Les effets pervers

Si la plupart de ses collègues ne sont pas très chauds à l’idée, lui-même doit sans doute observer d’un oeil sympathique les efforts déployés par le Nouveau Mouvement pour le Québec (NMQ), avec l’appui de Bernard Landry et de Claude Béland, pour susciter une « convergence nationale » en vue des prochaines élections.


Paradoxalement, dans son effort pour imposer une autre façon de faire de la politique, notamment par une réforme du système de financement des partis, M. Drainville a peut-être créé lui-même l’ultime écueil sur lequel toute tentative de coalition, qui se heurte déjà à de nombreux obstacles, pourrait s’échouer. Il peut arriver que la vertu ait des effets pervers.


Dans un texte publié aujourd’hui même sur le site Internet du Devoir, un des porte-parole du SPQ libre, Pierre Dubuc, explique comment un financement public accru, calculé sur la base des voix recueillies aux élections précédentes, aura pour effet de priver Québec solidaire de sommes substantielles s’il accepte de s’effacer devant le PQ dans les circonscriptions où la division du vote souverainiste a permis la victoire du PLQ ou de la CAQ le 4 septembre dernier.


Dans 22 circonscriptions, le total des votes obtenus par le PQ, QS ou Option nationale a été supérieur à celui du candidat libéral ou caquiste qui a été élu. En cas d’alliance, le report des voix n’aurait pas été automatique, mais le PQ aurait sans doute réussi à remporter la dizaine de sièges additionnels qui lui auraient assuré une majorité à l’Assemblée nationale.


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En revanche, il n’y a que deux ou trois circonscriptions dans le centre de Montréal, notamment Laurier-Dorion, où l’absence de candidat péquiste pourrait profiter à QS ou à ON. Partout ailleurs, c’est la CAQ qui en tirerait avantage. Si le PQ renonçait à y présenter des candidats, il exigerait à coup sûr qu’on lui laisse le champ libre dans un beaucoup plus grand nombre de circonscriptions à l’extérieur de l’île.


Or, avec la nouvelle loi adoptée en décembre, chaque parti recevra de l’État une subvention de 1,50 $ pour chaque électeur qui l’aura appuyé aux élections précédentes. En année électorale, elle sera de 2,50 $ par électeur. Sur la base des résultats du 4 septembre, cela représente une somme de 3 034 185 $ pour QS sur une période de cinq ans.


Une alliance électorale qui l’exclurait de plusieurs circonscriptions lui coûterait une fortune pouvant s’élever à des centaines de milliers de dollars durant les années qui suivront les prochaines élections. Inutile de dire qu’une compensation financière de la part du PQ serait totalement illégale, sans parler de la moralité de la chose.


Les militants solidaires qui discuteront d’une éventuelle alliance à leur prochain congrès accepteront-ils de faire un tel sacrifice pour donner une majorité à un parti que plusieurs tiennent pour à peine plus acceptable que le PLQ ?


Comme si elle avait voulu s’assurer qu’une telle alliance serait jugée inacceptable, Françoise David a livré un véritable réquisitoire contre le gouvernement Marois dans une récente entrevue accordée à La Presse canadienne, l’accusant d’avoir renié ses principes et trompé les électeurs québécois dans presque tous les domaines. Autant pactiser avec le diable.


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QS et Option nationale ont déjà entrepris des négociations, mais une alliance limitée à ces deux partis n’aurait pas d’impact électoral significatif. Le 4 septembre dernier, la présence d’un candidat oniste dans Gouin n’aurait pas empêché la victoire de Mme David, pas plus que l’absence d’un candidat solidaire dans Nicolet-Bécancour n’a suffi à faire élire Jean-Martin Aussant.


Le chef d’ON a déjà manifesté son intention de se présenter dans une circonscription montréalaise aux prochaines élections. Il ne faut pas être un grand stratège pour constater que Mercier est la seule circonscription où le désistement de QS lui donnerait une sérieuse chance d’effectuer un retour à l’Assemblée nationale et d’assurer la survie de son parti. Un jour ou l’autre, M. Aussant devra bien gagner sa vie et on ne voit pas trop qui pourrait entretenir la flamme s’il quittait la politique.


Même si Amir Khadir décidait de ne pas se représenter, comme le veut la rumeur, QS renoncerait-il à cette circonscription emblématique sans obtenir le moindre avantage en retour ? Elle serait certainement très convoitée. Une autre rumeur prête à l’actuelle députée bloquiste d’Ahuntsic, Maria Mourani, le désir de faire le saut sur la scène québécoise en défendant les couleurs de QS dans Mercier. Décidément, la convergence s’annonce ardue.

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