ. Que c'est déprimant !
      Louka Paradis, Gatineau

  • Marc Blanchard - Inscrit 16 février 2013 19 h 28

    QS et CAQ, même combat: saboter la social-démocratie péquiste.

    • Grace Di Lullo - Inscrit 17 février 2013 09 h 51

      Je ne savais pas que le Parti Québécois était social-démocrate. Vous me l'apprenez, merci.

    • Sylvain Lavoie - Abonné 17 février 2013 12 h 05

      @Grace Di Lullo

      Vous croyez que QS est un parti social-démocrate, eux qui comptent en leur sein le Parti Communiste du Québec et dont un des porte-parole les plus en vue, M. Saillant a affirmé que QS visait rien de moins que l'avènement socialisme au Québec. Vous devriez reviser vos catégories politiques...